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SCANDAL à JAPAN EXPO 2008 : interview et reportage sur le concert du 3 juillet

SCANDAL en concert à JAPAN EXPO 2008, c’était le cadeau J-Music offert à tous les visiteurs mâles de la convention, la plus grande de l’année en Europe. Ce nouveau quatuor pop-rock féminin sorti du lycée profitait de l’événement pour rajouter de précieuses lignes à son CV et lancer sa carrière au Japon. Un passage major s’est en effet concrétisé quelques semaines plus tard, le groupe étant déjà escorté à JAPAN EXPO par le staff d’Epic Records Japan, label affilié à Sony. Orient-Extrême était évidemment là pour jauger le potentiel  des quatre jeunes filles ; s’agissait-il réellement de la révélation de JE2008 comme le suggéraient les communiqués post-festival ?

Louons les initiatives d’Epic Records Japan qui entend les suppliques des Français en manque de pop et de chanteuses ! Il faut bien le dire, les - plus ou moins jeunes - hommes délaissés se rendent parfois aux concerts des rockers/poseurs japonais - à défaut de réelle alternative pop -  davantage pour leurs spectatrices que pour la musique (si, si ! et les producteurs n’en sont pas dupes !). Au-delà du plaisir des yeux pour le jeune public nippophile, qui pouvait ainsi se convaincre qu’il n’y a pas que des visualeux à porter des jupes dans l’archipel (les habitués des salles de concert françaises finiraient presque par douter…), que conclure de la venue de SCANDAL ? Tout d’abord que le girlsband est au cœur d’une opération marketing intelligemment calculée : des uniformes de lycéenne fantasmatiques pour séduire les otakus, une mascotte peluche gothique pour attirer les fans de visu et les déprimées de la vie, des vidéos stylées manga pour appâter les amateurs d’animes, et même des ébauches de poupées Barbie pour les petites filles… Tout a été anticipé en termes de merchandising et rien n’a été oublié pour ratisser le plus large public, quitte à perdre en cohérence. Restait à voir si le produit possédait de réelles qualités, à la hauteur de l’emballage et de ses ambitions.



Outre des dédicaces et une conférence publique (sur une idée lancée par Orient-Extrême), SCANDAL a surtout donné deux concerts à JAPAN EXPO devant 2.000 à 2.500 visiteurs, très enthousiastes dans la file d’attente. Juste avant le show, c’est une audience jeune, mixte et hétéroclite, à l'image de celle de HALCALI en 2007 (également chez Epic), qui assiste tout d’abord à la projection d’une série de mini-animes, déjà vue en V.O. sur le site officiel du groupe, et qui met en scène HARUNA, MAMI, TOMOMI et RINA. Les scénettes content les débuts de SCANDAL, avec un doublage et un sous-titrage anglais (double emploi, les textes ne pouvaient pas être en français ?), un humour de maternelle et une qualité d’animation extrêmement médiocre, trahissant des moyens faiblards… Sympa, sans plus, les idées sont là, mais avec un investissement modéré pour cette période de "bêta test" : le groupe reste indie à cet instant. C’est le grand moment, SCANDAL se lance dans son premier concert européen en inaugurant le J.E.’s Live House jeudi 3 juillet, servant également de cobaye pour les ultimes réglages live de la sono.



Les sémillantes SCANDAL mettent tous les atouts de leur côté en affichant leurs plus larges sourires. La bassiste TOMOMI, d’un naturel espiègle et qui nous avait semblé davantage extravertie lors de l’interview, ainsi que la guitariste et chanteuse principale HARUNA s’avèrent tout de même, sous le feu des projecteurs, plus éclatantes que leurs partenaires. L’opération séduction soigneusement briefée se déroule à la perfection et le public répond au quart de tour durant les premières minutes. Space Ranger est immédiatement reconnu et Playboy passerait déjà pour un classique alors qu’on ne le trouve nulle part en CD ! En quarante-cinq minutes, les quatre filles jouent l’intégralité de leur courte discographie, dont le futur premier single major Doll et son entraînante face B S.L. Magic (qui ne sortent qu’à la fin octobre), morceaux auxquels s’ajoutent deux ou trois titres exclusifs. Les chansons présentées sur MySpace ou à la télé, telle Koi Moyo, rencontrent évidemment le meilleur accueil, instantanément identifiables du fait de la simplicité des compos. "Easylistening", le pop-rock de SCANDAL fait illusion et comble un incontestable manque dans ce domaine en France…



Le balbutiement des chorégraphies - réellement pensées - ou les rares méprises lors des discours en anglais revêtent un caractère kawaii, et sont de fait excusés par le statut de débutantes des jeunes filles qui s’appliquent et s’impliquent indéniablement, comme des enfants assidus récitant leur leçon. Un peu empotées par instant, comme lorsqu’elles s’emmêlent dans les câbles de leur gratte, elles mènent pourtant déjà le show avec une belle assurance, et ce malgré le temps ridicule qui les séparent de la création du groupe et de leur première approche des instruments. En effet, ce n'est que tout récemment  que les quatre amies se sont lancées dans la musique, "pour le fun" puisque ça avait l’air cool… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la simplicité des compositions montre rapidement leurs limites. On ne s’improvise pas guitar hero en quelques mois et on ne sort pas un arrangeur de génie de son cartable comme par magie. Les morceaux, très courts, ne cachent que peu de temps leur pauvreté : mélodies basiques, répétitions abusives dans la structure, rythmes binaires, pas un solo ou une excentricité technique pour briser la monotonie… Les quatre voix (elles chantent toutes les quatre !) apportent juste le minimum de fantaisie ; et dans ce contexte, c’est peut-être l’inédit et donc récent S.L. Magic qui parvient à créer la petite étincelle, avec son refrain accrocheur et le jeu plus varié de RINA à la batterie. L’engouement du public retombe ainsi inexorablement au fil du concert, et l’on ne s’étonne même pas de l’absence de réelle pression pour un rappel.



Sur le même terrain qu’AciD FLavoR, mais dans un registre girly, les SCANDAL n’auront à aucun moment pu tenir a comparaison en termes de technicité, d’inventivité et de richesse musicale. Il fallait chercher leur intérêt ailleurs, simplement et principalement dans leur statut de filles, incarnant à elles seules tout un pan de l’immense marché japonais quasi inaccessible pour nous, Occidentaux. Un apéricube de la Jpop en quelque sorte, au petit goût de rock. Comme bien souvent avec la musique japonaise, le visuel compense le reste. SCANDAL a ainsi assurément fait souffler un vent de fraîcheur, une indispensable touche pop et féminine encore trop peu présente sur nos scènes européennes. Appliquées, motivées, volontaires… Les quatre post-adolescentes ont le mérite de manifester un grand nombre de qualités pour combler leurs lacunes, et on ne peut qu’applaudir un tel investissement personnel. Il ne reste plus qu’à enchaîner les semaines de répétition pour perfectionner la pratique, et commander un compositeur et un arrangeur plus inventifs au père Noël. Les mélodies Kleenex aussi faciles que des comptines et qui s’effacent des mémoires au bout de quelques minutes, c’est tout de même insuffisant pour espérer aller loin…

Eric Oudelet


Setlist :
1 - Intro
2 - Space Ranger
3 - Playboy
MC
4 - S.L. Magic
5 - Koi Moyo
6 - [titre inconnu]
MC
7 - Doll
8 - Kagerou
9 - Koi no Kajitsu














Nous avions rendez-vous avec HARUNA, MAMI, TOMOMI et RINA entre leurs deux concerts pour une petite entrevue très détendue, et les filles se montrent aussitôt à l’aise face à vos deux reporters. Le staff d’Epic les aurait-il prévenues qu’on rigole souvent dans nos interviews (cf. HALCALI) ?  Le temps de s’installer, les SCANDAL papotent en japonais au sujet de nos looks (coupe et couleur de cheveux, etc.) et parient sur nos caractères… Évidemment, on les laissera faire en tendant l’oreille, pour ne leur faire comprendre qu’un peu plus tard que nous parlons - et donc comprenons - un minimum le japonais. Et là, des joues prennent feu et des têtes se baissent…

Orient-Extrême : Tout d’abord, pourquoi le nom SCANDAL ? Avez-vous commis ou prévu de commettre un acte répréhensible ou choquant ?...
HARUNA (chanteuse) sourit :
On répète dans un studio, et le bâtiment abrite également un magasin qui s’appelle SCANDAL.
Orient-Extrême : Un magasin où vous avez l’habitude d’aller ?
MAMI, TOMOMI et RINA éclatent de rire.
HARUNA : Euh… Non pas vraiment.
TOMOMI (bassiste) : C’est un magasin pour adultes et on n’a pas le droit d’y aller.
Orient-Extrême : A part ce clin d’œil, est-ce que vous vous retrouvez quelque part dans la réelle signification de ce mot ?
RINA (batteuse) :
Le mot SCANDAL nous plaisait bien car il a beaucoup de sens, mais on souhaitait évacuer ceux qui pourraient être négatifs ou mauvais. On voulait s’imposer avec…
TOMOMI : … et se donner beaucoup de courage, se motiver pour rencontrer le succès. C’est un mot qui ne laisse pas indifférent.

Orient-Extrême : On a eu un petit aperçu, certainement caricatural, de la création du groupe dans les mini-animes qui ont été diffusés sur votre site et projetés au début du concert ; mais comment s’est réellement monté SCANDAL ?
HARUNA et RINA :
On était dans la même école de danse et de musique. A cette époque, on n’avait encore jamais touché à un instrument, on ne connaissait rien à la musique. Puis on s’est dit que jouer de la guitare ou de la basse, ça avait l’air cool. On a choisi des instruments en se répartissant rapidement les rôles, et voilà !

Orient-Extrême : Vous avez ensuite enchaîné les street live, ces concerts dans la rue typiquement japonais. Avez-vous connu des moments marquants en vivant cette expérience ?
La traductrice d’Epic se met à traduire les propos japonais des filles… en japonais, ce qui provoque une hilarité passagère : les filles rient, TOMOMI - pliée en deux - s’écroule sur la table… Et c’est finalement la traductrice qui a le plus de mal à se remettre de ses émotions.
RINA : On ne garde que des bons souvenirs de ces concerts dans la rue. Au départ, on ne savait pas du tout comment faire ! On n’avait rien : pas d’argent pour faire des costumes, on ne savait pas se présenter… On est finalement rentrées dans une supérette, et on s’est pris des pauvres t-shirts à 1.000 yens, que l’on a customisés. C’était très amusant, en y repensant…
TOMOMI : Début mars, on a fait un concert alors qu’il faisait très froid. On n’en était pas du tout conscientes sur le moment… On n’était pas du tout préparées pour affronter ça, on n’avait rien pour se tenir chaud ! En jouant, on gelait sur place et nos mains ne bougeaient plus. On n’arrivait plus à jouer, c’était horrible… Mais c’était marrant quand même !
MAMI (guitariste) : L’été, on a fait un autre concert, cette fois avec des manches longues alors qu’il faisait très chaud et on était cuites [rires]. On ne pensait pas que le climat avait autant d’importance et de conséquences quand on joue de la musique dehors. On amène des glaçons en été, maintenant !
TOMOMI : Que de bons souvenirs !

Orient-Extrême : Les choses sérieuses commencent pour vous… Vous continuez quand même de faire des street live au Japon ?
Toutes répondent du même signe de la tête : Non, c’est fini.
Orient-Extrême : Vraiment fini ? Plus jamais ?
RINA :
On verra…

Orient-Extrême : Vous venez d’Ôsaka et de sa région… Vous y aviez des quartiers de prédilection ? Où aimeriez-vous retenter du street live ?
RINA sourit :
A l’étranger !
HARUNA, TOMOMI et MAMI ont également l’air emballées !
TOMOMI : Ce serait sympa !
MAMI : C’est vrai qu’on aimerait bien tenter l’expérience. A Ôsaka, il y a beaucoup de groupes qui jouent du côté de la station Umeda. C’est vraiment un endroit très fréquenté, il y a beaucoup de passants et on n’y a jamais joué, ce serait à tenter !

Orient-Extrême : A vos débuts dans la rue, avez-vous reçu des cadeaux de la part des passants ou de vos premiers fans ? Des mots gentils écrits par des garçons peut-être ?
TOMOMI et MAMI confirment immédiatement d’un hochement de tête.
TOMOMI : On a reçu pas mal de cadeaux ! Des petits mots aussi [rires]. L’été, on a donc fait un concert dans la rue avec des manches longues, il faisait trèèès chaud et humide, et l’un de nos fans nous a offert une glacière !
RINA : On a pu y stocker beaucoup de glaçons et y mettre plein de boissons au frais !
TOMOMI : Il a dû penser qu’on était vraiment idiotes de jouer, comme ça sans prévoir, en pleine chaleur.
RINA : Les gens étaient vraiment gentils.
TOMOMI : Oui, on les remercie sincèrement.

Orient-Extrême : Et les Français ? Ont-ils été aussi gentils et généreux avec vous lorsque vous les avez rencontrés à la séance de dédicaces organisée à JAPAN EXPO ?
TOMOMI, décidément bien excitée :
Yeah !
MAMI : Oui !!!
Les visages s’illuminent, sauf sur celui de HARUNA, qui reste assez impassible d’une manière générale, un peu absorbée par ses pensées…
MAMI répond avec de grands gestes : On a reçu des cadeaux de la part des Français et des Françaises ! Quatre filles sont venues à la dédicace avec des t-shirts marqués "I love SCANDAL" et avec notre logo ; elles ont offert à chacune d’entre nous un ourson [NDLR : voir photos sur le compte rendu de la conférence publique]. C’était vraiment sympa ! Les nounours étaient trop beaux et trop mignons, ça nous a fait très plaisir !

Orient-Extrême : Qu’avez-vous pensé de votre premier concert à JAPAN EXPO, et donc en France ? Est-ce que c’était comme vous l’imaginiez ? Qu’avez-vous pensé des réactions du public ?
MAMI :
La réaction du public était vraiment extraordinaire. C’était super. Il y avait beaucoup de monde de la même génération, et ça, ça nous vraiment fait plaisir ! Les Japonais sont très timides en comparaison, c’est carrément différent. Ici, c’est génial, il y avait une grosse ambiance. Ce concert nous a vraiment beaucoup, beaucoup plu.

Orient-Extrême : Parlez-nous un peu de votre prochain mini-album. Et allez-vous vous montrer dans votre prochain clip !? Avec celui de Koi Moyo en animation 2D rudimentaire, on a l’impression que vous vous cachez, et c’est quand même dommage…
TOMOMI :
Nous sortons notre premier mini-album le 8 août 2008 au Japon : YAH! YAH! YAH! HELLO SCANDAL. Il contient quatre chansons dont celles correspondant aux trois premiers singles et une nouvelle, Koi no Kajitsu. Quant au prochain clip… Anime ou prises de vues réelles, on ne sait pas encore !

Depuis l’interview et après une première mini-tournée nationale durant l’été, SCANDAL n’est plus indépendant et a sorti Doll le 22 octobre, son premier single major chez Epic Records Japan, avec un clip "live". Le groupe a fait plusieurs plateaux télé pour en assurer la promotion, et les Français ont eu le privilège de découvrir les deux titres du CD en avant-première à JAPAN EXPO.







Interview réalisée par Eric Oudelet et Alexandre Martinazzo.
Photos interview et concert SCANDAL à JAPAN EXPO : Eric Oudelet et Sophie Héry
Remerciements : JAPAN EXPO & Epic Records Japan

Le site officiel de SCANDAL : www.scandal-4.com

Reproduction/réutilisation des photos, du reportage et / ou de l’interview strictement interdite.

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