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SMTOWN WORLD TOUR Live in Paris : live report du double concert historique au ZENITH de Paris en juin 2011

SUPER JUNIOR, GIRLS’ GENERATION, SHINee, TVXQ! et f(x) sur la même affiche à Paris, les fans n’osaient même pas en rêver au début de l’année ! Quelques mois plus tard, on reste sidéré par l’événement et ses répercutions. En réalisant le plus gros buzz, le record de remplissage, le plus long et le plus impressionnant des concerts asiatiques en Europe avec quelques-unes des plus grandes popstars extrême-orientales du moment, la Corée du Sud a frappé très fort dans l’univers du divertissement musical pour sa première offensive sur notre continent. Historique, le double concert SMTOWN WORLD TOUR Live in Paris des 10 et 11 juin 2011 révolutionne notre marché de niche et lui entrouvre les portes du grand public.

Un succès programmé


Début 2011 en France, la Kpop - la musique pop sud-coréenne - faisait encore sourire les descendants de ceux qui gloussaient en 2004 ou 2005 quand étaient évoqués de fantasmatiques concerts DIR EN GREY ou Moi dix Mois en Europe. Aujourd’hui, tout le monde sait ce qu’il est advenu, et on note une "petite" différence : la Corée a fait plus de bruit en six mois que le Japon en plusieurs années. Quand le pays du soleil levant nous refourgue régulièrement ses invendus et bizute ses nouvelles recrues, celui du matin calme déroule le tapis rouge pour ses stars les plus populaires et vend du rêve en mini-short et torse imberbe. Si, en plus, la musique sort du même tonneau que celle des Black Eyed Peas ou de Britney Spears, on commence à entrevoir un potentiel qui aiguise les appétits des plus grands producteurs et des plus grandes maisons de disques de la planète.



Danger ! La sonnette d’alarme retentissait pourtant depuis deux ans. Les statistiques s’affolaient, tout particulièrement sur le net où les artistes coréens affichent des scores internationaux bouleversifiants, comparables à ceux des stars américaines (nombre de vues sur YouTube, volume de tweets, recherche et référencement de news sur google…). Dans les conventions comme Japan Expo, les produits Kpop envahissent aussi les rayonnages, grignotant dangereusement la part d’étalage allouée aux CD et DVD japonais. Enfumés dans le formol du business J-Music, les professionnels français spécialisés avaient vaguement entendu parler du phénomène, mais ne s’affolaient pas, comme anesthésiés par le rythme pépère des Japonais. Même l’annonce du premier concert SMTOWN au ZENITH de Paris, alignant pourtant cinq boysbands et girlsbands vedettes de la plus puissante des agences coréennes, n’avait pas vraiment secoué le milieu japonisant. Aussitôt, des légions de fans de Kpop excités se sont enflammées, et deux micro-événements au retentissement mondial vont brutalement sonner le début d’une nouvelle ère : le soldout éclair du concert du 10 juin 2011 sans la moindre publicité (dans une salle que L’Arc~en~Ciel et X JAPAN n’ont pas réussi à remplir) et une flash-mob parisienne rassemblant plusieurs centaines de participants, rien que pour demander une seconde date sous les objectifs des plus grandes chaînes de télévision de Séoul ! Notre vidéo de la flash-mob a rapidement cumulé 250.000 visionnages...








Une semaine plus tard, le second concert du 11 juin était signé et il n’a fallu que quelques minutes pour en écouler les 6.000 billets supplémentaires, qui se revendaient parfois pour un demi-SMIC au marché noir. Un triomphe total que S.M. ENTERTAINMENT a fait fructifier en incitant indirectement les fans à poursuivre les manifestations pour générer continuellement du bruit médiatique. Ainsi a-t-on assisté à une quasi-émeute lors du débarquement des artistes à l’aéroport Charles de Gaulle, une arrivée publiquement annoncée par le management, et que l’on soupçonne orchestrée - malgré l’encadrement de Korean Konnection - de manière à générer un formidable chaos pour régaler la meute de média présents et éclabousser le monde d’images impressionnantes. Le raz-de-marée déferle, incoercible.









Teddy Riley : "S.M.E. est la MOTOWN du nouveau millénaire !"


Pendant que les dirigeants de S.M. ENTERTAINMENT paradaient dans un prestigieux hôtel parisien en dévoilant leur plan de conquête du monde devant une ribambelle de producteurs internationaux tels que Teddy Riley, la jeunesse dansait dans le Parc de la Villette, autour du ZENITH. Les pancartes, banderoles et tubes lumineux fleurissaient partout, brandis par une écrasante majorité d’adolescentes venues de toute l’Europe, et d’au-delà ! Durant les deux jours de concerts, complets en dépit des prix élevés, les abords de la salle ressemblaient à une fourmilière en fête, à côté de laquelle le concert J-rock de X JAPAN trois semaines plus tard, éclipsé, passait pour un enterrement. Tout ce ramdam n’aurait été que poudre aux yeux si le show avait déçu, mais les stars coréennes ont quotidiennement enchaîné les tubes pendant plus de 3h30, uniquement entrecoupés de trois pauses de propagande vidéo d’une minute chacune. Une cadence à couper le souffle pour un spectacle au budget monstrueux, mis en scène avec fumigènes, lasers, serpentins, retransmis sur écrans géants… et dans la nuit en partie sur Internet.

C’est en alternant leurs prestations que les cinq groupes ont assuré un tel rythme et interprété des dizaines de hits dans une ambiance de folie indescriptible, entre cris et larmes de joie. En ouverture, f(x) partait comme le groupe le moins populaire et le moins connu du plateau, mais la sélection électro-pop-R&B du jeune girlsband a convaincu les plus sceptiques. f(x) a marqué de gros points ; de bon augure pour son développement international qui ciblerait en priorité la Chine d’après le business plan de Lee Soo Man. A chaque passage solo, la rappeuse Amber et son look masculin ont reçu des acclamations particulièrement intenses de la part de l’audience féminine.



TVXQ! / Dong Bang Shin Ki a bien rebondi après le violent conflit qui l’a opposé à son agence et qui a provoqué le départ de trois membres devenus JYJ. Le duo, qui s’est longuement fait attendre dans la programmation, a pourtant interprété l’excellent Rising Sun de 2005, hit qui avait propulsé le quintet au firmament de la scène pop asiatique. U-Know, MAX et leurs back-dancers virils ont toutefois déçu un chouïa leurs fans en restant principalement en fond de scène, probablement pour dissimuler l’utilisation du playback, justifié par les chorégraphies sportives et l’autotuning massif des derniers titres du boysband, à l’instar du récent Keep Your Head Down. Cette partie de la scène était souvent réquisitionnée dès que les bandes vocales préenregistrées devaient suppléer les artistes, que ce soit pour changer leur timbre ou leur permettre de passer les chansons les plus complexes sans arrêter de danser.

Ils se sont littéralement envolés pour mieux briller au ZENITH et déchirer les cieux de leurs griffes-lasers, ce sont les SHINee ! En pleine ascension notamment au Japon, ce boysband rayonne de plus en plus grâce à ses hits aux refrains entêtants, d’une redoutable efficacité : Ring Ding Dong, Ready or Not et LUCIFER dans un registre dance/pop mainstream ; Replay et Hello dans un style léger et kawaii pour charmer les demoiselles… Mais le moment le plus irréel restera l’interprétation par Onew, dans un solo de ténor majestueux, d’un extrait de l’opéra Turandot de Puccini : Nessum dorma. Un signe qui ne trompe pas : tous les agents de sécurité, jusqu’alors concentrés sur leur surveillance puisque blasés par la "pop adolescente", se sont discrètement tournés vers l’écran géant le plus proche, les yeux écarquillés, pour se confirmer la réalité de cet instant mystique.



La nouvelle positive attitude

En tête d’affiche, rien de moins que deux des plus gros groupes asiatiques de ces dernières années : SUPER JUNIOR et GIRLS’ GENERATION en chair et en os, surtout en os d’ailleurs. Vous en rêviez ? Ce n’est évidemment pas Sony mais la Corée qui l’a fait, en investissant des millions de dollars en promotion globale internationale. Voir de telles machines de guerre marketing, de si grandes popstars évoluer "comme à la TV ou sur DVD" - avec leur fameuses chorégraphies et costumes - sur une scène française, au milieu d’un public en extase, dans un tel paysage de lumières, d’écrans géants, de pancartes, de banderoles, de lightsticks et devant autant de caméras… ça procure un sentiment très spécial, une impression inédite d’achèvement quant au développement de la pop-music asiatique en Europe, tout en sachant [délit d’initié] qu’il ne s’agit que d’un début pour la Kpop ! Avec le proscenium pénétrant dans la foule, avec les courses des SUPER JUNIOR par-dessus l’océan de bras tendus, jusqu’à l’apparition d’Eunhyuk et Shindong (SUPER JUNIOR) ainsi que Key et Minho (SHINee) dans les tribunes, on en prenait plein les yeux et on ne savait plus où donner de la tête.

Très professionnels, affutés et consciencieux autant dans leurs rôles que dans leurs danses, les dix SUPER JUNIOR ont fait forte impression, démontrant leur maîtrise de la scène en assaisonnant régulièrement leurs performances de fan-service, à l’image des tablettes de chocolat révélées par Siwon qui termine A Man In Love par un coup de pied circulaire. Le boysband a fait danser toute la salle sur les chorégraphies de BONAMAMA, SORRY, SORRY… et joué la comédie dans une parodie de Lady GaGa par Heechul, accompagnée d’une triplette de Beyoncé pastichées par les facétieux Shindong, Leeteuk et Eunhyuk. Ce sont aussi les SUPER JUNIOR qui ont osé les plus francs rapprochements avec le public, multipliant les signes, les mains tendus, jusqu’à s’assoir ou descendre en bordure de scène à portée des fans.



Il n’y a pas que la poignée de spectateurs de sexe masculin qui trépignait d’impatience jusqu’aux premiers pas des neuf paires de gambettes les plus hype de la décennie. Les icônes filiformes de GIRLS’ GENERATION ont délicieusement interprété leurs plus grands tubes coréens dont Run Devil Run et les hits pop girly qui ont fait leur succès : Gee, Genie, Oh!... ainsi que les mignonnets My Child et Kissing You pour le bonheur des premiers fans. Les neuf chanteuses sur talons hauts ont déroulé leur show à la perfection et, plus que le recours partiel au playback dans l’ensemble de ce SMTOWN, c’est bien cet aspect mécanique et impersonnel qui dérange un peu. Que ce soit dans les attitudes ou les discours appris par cœur, cette sensation de jeu précalculé nous renvoie en pleine face la nature-même de ces boysbands et girlsbands coréens : des produits formatés, voire lobotomisés, façonnés pour répondre aux exigences du marché.

C’est précisément sur ce terrain et sur celui de la variété et de la force des émotions que le concert de L’Arc~en~Ciel, historique pour la J-Music, fait encore jeu égal. En alternant des titres rock enfiévrés, des hits fédérateurs et des ballades poignantes, la bande de hyde à elle-seule préserve toute sa magie en évitant la comparaison directe avec le déluge dance-pop du SMTOWN, auquel il manquait juste cette âme, cette petite étincelle qui restera inaccessible sans mise à jour de l’implacable Culture Technology de Lee Soo Man. Vocalement, ce SMTOWN WORLD TOUR Live in Paris n’était pas non plus transcendant malgré quelques belles voix (le solo d’Onew en est la plus éclatante des démonstrations, ou encore la belle ballade de Seohyun et Kyuhyun en duo), mais ce ne sont évidemment pas des performances techniques que l’on vient chercher dans un tel concert. Ici, on ne peut renier l’efficacité des compositions, de la production et de la mise en scène, le tout rassemblé dans un package dense dénué du moindre temps mort. Pour ne rien gâcher, tous ces jeunes artistes sont transformés en séduisantes gravures de mode, que ce soit grâce à leur entrainement physique, au maquillage ou à la chirurgie. Il ne manquait plus que des décors dignes de Lady GaGa pour égaler, voire surpasser, les shows des plus grandes stars US.



La référence ultime… jusqu’en 2012 !


Avec cette bombe lâchée à Paris, les Sud-Coréens ont frappé très fort. L’impact de ce double SMTOWN WORLD TOUR Live in Paris à guichets fermés, le plus abouti et le plus long des shows pop asiatiques en Europe, est considérable. Outre l’intense relai en Corée, on constate de fortes répercutions en France, à tous niveaux. On pense bien sûr à l’organisation des prochains concerts comme le MUSIC BANK à Bercy en février 2012, mais aussi à la signature de GIRLS’ GENERATION chez Polydor, ou encore aux multiples échos sur Internet, dans la presse, à la radio et sur certaines grandes chaînes historiques. Dans cette opération "portes ouvertes" coréenne (jusqu’aux backstages pendant le concert pour la presse), tout fut pensé et conçu pour créer du sensationnel, produire des visuels forts, générer du buzz, maximiser l’efficacité, le rendement et l’impact, et faciliter le libre travail des media ; au contraire des Japonais qui, il faut bien le constater, demeurent impuissants sous nos latitudes, hermétiques, presque honteux d’eux-mêmes, incapables de lâcher la bride, de se faire confiance, en eux, en nous, en leur image et donc en leur travail. Ce double concert Kpop au ZENITH, produit d’appel bling-bling optimisé pour attirer l’attention des plus grands, fut la meilleure des vitrines pour l’industrie musicale coréenne. S.M. ENTERTAINMENT était si confiant dans l’atteinte de ses objectifs et son pouvoir attractif envers les grands media que l’agence avait même choisi de snober la presse hexagonale spécialisée dans les cultures et les loisirs asiatiques. On remercie les relais français des institutions coréennes sans qui peu d’entre nous auraient pu couvrir cet événement historique, et commenter cette nouvelle étape décisive pour le développement de la musique asiatique en Europe.

Eric Oudelet












Photos : Eric Oudelet et Camille Poulain
Remerciements : le Centre Culturel Coréen, l’Office du Tourisme Coréen et Korean Connection
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