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ChthoniC à la Maroquinerie le 15 novembre 2013 : live report et interview de la bassiste et manager Doris Yeh

Meilleur groupe et meilleur album rock de l'année aux Golden Melody Awards 2013 grâce à leur excellent septième opus Bu-Tik, les Taïwanais de ChthoniC et leur black metal oriental continuent leur conquête du monde avec leur arme fatale, l'adorable et ravissante bassiste-manager Doris. Le NEXT REPUBLIC TOUR 2013 et ses 40 dates européennes, en première partie de SATYRICON, a fait escale à la Maroquinerie de Paris le 15 novembre et la musicienne nous a filé un rencard au restaurant de la salle après un set tonitruant mais hélas trop court. Elle nous le confiera : ça pourrait n'être qu'un prélude avant de vrais concerts en 2014.



En ombres chinoises dessinées dans un fracas d'impacts lumineux foudroyants, ChthoniC a pris par surprise les fans du groupe norvégien SATYRICON, à peine entrés dans la salle. Respectueux et très attentifs à défaut de se lâcher sur les riffs implacables du quintet taïwanais, les quelques centaines de spectateurs de la Maroquinerie découvraient pour la plupart la brutale symphonie metal-folk de ChthoniC, incarné par cinq artistes au style sino-mystique-industriel infernal. Mention spéciale au claviériste C.J. Kao et à son casque post-apocalyptique, ainsi qu'à la tenue diablement sexy de la féline Doris.



Le groupe tire la quintessence de son concept depuis deux albums en inversant le processus créatif : transformer des mélodies folk et traditionnelles en d'épiques et puissantes compositions metal. Pour y parvenir, ChthoniC intensifie l'utilisation de divers instruments ancestraux tels que le koto et le shakuhachi japonais, ou les cloches tibétaines. Le chanteur Freddy Lim avait bien sûr emporté son erhu pour la tournée européenne, cet ancien violon taïwanais particulièrement mis en valeur sur l'excellent album Bu-Tik sorti cet été dans le monde entier. Une bonne moitié du set de 40 minutes de ChthoniC à la Maroquinerie puisait d'ailleurs ses titres dans cet opus encensé par la critique, à l'instar de Supreme Pain for the Tyrant et Next Republic qui remportaient l'adhésion d'un public de plus en plus conquis et expressif. On déplorait toutefois que les instruments traditionnels (sur bande playback) et les backvoices de Doris et du guitariste Jesse soient à ce point couverts par les principaux instruments et le growl de Freddy. Inversement, on se délectait du jeu du guitariste, lui aussi récompensé aux Golden Melody Awards 2013.



Très à l'étroit sur une modeste scène déjà bien encombrée par l'énorme batterie de SATYRICON, ChthoniC n'a pas pu faire le show comme à son habitude. On comprendra d'autant plus la relative mollesse de l'audience, néanmoins très attentive et très satisfaite de la découverte d'après les acclamations qui ont salué la prestation des Taïwanais, conclue sur leur hit 2011, Takao. Quelques dizaines de fans éparpillés et esseulés dans leur plaisir n'ont pas caché leur joie de retrouver -enfin- ChthoniC en France, et ceux-là, tout comme nous, doivent piaffer d'impatience de voir revenir le groupe dans de meilleures conditions pour de vrais et longs concerts, comme le suggère Doris dans l'interview ci-dessous. En attendant et si vous êtes fan du genre, précipitez-vous aux dernières dates européennes de ce NEXT REPUBLIC TOUR 2013 et n'hésitez pas à partir à la rencontre des membres du groupe en dédicace après chaque set !




 


Interview de Doris Yeh, bassiste et manager de ChthoniC


Bassiste, mannequin, actrice, mais aussi manager de ChthoniC, Doris Yeh nous a donné rendez-vous en tête à tête dans un coin calme du restaurant de la Maro', pendant le set de SATYRICON, après avoir signé des autographes et posé avec tous les fans qui le désiraient. Ravissement pour les yeux, mais pas seulement ! La demoiselle, toute kawaii, d'une gentillesse désarmante et anglophone, n'a pas la langue dans sa poche et semble avoir la tête bien remplie ! A l'opposé des idols décérébrées et des visualeux apathiques, Doris ne craint aucun sujet et expose ses opinions, qu'il s'agisse de musique, de politique ou d'économie. On aurait papoté pendant des heures, mais il fallait bien lui accorder le temps de se restaurer et de se reposer avant la suite de la tournée 2013, en France et dans le reste de l'Europe.

Orient-Extrême : Qu'avez-vous pensé de votre prestation ce soir, en première partie de SATYRICON à la Maroquinerie ?
Doris Yeh :
C'était court, 40 minutes seulement, mais je pense que ça a plu au public, aux fans et on a eu de bons retours de leur part. J'espère qu'on pourra revenir en 2014 à Paris ou ailleurs, dans des festivals par exemple.
Orient-Extrême : Pour de vrais concerts cette fois ?
Doris Yeh :
Oui !



Orient-Extrême : D'après ce qu'on a pu lire sur la toile, vous avez eu pas mal de soucis dans vos anciennes tournées aux USA et en Europe. Comment se passe cette tournée 2013 ?
Doris Yeh :
Pour ce NEXT REPUBLIC TOUR 2013, nous ne sommes que cinq, sans staff supplémentaire pour s'occuper de nous. On se débrouille par nous-mêmes car on partage le bus avec SATYRICON et il ne restait que cinq box à l'intérieur pour dormir. On se partage la tâche pour le merchandising mais pour tout le reste, on doit tout faire seuls, avec nos propres moyens. C'est très difficile mais j'apprécie cette expérience. On est confronté à plein de situations différentes à chaque tournée, et ce sont à chaque fois de vraies expériences de vie. J'essaie toujours de voir les bons côtés et de ne pas penser aux mauvais.

Orient-Extrême : Et la vie en bus durant cette tournée, pas trop difficile ?
Doris se tient la tête en riant :
En fait, je crois que je ne suis simplement pas née pour faire des tournées. Il y a des gens qui aiment vivre sur les routes, ils peuvent tourner neuf ou dix mois par an pendant des années... Pas moi. C'est vraiment très difficile pour une fille... je veux dire par là... une fille de Taiwan [rires]. C'est dur de trouver le temps et le lieu pour changer de tenue, se coiffer, se maquiller et se démaquiller... et faire son sac, car j'ai trop de choses avec moi ! Des lotions pour le corps, pour le visage... [rires] Plein de trucs de filles ! On doit presque vivre comme des garçons, comme à l'armée. A l'armée, on est sur le champ de bataille et on n'a pas besoin de maquillage. Mais moi, en tant qu'artiste, je dois me soucier de mon apparence pour monter sur scène ; c'est un vrai calvaire pour une fille.
Orient-Extrême : C'est facile pour vos compagnons ?
Doris Yeh :
Ouais, je crois qu'ils le vivent bien et s'habituent. Tout n'est pas si facile non plus : les garçons, en particulier notre batteur, doivent et veulent vraiment prendre des douches tous les jours. S'il n'y a pas de douche ou de salle de bain dans les backstages des salles, ils doivent louer une chambre d'hôtel à côté, juste pour se laver. Haaaa... Parfois, j'ai vraiment un profond respect pour ceux qui peuvent vivre sur la route.

Orient-Extrême : Au festival Formoz à Taiwan, un avion a traversé le ciel pendant que vous jouiez Takao, alors qu'une vidéo d'archive avec des avions de guerre étaient projetée sur écran géant... C'était incroyable ! Etait-ce vraiment une coïncidence ?
Doris Yeh :
Oui, absolument ! Ça doit faire plus d'une décennie qu'on joue tous les ans au festival Formoz pour notre promotion. C'est un lieu où les avions atterrissent et décollent ; c'est donc le bon endroit pour installer un tel festival et jouer sans agacer les voisins. C'est une scène réputée où les groupes jouent et par dessus laquelle volent les avions. C'est une pure et magnifique coïncidence qu'un avion soit passé pile quand on jouait Takao.

Orient-Extrême : Le grand public français n'imagine pas nécessairement l'existence d'une scène metal à Taiwan. Pouvez-vous nous décrire cette scène et nous faire une petite comparaison avec ce qui existe en Europe et aux USA ?
Doris Yeh :
La scène metal de Taiwan n'est probablement pas aussi importante qu'en Europe, mais elle se développe beaucoup depuis une dizaine d'années. Elle est cinq à dix fois plus active, et c'est une bonne chose. Certains groupes travaillent dur et produisent de bonnes choses. ça crée une atmosphère propice pour motiver les plus jeunes à hausser leur niveau. La scène grandit, mais elle pourrait rester cantonnée au marché taïwanais à cause des différences de culture... Je ne sais pas ce qu'il adviendra.



Orient-Extrême : Vous êtes l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur groupe de metal taïwanais du moment. Vous avez d'ailleurs gagné trois prix aux Golden Melody Awards 2013 dont celui du meilleur groupe et du meilleur album rock. Comment avez-vous vécu ces victoires à cette cérémonie ?
Doris Yeh :
On était très surpris d'avoir été nominés dans sept catégories cette année. Finalement, on a décroché trois prix. Le moment le plus indescriptible, c'était quand l'hôte avec le micro s'apprêtait à révéler le gagnant. Ça mettait dans un état d'excitation et de nervosité incroyable. Quand on entendait "ChthoniC !", on explosait de joie ! Chaque membre du groupe a savouré ces trophées. Les Golden Melody Awards, c'est comme une fête, une fête de la musique. On ne le vit pas comme une compétition car tout le monde se connait à Taiwan. Notre scène musicale est certes grande, mais on a de bonnes relations avec la plupart des musiciens et artistes.

Orient-Extrême : Pour qui ne vous connaitrait pas, qu'est-ce qui fait l'identité, l'originalité de ChthoniC ?
Doris Yeh :
Notre production se différencie sur deux aspects : musical et conceptuel. Les membres de ChthoniC, en particulier notre chanteur Freddy qui est l'un des principaux paroliers, s'intéressent beaucoup à l'Histoire et à la mythologie. Personnellement, je suis diplômée de politique à l'université, et je pense que la politique d'aujourd'hui deviendra l'Histoire de demain. Alors quand les autres parlent de faits historiques ou de mythes, ça me passionne aussi. Cette spécificité rend le groupe unique et influe sur ce que nous écrivons. Peu de groupes à Taiwan ont ce genre d'inspirations historiques, mythologiques ou politiques. En ce qui concerne la musique en elle-même, nous avons recours à des instruments traditionnels comme le koto ou la longue flûte traditionnelle japonaise, les cloches tibétaines, le violon traditionnel taïwanais... Depuis 2007, la critique nous classe parmi les groupes de black metal, mais je pense que nous sommes plus que ça. En écoutant attentivement, vous vous rendrez compte qu'on propose davantage, tant de choses différentes qui nous rendent inclassables.

Orient-Extrême : A propos des histoires et mythes qui alimentent vos textes, comment les choisissez-vous ?
Doris Yeh :
On parle d'histoires orientales qui nous sont très proches. Elles ne datent que de 60 ou 80 ans, ce qui n'est pas très ancien. Ce passé politique et ces histoires ont encore de l'influence sur notre vie quotidienne. C'est pour cela qu'elles nous semblent si proches et familières, et qu'elles servent de terreau pour nos albums.

Orient-Extrême : Autre caractéristique et point fort de ChthoniC : vous ! Vous êtes devenue la petite star du groupe, l'une des metalleuses les plus sexy au monde. Comment le vivez-vous ?
Doris Yeh :
Je pense qu'il y a beaucoup de très belles filles dans le monde du metal, et je ne suis que l'une d'entre elles. C'est une joie de faire partie de ce panel. Je ne cherche pas à tout prix à être la plus sexy et à devenir un sex-symbol du groupe. Je ne sais pas pourquoi c'est arrivé, c'est juste une sorte de coïncidence à cause de ma participation à ChthoniC. La plupart des mannequins ou des chanteuses sont des "ladys", des princesses... mais des filles comme moi, ça ne court pas les rues et ça a beaucoup plu à certains magazines taïwanais. Ils s'intéressaient beaucoup à moi et me voulaient dans leurs pages, et même en couverture, pour exposer cette différence par rapport aux autres filles taïwanaises. Ces photos ont voyagé jusqu'en Occident, relayées par des magazines, et on a pu me percevoir comme un sex-symbol. Je ne le vois que comme une coïncidence, je n'ai jamais cherché à le devenir ! D'ailleurs, j'avais un travail d'appoint quand j'étudiais à l'université : maîtresse en maternelle. Je prévoyais de devenir professeure en maternelle ou à l'école primaire après avoir eu mon diplôme... mais je suis devenue musicienne !



Orient-Extrême : Pour les derniers albums, ChthoniC a changé sa façon de créer en inversant le processus : vous partez désormais de mélodies folk pour les transformer en compos metal. Avez-vous déjà des idées pour le prochain opus ?
Doris Yeh :
En fait... pas pour le moment, même si quelques idées nous ont déjà traversé l'esprit. On a sorti notre dernier album en juillet, alors on concentre pour le moment notre énergie dans la tournée, les concerts et les festivals. On ne s'est pas penché sérieusement sur le prochain album. Le chanteur Freddy, le guitariste Jesse et nous autres membres du groupe, trouveront le temps d'y réfléchir pendant cette longue tournée parce qu'on a plein de temps pour le faire.

Orient-Extrême : Certains membres du groupe sont connus pour leur militantisme. Freddy Lim est par exemple chez Amnesty International, et c'est un grand partisan de l'indépendance de Taiwan, farouche opposant au gouvernement chinois. Dans les grandes lignes, que pensez-vous de l'évolution actuelle de la Chine et de sa politique ?
Doris Yeh :
Que dire... Je viens de lire un nouveau livre qui s'intitule... Why the nation felt [NDLR : "pourquoi la nation est tombée"] écrit par deux étrangers dont j'ai oublié les noms. Je pense que leurs pensées vont m'inspirer. Ils disent que l'économie est ouverte, mais que la politique impose des limites et c'est cela qui provoque la chute de certains pays. Tout le monde peut se donner la liberté de créer, de commercialiser et de faire du business ; la politique amène d'un autre côté des limites et une forme d'oppression. Face aux politiques, les gens ne comprennent pas pourquoi on leur impose de telles barrières. Prenez la Corée du Nord, le peuple peut avoir des envies et des idées, mais ce n'est pas facile de lutter contre le gouvernement pour les mettre en place. Ça pourrait arriver, mais c'est difficile. Dans l'Histoire, les nations et les peuples qui ont ouvert leur économie en restant "menottés" par des politiques tout puissants au sein de leur gouvernement ont tous fini par échouer. Je suis donc optimiste par rapport à la "révolution" chinoise parce qu'ils évoluent dans le bon sens. Les Chinois peuvent maintenant commercer librement, avoir leur propre magasin, restaurant, usine... Cependant, certains gérants voient leurs locaux fermer du jour au lendemain, tout simplement parce que le gouvernement réquisitionne les terrains pour construire des ponts, des immeubles ou d'autres choses "pour le bien de la nation". La situation est très instable...



Orient-Extrême : Revenons à un sujet beaucoup plus léger. Alors comme ça, chez ChthoniC, on est fan du girlsband japonais BABYMETAL !?
Doris Yeh :
En fait, seuls le chanteur Freddy et le batteur Dani en sont fans. Moi et le guitariste Jesse... [NDLR : on dira "bof, bof" d'après la moue de la bassiste]. C'est un groupe intéressant et on va jouer avec elles en février 2014 à Taiwan, quand elles y donneront un concert. Je pense qu'associer notre metal taïwanais à celui de ce girlsband japonais constituera un bon mélange. J'ai hâte d'y être. Les gros fans que sont notre chanteur et notre batteur sont trop contents !
Orient-Extrême : En parlant de collaboration avec BABYMETAL, auriez-vous aussi prévu un single avec elles par la même occasion ?
Doris Yeh :
Ouais, on y pense... On réfléchit à ce qu'on pourrait faire au concert : peut-être porter des costumes différents sur certaines chansons qu'on jouerait ensemble, les mêmes costumes qu'elles... Je ne sais pas trop pour le moment... On gardera la surprise pour les fans.

Orient-Extrême : Un dernier mot pour conclure ?
Doris Yeh :
Jetez régulièrement un œil sur notre page Facebook et notre site officiel pour voir où on joue près de chez vous, et venez nous voir en concert !









Live report, photos et interview réalisés par Eric Oudelet
Remerciements : ChthoniC & Replica Promotion
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