Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

TAIWAN MUSIC NIGHT au Trianon le 30 janvier 2013 à Paris : live report du concert avec Jolin Tsai, William Wei et Salamander

En marge de la Chine continentale, Taiwan joue les cavaliers seuls pour développer ses artistes en Europe. Présent sans retour sur investissement notable depuis plusieurs années au MIDEM avec des showcases, l'île fait évoluer sa stratégie promotionnelle en s'adressant directement au grand public depuis quelques années. En marge du salon professionnel et programmée à Paris, la soirée-concert annuelle TAIWAN MUSIC NIGHT a par exemple mis en lumière l'excellent groupe MAYDAY l'an dernier, et a gagné un rayonnement inédit en 2013 grâce à la programmation de la popstar Jolin Tsai, qui partageait l'affiche avec le chanteur et guitariste folk-pop William Wei (révélation 2011 aux Golden Melody Awards) et le duo électro Salamander (trois fois récompensé aux Golden Indie Music Awards).









L'actuelle folie Kpop relayée dans tous les media réoriente les regards vers l'est. La pop asiatique est sous le feu des projecteurs (Kyary Pamyu Pamyu en profite) et Taiwan a réussi un joli coup en invitant Jolin Tsai, la Britney Spears locale. Son statut de star de la Cpop (chinese pop) a drainé une nuée de journalistes du cru, un phénomène déjà observé lors des grands shows Kpop, mais aussi un nombre non négligeable de media français. Presque toute la presse francophone spécialisée (écrite, web, télé...) dans l'entertainment ou la musique asiatique a fait le déplacement au prestigieux Trianon, à Paris, et Jolin a même mobilisé des chaînes comme arte et TRACE. Difficile de faire mieux médiatiquement avec un statut de "challenger", la TAIWAN MUSIC NIGHT 2013 était une vraie réussite et l'île montrait enfin qu'elle n'est pas seulement l'usine patrie d'ASUS, ACER et HTC.



Côté fréquentation, le bilan était beaucoup plus mitigé. Pour cette longue soirée concert, le Trianon et ses quelques 1100 places assises n'étaient remplis qu'aux deux tiers, et plus de 90% des spectateurs étaient issus de la communauté chinoise. Si l'on peut applaudir cette mobilisation, que l'on ne retrouve que très peu chez les Japonais, le constat était dramatique en ce qui concerne le reste de la population. Désintérêt persistant pour la musique chinoise ? Probablement, la Cpop est encore très loin d'avoir une fan-base comparable à la Kpop ou à la musique japonaise dans son ensemble. L'autre principale raison de ce semi-échec résiderait dans les tarifs invraisemblables et inaccessibles pratiqués en billetterie, dignes de super-shows à Bercy ou au ZENITH. Difficile de comprendre ce positionnement "luxe" alors que cet événement était censé promouvoir la musique taïwanaise, et donc attirer le plus de spectateurs possible. L'intérêt était là, certes moindre que pour les groupes coréens, mais les prix ont fait fuir les jeunes fans rarement fortunés et les curieux sensibles aux cultures asiatiques. Ne parlons même pas du grand public, absent de l'équation. Les baisses drastiques de prix sont arrivées trop tard pour effacer cette erreur stratégique, laissant tout le monde dans l'expectative quant au potentiel de la Cpop en France.

Toutefois, le sac de cadeaux offert à l'entrée, contenant une clé USB avec des compilations digitales, des badges et des bracelets, a surpris le public et mettait le spectateur dans les meilleures conditions pour le début du spectacle, lancé par une jeune chanteuse pop méconnue et absente du programme, puis par un premier et court set électro-lounge de Salamander, duo de DJ mi-français, mi-taïwanais formé en 2007 sous la houlette de Yu-Huan Lee, pionnier de la scène électronique et techno taïwanaise. Trois fois récompensés aux Golden Indie Music Awards, DJ Kloette et DJ Phoenix ont idéalement terminé cette mise en bouche musicale par un remix applaudi de William Wei.



William Wei, exceptionnelle dans sa simplicité

On s'attendait à une belle prestation de la part de la révélation pop-folk taïwanaise 2011 (nominé dans quatre catégories dont meilleur chanteur et meilleur compositeur aux 22es Golden Melody Awards), ce fut un mini-concert de 45 minutes exceptionnel dans sa simplicité, principalement composé de ballades. William Wei à la guitare sèche, accompagné de ses cinq musiciens, a envouté toute la salle de sa voix délicate, chaleureuse, légère et forte à la fois, magnifiée par l'orchestration, l'acoustique et la spécialisation de la salle. Sous ses airs de gendre idéal timide et gentil, le délicat jeune homme de 26 ans a fait craquer les filles par sa sensibilité et a transporté le Trianon dans son univers musical poétique. On ressentait physiquement chaque intonation, chaque vibration d'instrument (y compris les éléments playback comme les violons et chœurs) comme autant de textures musicales finement agencées pour le plus grand plaisir de l'auditoire, complètement conquis. Quelques titres aux accents disco, jazzy et funky comme One More Try ont fait swinguer le cœur des fans, préalablement ou pour la plupart nouvellement acquises. Véritable artiste pétri de talents et au naturel désarmant, William Wei, alias William Bird, fut une énorme révélation pour le public parisien, qui ne manquera certainement pas son retour si un producteur avisé lui accorde cette chance.




Salamander, ambianceur décalé

Le début de set techno de la paire Salamander donnait envie de danser et augurait du meilleur - bien que la configuration assise du Trianon ne soit vraiment pas adéquate -, mais le style des DJ a vite glissé vers de l'industriel expérimental plus sombre, voire inquiétant... De la légèreté printanière de William Wei, on se retrouvait brusquement plongé dans l'univers torturé d'une soirée Tokyo Decadance, un monde urbain et dur auquel s'est heurté le public, pas du tout préparer à y pénétrer. DJ Kloette et DJ Phoenix ont fait évoluer leur set vers des ambiances plus aériennes, mais toujours déprimantes, hantées de plaintes et de gémissements. Puissante et immersive pour un trip introspectif ou pour un film, la musique d'atmosphère proposée par Salamander ne collait pas à l'esprit léger de la soirée et n'a pas remporté l'adhésion du public qui préférait roupiller, papoter ou sortir se dégourdir les jambes. Le duo trop décalé s'est heureusement effacé sur un petit remix du hit Mí Huàn de Jolin Tsai qui a fait crier et danser les fans. La tension remontait en flèche !



Jolin Tsai, la Cpop aussi forte que la Kpop

C'était la star de la soirée, celle que tous venaient voir alors qu'elle s'était produite en concert à Londres le 21 octobre 2012 sans passer par Paris, Jolin Tsai a créé un mouvement de foule dès son entrée d'un pas décidé sur les premières notes de The Great Artist, le gros titre électro-hip-pop qui introduit puissamment le nouvel album Muse. Allées envahies, fans debout sur les fauteuils... On sentait l'électricité dans l'air, les vagues de cris et les regards émerveillés confirmaient le caractère historique du moment, à mi-chemin entre Utada Hikaru à Londres et le premier SMTOWN Live in Paris. Avec ses danseurs superbement costumés, maquillés et coiffés, la star promettait déjà un show chorégraphié et énergique digne des récents concerts Kpop qui ont tant fait parler dans les media ; et on n'a pas été déçu !



Après l'intrigante Beast et un petit discours de présentation en français, s'il vous plait, Jolin est remontée jusqu'à 2004 pour interpréter, avec le même orchestre que William Wei, la magnifique Dao Dai composée par Jay Chou, un autre des rares artistes chinois connus des amateurs de musique asiatique en France. Acclamée à son annonce, la ballade fut reprise en chœur par le public en intégralité, dans une ambiance... simplement magique ! On se croyait transporté en Asie et on aurait aimé entendre d'autres classiques du même genre, mais comme le temps passe très vite, la chanteuse-danseuse pailletée a préféré mixer ses hits pop à chorégraphies et enchaîner un maximum de titres tels que Bravo Lover (dansé avec les lampes dans les mains), Love Player et Qi Shàng Ba Xià (tirés de Myself), et surtout les bombes Mí Huàn et Dr. Jolin (au début de son dernier album Muse) pour clore le mégamix de fin.




Les 45 minutes sont passées bien trop vite et la conclusion soudaine du spectacle fut une véritable douche froide pour les fans plongés dans l'ambiance et qui devaient s'attendre à une belle séquence de ballades. Malgré les appels, Jolin n'est pas revenue et il fallait se contenter de ses quelques mots en anglais à propos d'un vrai concert à Paris : "Peut-être l'an prochain ? Je l'espère !". Les nombreux échanges spontanés en mandarin avec le public chinois resteront malheureusement un mystère pour leurs homologues français, faute de traduction. Un bon point pour les plus patients : Jolin Tsai, William Wei et Salamander ne se sont pas enfuis à la sortie et ont signé quelques autographes.



Le mini-SMTOWN de Taiwan

La TAIWAN MUSIC NIGHT a passé un cap en 2013. Sur une stratégie événementielle proche du modèle sud-coréen - avec le succès qu'on connait -, l'île monte en puissance avec des invités de plus en plus populaires année après année. L'édition 2013 ressemblait vraiment à un SMTOWN Live in Paris miniature, avec un beau plateau d'artistes mainstream et une conférence de presse marquée par les ambitions de développement et les interventions de guests internationaux comme la manager de Jean-Michel Jarre ou l'auteur-compositeur Vincent Degiorgio. Taiwan a clairement fait un pas en avant, qui ne demande qu'à être confirmé par d'autres concerts à l'instar des shows Cpop qui se multiplient à Londres. La France est-elle prête ? Le risque reste grand dans l'immédiat compte tenu du remplissage décevant de cette soirée, malgré la participation inédite de Jolin Tsai. Grâce à la Corée du Sud, la pop asiatique n'a pourtant jamais suscité autant d'intérêt que ces derniers mois. C'est donc le moment ou jamais pour accentuer les efforts et ne pas louper le train en marche.


Eric Oudelet



A voir :
le compte rendu complet de la conférence de presse TAIWAN MUSIC NIGHT 2013



Remerciements : BL MUSIC PRODUCTIONS, Bureau de Représentation de Taipei en France, l'Office du tourisme de Taiwan en France
Photos © Orient-Extrême, reproduction/réutilisation strictement interdite.










Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême