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FINAL FANTASY : LEGEND OF THE CRYSTALS

Souvenez-vous. Il était une époque où le design de Final Fantasy n’étaient pas signé par NOMURA Tetsuya mais par AMANO Yoshitaka. Une époque où SquareSoft n’était qu’une boîte de jeux vidéo parmi tant d’autres. Une époque où les jeux vidéo commençaient à peine à être adaptés en animes, et où la fantasy envahissait le marché des OAV au Japon. Une époque où vit le jour la série d’OAV Final Fantasy.

1994. Final Fantasy n’est pas encore le monstre médiatique que nous connaissons, mais simplement une bonne série de RPG (1) appréciée des connaisseurs, aux côtés de Ys et autres Phantasy Star. Avec certes un peu plus de succès, sauvant SquareSoft de la faillite quelque années plus tôt, mais toujours éternel second derrière le phénomène Dragon Quest (2). Mais Square commence à vraiment s’imposer comme un acteur mondial du RPG en se faisant connaître en occident, notamment grâce à des jeux simplifiés, comme Final Fantasy II US ou Mystic Quest Legend (3) sur Super Nintendo, et palliant le manque d’attraits graphiques du genre en concevant des jeux pour consoles portables, où la technique importe alors peu aux joueurs. Sortent alors sur Game Boy Final Fantasy Legend I, II et III, et Mystic Quest (4). Square est en fait la seule société spécialisée dans les RPG à avoir une filiale US, et peut rêver comme Enix de transposer sa série phare en dehors du milieu du jeu vidéo. Ce sera chose faite avec les OAV Final Fantasy : Legend Of The Crystals, produite au studio Madhouse, et réalisée par Rintaro.

Final Fantasy is an RPG…

La série est une suite du dernier épisode alors en date, c’est à dire Final Fantasy V. Cet opus marque l’éphémère apparition du système de « jobs », à savoir une allocation dynamique des classes (5) à chaque personnage (6). Ce qui aurait pu n’être qu’une subtile modification du gameplay se révèle avoir une influence décisive sur la partie scénaristique : dans les précédents volets de la saga, les protagonistes étaient tous des stéréotypes de leur classes. Ainsi le chevalier noir était sombre, le barde romantique, le paladin au service du peuple… Mais ici, aucun d’entre eux n’a de classe définie de manière fixe, puisque c’est le joueur qui les modifie à son gré. Libérés de ce balai dans le cul qui guidait leurs actions de manière assez stricte, les héros de FFV sont (un peu) plus « lâchés », se permettent enfin d’avoir de l’humour et connaissent la tentation de regarder dans la chambre d’une jeune fille. Et si les OAV présentent de nouveaux personnages principaux, l’intrigue se déroulant pas moins de 200 ans plus tard, cet esprit décontracté reste, au risque de choquer ceux qui apprécient le ton très sérieux (voir pompeux) de certains épisodes vidéoludiques de la saga, et si bien représenté dans les artworks au style si précieux de AMANO Yoshitaka. L’histoire de Legend Of The Crystals reste néanmoins dans le ton Final Fantasy : sur la planète R, 200 ans après que les guerriers des cristaux aient vaincu Exodes, une nouvelle menace apparaît. Deathgyunos, qui a déjà volé les cristaux de la terre, de l’eau et du feu, convoite le cristal du vent pour s’approprier l’univers. Le destin va alors réunir des aventuriers pour défendre la planète des forces du mal… On remarquera d’ailleurs que ces 2 siècles ont permis une certaine évolution technologique au sein du royaume de Tycoon, pour un univers mi-fantasy mi-technologique qui n’est pas sans rappeler ce que sera celui de Final Fantasy VI.

Final Fantasy has awesome musics…

Bien évidemment, nous avons droit ici à un certain nombre d’éléments caractéristiques des Final Fantasy, le plus important d’entre eux étant les fameux thèmes musicaux de NOBUO Uematsu. Néanmoins ses musiques sont réarrangées de très belle manière par SATO Masahiko, qui signe là une bande-son de qualité, avec, selon ce qu’exige la situation, d’excellentes musiques dramatiques, lyriques, comiques ou dynamiques. Le chara-design en revanche, ne fera pas l’unanimité. Co-signé par SAKURAI Kunuhiko et KANEMORI Yoshinori(7), il n’a rien de commun avec le magnifique mais inanimable dessin de AMANO. Il reste pourtant très réussi, souvent gracieux, toujours plein de caractère, et ce malgré des traits très épurés. De même les décors très vides peuvent paraître étranges, mais c’est à l’image des jeux à l’époque. Le grotesque design des créatures, en revanche, choquera tout le monde sans exception, le chocobo ressemblant à une autruche mal déplumée, et le dragon à rien. Ce n’est heureusement pas très gênant, leur rôle étant mineur dans cette aventure superbement animée. Car l’animation est de grande classe, avec des personnages à la gestuelle marquée, une mise en scène offrant des mouvements de camera des plus dynamiques, bref très supérieure à ce que la plupart des OAV offrent dix ans plus tard. Pour ceux qui apprécient le design particulier, il ne manque en fait pas grand-chose pour faire de la série de Rintaro un must absolu.

Final Fantasy is all that I play…

Mais ce Final Fantasy n’est pas un must. La raison en est peut-être le public visé, à savoir le jeune adolescent, adepte de petites culottes. La série regorge en effet de plans sur le derrière de la jolie petite Linaly, et bien que cela soit plus ou moins justifié au niveau de l’histoire, ça n’en reste pas moins agaçant, voir parfois ridicule. Cela reste heureusement à dose relativement modéré, et la plupart des « pantsu shots » sont justifiés par le cadrage, lui-même justifié par l’action, et non purement gratuit comme dans une production Fantasia (8). En fait, le gros manque viendrait plutôt du côté de l’histoire : Final Fantasy V est connu comme l’épisode « classique » au scénario le plus faible, et sa suite animée ne peut pas se vanter d’avoir une intrigue des plus riches. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une petite aventure, avec toutes les contrariétés habituelles : gros monstres, enlèvement de jeunes filles, gros monstres… En somme, la routine. On aurait aimé une petite révélation de dernière minute, un sacrifice ultime, bref quelque chose qui aurait rendu le final un poil plus épique ou plus dramatique… On ne vibre pas vraiment, on ne tremble pas de peur pour nos héros, bref, il manque LA scène qui aurait foutu tout le monde sur le cul d’émotion. Dommage, car on tient là une très bonne série, mais il manque le détail qui l’aurait rendu grandiose…

Rintaro mineur, Final Fantasy : Legend Of The Crystals n’en est pas moins une adaptation assez réussie de l’univers de SquareSoft (voir même la meilleure en attendant le soi-disant prometteur Advent Children), et une bonne série d’OAV typée fantasy telle qu’on savait en faire au début des années 90, aux côtés de Lodoss, Bastard! et autres Legend Of Lemnear. C’est entraînant, c’est bien fait, ça se laisse suivre avec plaisir, mais avec une telle licence, et un si grand réalisateur, on aurait pu s’attendre à quelque chose d’un poil plus ambitieux.

José Emmanuel Moura

Notes :

(1) Role Playing Game. Une définition est inutile, car il n’y en a aucune qui serait capable d’englober à la fois ceux qui se jouent sur table ou en grandeur nature, et les jeux vidéo. De même, en se restreignant aux jeux vidéo, il paraît inconcevable de rallier les RPG nippons et les américains, tant les styles sont différents. Gardez juste à l’esprit que les jeux cités ci-dessus sont des RPG, et que le seul point commun de tous les RPG et qu’ils héritent tous plus ou moins de Donjons&Dragons, même de façon très très lointaine.

(2) Série de Enix qui en est à son huitième opus, et qui rencontre un tel succès qu’un décret oblige Enix à les sortir uniquement un jour férié, pour éviter de trop forts taux d’absentéisme en cours. Un épisode de la série « principale » détient le record de vente mondiale sur chaque console où elle est sortie, c.a.d. sur NES, Super Nes, Playstation 1&2, et ce bien que seul le septième opus ait passé la frontière japonaise. En France, nous ne connaissons que l’une des nombreuses adaptations en manga/anime, avec Fly, diffusé à l’époque au Club Do.

(3) FF II US est la version censurée et simplifiée du Final Fantasy IV japonais, les II et III japonais étant alors inédits hors Japon. Mystic Quest Legend (aka Final Fantasy Adventure) est lui une création spécifique pour le marché américain, à ne pas confondre avec Mystic Quest GB

(4) Final Fantasy Legend est l'appellation occidentale des Romancing SaGa sur Game Boy. En ce qui concerne Mystic Quest, le nom US est Final Fantasy Adventure (toujours la volonté de Square d’imposer le nom Final Fantasy comme référence du RPG auprès des occidentaux ignorants), et le nom original Seiken Densetsu, premier épisode d’une série de 4 Action-RPG (bientôt 6), dont le deuxième est encore considéré comme référence du genre par nombre de joueurs français : le fameux Secret Of Mana sur Super Nintendo

(5) Dans un RPG, une « classe » est comparable à une profession immuable qui donne droit à certaines capacités spécifique. Ainsi le voleur peut voler, le mage blanc faire de la magie blanche, le guerrier guerroyer etc.

(6) Système qui sera d’ailleurs repris dans Final Fantasy Tactics.

(7) Vétéran du studio Madhouse, a officié sur des œuvres aussi variées que X TV, Gokusen, Wingman ou Gegege No Kitaro.

(8) Studio connu pour ses OAV à base de cadrage en contre-plongée, tels Aika, Najica et autres Labyrinth Of Flames.

Merci aux membres du forum de Planet Emulation pour leur aide.

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