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TALES OF PHANTASIA THE ANIMATION

Anime édité en France par Anima

Tales of Phantasia constitue un peu une légende pour les gamers old-school qui se shootent aux RPG (1) depuis leur plus tendre enfance. Jeu de rôle développé sur Super Famicom (Super Nintendo en France) et sorti en décembre 1995 au Japon, c'est le premier de la saga des "Tales of" qui aura d'ailleurs connu un fabuleux destin outre-manche. L'univers a ainsi été décliné par
la maison Namco dans les nombreux opus qu'on connaît : Tales of Destiny, Tales of Eternia, Tales of Symphonia, pour ne citer qu'eux, ainsi que sur diverses consoles de jeu. Le succès aidant, Namco décide dix ans plus tard d'en produire l'animation. C'est ainsi que naissent les quatre OAVs (2) de Tales of Phantasia The Animation, distribués en France par Anima.

Mode d'emploi d'une adaptation fidèle

La tâche était pourtant ardue. L'adaptation de ce RPG légendaire avait un double enjeu : combler les attentes des fans de la première heure en restant fidèle à l'univers originel de Tales of Phantasia, tout en exploitant le nouveau support de manière à ravir en les initiant au phénomène les spectateurs curieux grâce aux innovations et nouveaux approfondissements permis.

Et en effet, la fidélisation des fans de la première heure est de mise. Dès le premier coup d'œil, le spectateur est transporté dans un univers d'heroic fantasy : un village décimé, une intrigue qui prend place en 4304 du calendrier d'Aselia, des personnages hors du temps qui s'affrontent à coups d'épées et d'invocations magiques… La première minute comprend déjà l'apparition du méchant et des personnages principaux : d’un côté, un chevalier noir, prêt à tout pour libérer de sa tombe scellée l'infâme Dhaos, le grand sorcier maléfique qui avait voulu éradiquer la race humaine ; de l’autre, deux adolescents gardiens du sceau, Cless Alvein le brave paladin et Mint Adnad la gentille guérisseuse, assistant à la renaissance de l'être malveillant. Parce que leurs pouvoirs sont alors bien trop faibles pour pouvoir l'arrêter, ils sont envoyés dans le passé, cent ans en arrière, afin de retrouver les puissants sorciers qui avaient réussi à le sceller une première fois : Klarth Flester et Arche Klaine. But de l'opération : sauver le monde, tout simplement.

Suite à cette sombre introduction, le générique d'ouverture retentit : une musique classique envoûtante, qui privilégie les instruments à vent et les violons, et traduit à merveille l'atemporalité de l'anime, ou plutôt parvient à l'ancrer dans une temporalité différente, et donner corps à cet univers d'heroic fantasy. Ainsi les thèmes de l'anime, interprétés par Suzuki Masaki, reflètent parfaitement le monde original et décalé du RPG et rythment avec brio les différents épisodes de l'œuvre : épiques et retentissants pour les scènes de combat, légers et enjoués lors des tribulations des personnages dans diverses contrées.



De plus, les paysages superbement travaillés et colorés permettent également de poser le décor. La succession des nombreuses scènes de combat et des plans appuyés sur les paysages sont autant de caractéristiques du RPG. Si parfois les personnages sont bâclés du point de vue de l'animation simple, les séquences de bataille sont souvent saisissantes avec des prises de vue singulières qui soulignent brillamment la vélocité des combats. Mais l'accumulation de ces magnifiques scènes d'action ne parvient pas à combler la légèreté de l'intrigue qui pèche par une analyse trop rapide des relations humaines.

"Si le mal existe en ce monde, il se cache dans le cœur des hommes" : manichéisme, nouvelle génération?

Parler de manichéisme pour un RPG est un pléonasme. Le squelette de l'intrigue est souvent le même : la communauté des gentils se bat contre une organisation malveillante menée d'une main de fer par un Big Boss machiavélique et cruel, qui menace de conquérir le monde (ou de tuer la mignonne blondinette de princesse, au choix). Le manichéisme est inhérent au genre et en tant que tel attendu par tous les joueurs. Mais quand il s’agit d'une adaptation animée, le public visé dispose d’un nouvel horizon d'attente. De jolis paysages, des scènes d'action travaillées ne suffisent plus à le combler, l'intrigue et les personnages doivent avoir assez de profondeur pour éveiller la curiosité de spectateurs tout prêts à s'identifier aux personnages.

Trop de manichéisme nuit ainsi au réalisme de l'intrigue. Les RPG next gen l'ont bien compris avec Kingdom Hearts, par exemple, qui base sa trame sur la dualité lumière/ténèbres qui habite chaque être humain. Tales of Phantasia The Animation tente également d'instaurer ce genre de dualité avec un embryon de débat sur la nature de l'homme, qui abriterait le mal en son sein. Non pas le Mal métaphysique à consonance divine, mais une inhumanité paradoxale, une perversité intrinsèque à l'homme telle qu'elle est abordée dans l'une des citations-phare de l'anime : "Si le mal existe en ce monde, il se cache dans le cœur des hommes"

D'ailleurs le peuple elfique permet de vérifier cette théorie en étalant avec ostentation son ethnocentrisme, voire son "racisme" envers la jeune Arche, qui s'avère être issue d'une union entre un elfe et une humaine. Elle se voit ainsi interdire obstinément l'entrée à la terre elfique, le métissage étant considéré comme encore plus dégradant que l'appartenance au genre humain, genre pourtant déjà considéré comme inférieur.

Ces doctrines sont rejetées par Cless, en bon petit soldat luttant contre le côté obscur. Elles sont d'autant plus combattues par la communauté lumineuse que c'est Dhaos lui même qui dépeint avec force la dualité de l'homme, et n'en finit plus de le rappeler tout au long de l'anime dans des maximes bien senties. "La véritable nature des hommes est maléfique", dit-il ; et lorsque Cless s'enflamme et lui lance : "Nous protégeons le monde de monstres tels que vous", le sorcier de répondre gravement : "Les seuls monstres qui existent sont ceux tapis aux fond de vous". Or ces phrases qui sonnent comme autant de proverbes, sont placées dans la bouche de Dhaos, l'être à abattre. Dès lors, Cless et ses acolytes n'auront de cesse de prouver que l'homme est foncièrement bon et que le mal provient nécessairement de l'extérieur. Le séduisant débat sur la nature inhumaine de l'homme est ainsi passé sous silence et remplacé par un duel manichéen des plus communs.

Cette avalanche de bons sentiments nuit à la profondeur de l'intrigue, d’autant plus qu’il y avait des filons à creuser. Ainsi Dhaos se révèle rapidement être un personnage trouble, destructeur mais soucieux de préserver la magie sur Terre. L'être qui symbolise le mal tente à plusieurs reprises de mettre en garde les personnages, tout en gardant comme objectif premier de détruire toute la race humaine.

Profondeur de surface

A l'instar de Dhaos, les relations entre les personnages auraient gagné à être travaillées ; notamment les couples Arche/Chester Barklight (ami d'enfance de Cless) et Cless/Mint, qui sont laissés de côté au profit de multiples scènes d'actions. Et pourtant les innovations scénaristiques auraient été les bienvenues en permettant de dépasser les carcans des personnages du jeu. Ainsi les héros n'œuvrent finalement que pour l'évolution de l'intrigue principale, la défaite de Dhaos.


Au final, l’intrigue semble de toute façon privilégier les initiés, sans tenir compte des lacunes des spectateurs qui n'ont pas eu au préalable l'occasion de manipuler le jeu. C'est pourquoi certaines séquences perdent de leur intérêt, comme la soudaine apparition de la jeune ninja Fujibayashi Suzu, qui vient aider les personnages principaux lors de leur croisade. A aucun moment les causes de ce ralliement ne sont expliquées.

Autre exemple : les scénaristes ont travaillé sur un traitement de l'histoire assez original, grâce à l'intervention de quelques flash-backs qui permettent au spectateur d'élaborer des hypothèses quant au développement de l’intrigue ; la trame se construit ainsi par à-coups apportant un intérêt croissant à l'intrigue. Mais ces indices restent exceptionnels et flous ; du coup, le spectateur étranger à l'univers des Tales Of ne saura hélas jamais qui est le chevalier noir du début de l'anime, ni pourquoi Cless est rongé par
la culpabilité.

Le réalisteur de Tales of Phantasia The Animation, Tominaga Takuo (qui avait travaillé sur le film Akira ou encore Patlabor WXIII en tant que directeur d'animation) nous offre des OAVs finement ciselés, réussissant le tour de force de ne pas dénaturer les croquis originaux de Fujishima Kôsuke (créateur de Ah! My Goddess ainsi que You're under arrest !, ou Equipières de choc en français) en restant fidèle au jeu vidéo originel. Cependant, si les bévues demeurent rares d'un point de vue technique, l'intrigue s’avère être le point faible de ces OAVs qui n'ont pas su suffisamment s'affranchir du modèle-source pour créer un univers autosuffisant et devenir ainsi des œuvres à part entière.

Sara Lawi

Accéder à l'interview d'une responsable des éditions Anima.

Notes :

(1) Role Playing Game, en français "jeu de rôle" : le joueur incarne un personnage créé de toute pièce qui évoluera avec l'intrigue selon un système de points d'expérience (grâce à des combats, des quêtes...)

(2) Original Animation Video : vidéos qui sortent directement à la vente sans passer par la diffusion télévisée.

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