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ELFEN LIED

Disponible en DVD zone 2 (import Japon) aux éditions VAP Video

Freud disait que l’être humain est tiraillé entre ses pulsions et sa conscience, justifiant par là le comportement humain souvent ambigu, face à la mort par exemple. Tantôt attiré par nos pulsions malsaines, tantôt révulsé par notre conscience rationnelle, il y a des choses sur lesquelles on tombe, qui nous répugnent et horrifient notre conscience mais qu’on ne peut quitter des yeux, comme fasciné, obsédé, comme un mélange de curiosité et de sadisme. Elfen Lied c’est tout ça en même temps...

Violent ? Si ce n’était que ça… Sanglant ? Oui et pas qu’un peu : la japanimation ces dernières années s'est caractérisée par la surenchère ; plus, toujours plus, et pour aller où ? A une époque où la violence et l'hémoglobine se font omniprésentes sur la toile comme dans la petite lucarne, se complaisant toutes deux à assouvir nos pulsions refoulées, tout repose sur le CHOC. Des combats de lycéens perdus sur une île ? Bien trop banal ! Ce que veut le peuple ce sont des viscères, étalées sur le sable chaud de l’arène ou empalées sur un échafaud inquisiteur, peu importe pourvu qu’il y en ait, la modernité voulant que de nos jours, celles-ci soient pixélisées. Elfen Lied répond à ces critères et c’est en ça que l’anime a su marquer l’année 2004 de son empreinte sanguinolente. Le bourreau s’impatiente... trêve de bavardages et entamons la vivisection.

Elfen…quoi ?

Lied, c’est le titre original. Ca sera probablement le titre européen et/ou américain aussi, pour peu qu’il y soit licencié. Pour cela, on risque d’attendre un peu puisque les 13 épisodes de l’anime sont sortis en 2004 de chez Genco, studios réputés pour des séries telles que Onegai Teacher, Azumanga Daioh ou plus récemment Onegai Twins. Elfen Lied ce n’est pas qu’un anime gore, c’est aussi un scénario dramatique très fouillé, avec beaucoup de rebondissements… Comment ça, pas crédible ? Ok, détournons-nous des communiqués officiels et voyons ce que le bébé a dans le ventre. Les diclonus sont des mutants aux pouvoirs surpuissants créés par les humains. Ils sont étudiés dans un laboratoire mieux gardé qu'Alcatraz, ce qui n’empêche pas un beau jour l’un d’entre eux de se faire la malle, tuant au passage tous les officiers lui résistant. Lucy était presque parvenue à s’échapper quand un garde réussit un headshot, faisant perdre connaissance au diclonus qui s’évanouit dans la mer entourant le laboratoire.

Le destin du diclonus croisera celui de Kôta, de retour dans sa ville natale pour y retrouver sa cousine Yuka. Alors qu’ils se remémoraient leur enfance au cours d’une balade matinale sur la plage bordant la ville, ils tombent sur le diclonus devenu amnésique que Kôta décide de soigner et héberger. Dans le même temps, le laboratoire dépêche la SAT (Unité d’Assaut Spéciale) afin d’éliminer la fuyarde… Pour ceux qui se poseraient la question, un diclonus amnésique, ça ressemble à un Chobits… aussi étrange que cela puisse paraître.

Nyuu et Chii, au service de l’ecchi

Pas si étrange que ça au regard du scénario : comme Hideki dans Chobits, Kôta décide de surnommer la jolie diclonus qu’il trouve en tenue légère sur cette page, selon la première et seule syllabe que Lucy prononce après son amnésie : [nyuu], en l’occurrence. Sur ce coup là, Okamoto Rin - l’auteur - ne s’est pas foulé, au contraire il s’est plutôt lâché : la débauche de violence plus ou moins gratuite, on reviendra dessus, se partage le premier plan avec les nombreuses scènes ecchi.

Là où Elfen Lied diverge de son analogue, c’est dans le comportement des personnages face à ces scènes : autant dans Chobits on virait dans le pseudo candide, niais et sans intérêt, autant avec Kôta on frôle parfois l’ironie et ça fonctionne, un vrai régal : "Elle a du se rappeler d’un truc pas net", dit-il, en voyant Nyuu se précipiter sur la poitrine de Yuka… Exceptées ces pointes d’humour trop rares pour rendre les dialogues de l’anime mordants, on sent bien que celui-ci veut s'attirer le regard du voyeur, du sadique, bref tout ce qui touche à nos bas instincts, comme en témoigne la profusion de poitrines saillantes, de nuisettes en satin, de positions suggestives ou de sous-vêtements blancs immaculés… certaines séquences ne sont que prétexte à ce genre de scènes, c’est visible, trop visible. Ca gâche la crédibilité de certains épisodes et masque difficilement les carences du scénario. Dans certains cas, le dérangeant est poussé jusqu’au bout, puisque même le thème de la pédophilie est repris, avec heureusement, plus de pudeur. On a échappé au pire. Un avantage de ces séquences, qui n’est toutefois pas négligeable, est qu’elles peuvent à tout moment basculer vers le gore le plus intense qui soit, surprenant quelque peu le spectateur qui se rinçait l’œil : ils ne sont guère équilibrés ces persos, et plutôt imprévisibles de surcroît.

Strangulation - Décapitation

Quand il ne s’agit pas d’exhibition, c’est ce qui compose les scènes de combats…et une grande partie du scénario accessoirement. Le ton est donné dès la première scène lorsque Lucy franchit les barrières de gardes, trucidant méthodiquement ceux qui ont le malheur de se trouver sur son passage. Bien que le gore d’Elfen Lied soit très prolixe en hémoglobine, il n’en reste pas moins ultra crédible et réaliste à la différence d’un anime du genre Hokuto No Ken. Et c’est en cela qu’il devient choquant. Les combats n’épargnent personne, ni même femmes, enfants et animaux aussi adorables soient-ils. Aucune morale ne parcourt l’anime, laissant place à toute cette violence sans concession. On avait rarement vu ça, l’anime atteint une dimension hors normes : les chairs se déchirent, les membres se sectionnent, les os éclatent littéralement… On ne peut pas en rire, c’est trop réaliste et écœurant. On ne peut non plus détourner le regard, après tout c’est pour voir ça qu’on regarde cet anime.

Certaines scènes d’Elfen Lied marquent l’esprit comme on marque la chair au fer rouge. C’est viscéral, glauque, morbide. La séquence de combat se calme et comme pour enfoncer le clou, elle se termine par une vision d’ensemble en s’élevant de la même façon qu'un esprit quitte le corps d’un défunt. On voit ce qui reste du combat, des corps mutilés, certains encore râlant, un vrai champ de bataille… les médecins en moins, ça serait trop moral. Un combat version Elfen Lied.

Elfen Lied dépourvu de sang, c’est quoi ?

Répondre "plus rien" serait exagéré. Evidemment qu’il y a un scénario, mais celui-ci est sans saveur, sans grand intérêt. Tout est convenu d’avance, le seul mystère se portant sur le pseudo rebondissement de dernier épisode, sensé donner l’impression d’un scénario génialissime. Manqué, comme souvent dans des scénarii comme ça. Un script plus que commun dont le niveau se voit quand même rehaussé par l’ambiance sombre et malsaine de l’anime. Néanmoins, les protagonistes n’en deviennent pas charismatiques pour autant mais un peu attachants quand même : l’effet Chii marche toujours. Il n’empêche qu’à la fin de la série, le souvenir des héros sera vite effacé, laissant place à ces personnages plus que secondaires qui ne sont autres que les innocentes victimes, mortes dans d’atroces souffrances.

Les fans de l'anime défendront sûrement ce retournement de scénario qui intervient dans les dernières minutes de l'anime, prétextant la transmission d'un message trés profond de l'auteur sur la manipulation scientifique où les relations déchirantes entre persos. L'ecchi quasi omniprésent ne contribue pas à rendre crédible tout ca, même si l'effet Chii permet à Nyuu de bénéficier d'un crédit sympathie lui permettant toutefois de s'en tirer un minimum. Au final le scénario est bien représentatif de l'anime : on adore ou on déteste... Les graphismes quant à eux sont de qualité inégale : certaines séquences témoignent d’un véritable travail d’orfèvre lors des combats notamment, dans lesquels on atteint des pics de réalisme effarants. Les autres passent inaperçus car sans grand style : on retombe dans le domaine du correct, sans plus. Le fait est que la majorité des séquences de l’anime tend plus vers la seconde description que la première. Par ailleurs, on pourrait en dire de même pour la bande-son qui joue à peine son rôle d’accompagnement, sans briller par sa qualité : exception faite du prodigieux opening.

Divin Lilium

S’il n’y avait qu’une seule chose à sauver, ça serait cet opening nommé Lilium. Enfin de l’innovation et encore un clin d’œil à notre vieille Europe. Inédit puisque l’opening se veut être une revisite animée des plans d’une fresque de peintre. L’allusion à notre Occident se situe dans le fait que le peintre en question se nomme Gustav Klimt, un Autrichien du XIXème siècle, natif de Vienne. Gustav Klimt était le principal instigateur du courant artistique "Sécession" qui traversait l'Est et qui, en France, a pris le nom d'Art Nouveau avec entre autres Toulouse-Lautrec à sa tête. Cette forme d'art est apparue à la suite de la seconde révolution industrielle qui été perçue comme une perte de certaines libertés, une impression de perte de l'originalité inhérente à cette période de production de masse. Il s'agissait donc de créer des oeuvre avec tous types de matériaux dans le but de stimuler la créativité du public. Ce courant sera remplacé dès 1918 par un autre courant : celui de l'Art Déco. L’opening présente donc des plans détournés de l’œuvre intitulée La frise Beethoven sur fond de voix latine qui est non sans faire penser aux chants grégoriens. Pour voir les comparatifs entre la série et l'oeuvre du peintre, cliquez sur image 1, image 2, image 3 et image 4.

Tout comme les combats qui rythment la série, l’opening provoque des émotions viscérales, et touche directement le cœur, cloue sur place sans autre forme de procès. C’en est presque une œuvre à part entière. Il ne nous reste alors que les yeux pour pleurer, et déplorer la qualité de cet anime précédant chaque opening, la chute est dure. La seule relation qui unit l’opening avec l’anime est la recherche du bonheur du diclonus, thème très peu abordé et ne réussissant pas à soulever le dilemme homme/machine qu’avait réussi à établir Chobits. Ca n’enlève rien à la force de l’opening, en revanche ça donne le coup de grâce au scénario. Tout ça pour ça… A la question philosophique "L’art peut-il sortir des critères du beau ou du laid ?", l’anime Elfen Lied illustre parfaitement la réponse affirmative : c’est ni beau, ni laid, c’est choquant et malsain. Le succès qu’a rencontré la série est dû à cette façade saignante auréolée de l’opening magistral qui suffira amplement aux amateurs de violence gratuite ou de curiosité dans la japanime : Elfen Lied y fait, en effet, figure d’extra-terrestre. Derrière tout ça se cache un scénario bien rythmé mais qui sonne creux, ainsi qu'une OST banale, rendant l’anime décidément hétéroclite.

Du gâchis ? Ca y ressemble, mais Elfen Lied, mérite au moins une médaille en tant que chef d'oeuvre dans sa catégorie grâce au gore extrême qui règne sur chacun de ces épisodes somptueusement précédés de Lilium. Le revers quant à lui, mieux vaut ne pas s’attarder dessus.

Thomas Chibrac

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