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SORCERER HUNTERS

Série en cours d’édition chez Taïfu Comics

La magie est une pratique occulte plus ou moins onirique qui existe depuis bien longtemps et se décline en art, en science et/ou en foi selon le crédit qu’on lui accorde. Parmi toutes les oeuvres portant sur celle-ci, Sorcerer Hunters concentre ses thèmes sur l’aspect endémique de l’usage de la magie dans une société intemporelle. Pour cela, les chasseurs de sorciers constituent, outre l’équipe de héros d’astreinte pour cette série, une police chargée de prévenir mais surtout punir les abus de pouvoirs. Qui aurait songé à une société où le surnaturel est implanté et régulé par une brigade spéciale ? Beaucoup de gens et partout dans le monde, malheureusement pour l’intérêt de ce shônen. De Ghostbuster à Cardcaptor Sakura, l’éventail des possibilités est certes large mais largement éculé. Reste-t-il un petit credo d’innovation, ou à défaut, d’intérêt, pour Sorcerer Hunters ?


Sous-traitance entre Nippons

Akahori Satoru, c’est un peu le Jean-Jacques Goldman du shônen : auteur (Saber Marionnette J, Sakura Wars, Maze), "compositeur" (scénariste de Abenobashi, Sakura Taisen et scripteur de Samuraï Pizza Cats ou des OAV de Video Girl Ai entre autres), "interprète" (framer des OAV de Final Fantasy : Legend of the crystals), le mangaka comme le chanteur a tout fait. Et parce que l’homme en or du shônen est dorénavant fort occupé, il confie la mise en image de ses scénarii à des petits nouveaux comme Omishi Rei mieux méconnu sous le pseudonyme Omishi Ray…

Le relevé des atomes crochus entre les deux artistes ne s’arrête pas là : à défaut de faire preuve d’une originalité extraordinaire, la qualité de l’œuvre produite s’avère toujours (ou presque) satisfaisante mais rarement transcendante. Suivant le schéma d’un démagogique mais néanmoins entêtant "Je te donne" de notre chanteur national qui s’enferme dans les poncifs de la variété, Sorcerer Hunters est doté d’une trame pas totalement inintéressante, grâce à des dialogues parfois remarquables, mais portée par une interprétation trop enfermée dans les carcans du shônen pour pouvoir affirmer son univers. Et ça… l’on n’y peut rien !

Ici s’arrête l’analogie. Car Sorcerer Hunters est avant tout un manga, un vrai, venu tout droit de l’archipel, l’un de ceux qui se consomment machinalement et que l’on oublie passée la dernière page. Une impression renforcée par le packaging (la série vendue en France sous le label Convini est vendue par mini-box de 4 tomes arborant tous une jolie étiquette "manga à moins de 3 euros !") et par la qualité des planches au style très inégal qui fait d’ailleurs l’objet d’excuses du mangaka à la dernière page du tome 1. Frise-t-on l’arnaque ?

De la sauvegarde des oldies

De la remasterisation d’un Evangelion daté de presque dix ans à la réédition d’un shônen de série B âgé d’une quinzaine d’années, il y a plus d’un pas que Taïfu franchit allègrement. Et l’on y rencontre de fait les mêmes problèmes d’arthrite que ceux détaillés à l’occasion de la sortie cinéma de Nausicaä ou DVD de Master Keaton, à savoir : des graphismes mal vieillis et une édition pas forcément opportune dans un paysage manganime saturé de titres et de thèmes similaires plus approfondis. Si pour la patte graphique le support papier se montre nettement plus tolérant (seul le chara-design accuse réellement le coup avec des héros à la chevelure longue et fine comme la lame de leur épée répondant à l’archétype du chevalier servant ou aux boucles et aux yeux de Candy de son accolyte), le problème de l’opportunité d’une telle édition que l’on rencontrait moins avec un Nausicaä (Miyazaki étant Miyazaki) s’avère prégnant. On en revient à ce fameux carcan shônen.

Cependant, ce que l’âge n’a pu enlever est dorénavant ce qui fait la valeur actuelle de l’œuvre, soit juste assez pour rendre le titre viable : lors des missions chapitrées dans chaque tome à la manière d’un Black Jack et de tant d’autres, nos héros se trouvent confrontés à divers vilains comme à autant de cas de conscience qui prêtent à une réflexion sur les relations entre la nature humaine et le pouvoir à l’état pur : science (occulte) sans conscience… Les considérations sur ce qui fait réellement la force d’un Homme n’aboutissant pas toujours - voire jamais - à un consensus entre malfrats et justiciers (ce n’est pas le but), les scènes de combats prennent le relais et l’on assiste alors à une débauche d’incantations puis de coups sanglants échangés entre des personnages aux postures parfois suggestives ou au cadrage indécent qui nous rappelle combien le fan-service a bercé des générations de mangaka. L’effet n’en reste pas moins toujours aussi efficace.

Des magical girls, des combats entre paladins androgynes, Sorcerer Hunters est un titre qui tient pourtant plus du shônen que de l’heroic-fantasy. Et pour cause, il n’y a pas d’univers propre à ce titre, à l’image de l’absence de cette âme artistique qu’insufflent habituellement les artistes à leurs œuvres. Les torts (et causes) sont partagés : celui du créateur, Akahori Satoru, sous-traitant ses productions ; celui moins évident d’un petit nouveau en la personne d’Omishi Ray que l’on aurait sûrement encouragé, peut-être même encensé s’il ne s’était pas contenté d’adapter le scénario du mentor susnommé (un exercice toujours très difficile) ; enfin, la responsabilité de l’éditeur français qui tente d’exploiter une licence plus proche de la prescription que de l’âge d’or. Il en découle un titre banal mais qui devrait ravir les fans hardcore du genre ainsi que les collectionneurs pathologiques qui s’empiffreront d’un titre à la valeur ajoutée d’un kebab, une dose d’Orient en plus.

Thomas Chibrac
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