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ESCAFLOWNE

Disponible en DVD zone 2 aux éditions Dybex

Un extra-terrestre passe rarement inaperçu lorsqu'il se balade en ville.
Escaflowne provoque le même effet lorsque l'anime déambule majestueusement dans le monde de l'animation... c'était en 1996, depuis la Escaflowne-mania s'est estompée dans l'archipel comme dans nos vertes contrées. Mais à l'occasion de la sortie en DVD du film cet automne, Orient-Extrême ne peut s'empêcher de rappeler l'existence de ce bijou adolescent à ceux qui auraient réussi à passer à côté (il y en a)...

Hitomi est une mignonne et dynamique lycéenne qui a dans la vie deux passions : l’athlétisme et la cartomancie. Le premier lui permet de se surpasser toujours un peu plus au sprint, la seconde de... percevoir l’avenir. Alors que celle-ci s’entraîne sur les pistes comme tous les soirs après les cours, une lueur fait apparaître sous ses yeux stupéfaits un guerrier visiblement en plein duel avec un dragon. Aidé par les pouvoirs extralucides d’Hitomi, le guerrier terrasse le dragon et en extirpe le cœur juste avant que la lueur ne réapparaisse, emportant non seulement le guerrier mais aussi Hitomi... qui se réveille quelques instants plus tard au cœur d’un monde totalement inconnu portant le nom de Gaia.

Visite guidée

Bienvenue à Gaia, un monde féerique empreint d’heroic-fantasy : dragon, mechas et royaumes s’affrontent joyeusement dans cet univers qui ressemble sous quelques aspects à notre Moyen-âge, celui de la Terre, la Lune des Illusions comme ils l’appellent là-bas, à Gaia. Quant au guerrier qu’a aidé Hitomi, il se nomme Van, prince du royaume de Fanelia. Mais tout n’est pas rose dans ce monde décidément pas comme les autres : dès le début de la série, Fanélia se voit détruite par les soldats de Zaibacher aux ordres du sombre Dornkirk. Les guymélefs (mechas) de Fanélia n’ont rien pu faire pour empêcher le désastre, et dieu sait pourtant qu’un mécha type Evangelion ça n’est pas facile à battre, encore moins le légendaire Escaflowne que pilote Van (dans l’analogie avec Evangelion, on l’assimilerait à l’EVA-01). Bref, Hitomi n’est pas arrivée au meilleur moment pour visiter Gaia, à moins qu’il ne s’agisse pas d’une visite… En effet, force est de constater que ses capacités de voyance servent moins une improbable visite de tourisme ésotérique qu'à combattre les desseins d'un Dornkirk qui tente de contrôler le destin.



Puzzle

Hitomi voit donc le futur au travers de son jeu de tarot et du pendule hérité de sa grand-mère, Dornkirk tente de contrôler le destin, Gaia : les deux destins se croisent tels deux fers d’épée. Escaflowne ne laisse pas de place au hasard ni aux coïncidences comme en témoigne la séquence récurrente de la chute inéluctable de la goutte d’eau reprenant la symbolique du destin, une symbolique datant de l'antiquité et historisée de manière plus ou moins latente par le célèbre "Alea jacta est" de Jules César. On vient de mettre le doigt sur l’une des forces de l’anime : un scénario qui se met en place durant une dizaine d’épisodes, et s’assemblant pièce par pièce/épisode par épisode jusqu'au dénouement certes sans surprise mais admirablement construit. Aucune des questions posées par l'intrigue ne reste sans réponse, et c’est en ça que l’analogie avec Evangelion (NDLR. contemporain d’Escaflowne de quelques mois) n’a plus lieu d’être : ici, le destin se révèle implacable, dévoilant la vérité au fil des minutes, des épisodes. C’est une véritable démonstration quasi mathématique formant le firmament de l’anime et que l’on doit à l’auteur réalisateur Kawamori Shôji (Macross plus). CQFD.

A côté de ça, le scénario a tôt fait de révéler les quelques triangles amoureux certes convenus mais qui rythment la charmante lecture sentimentale de la série. Escaflowne ce n’est pas (que) des mechas, c’est aussi et surtout des sentiments. A défaut d’être vraiment originale, la trame sentimentale de l’anime a le mérite de montrer que le destin peut être aussi cruel qu’impitoyable en engendrant de tragiques déchirures chez nos héros... Escaflowne est donc un vrai shôjo, n’en déplaisent aux amateurs de shônen et/ou de mechas qui iront voir chez Ikari Shinji si l’herbe y est plus verte.



OST : héroic / Design : fantasy

Escaflowne ce n’est pas qu’un shôjo avec des mechas, ne vous méprenez pas. La série a un univers à part entière, un design typé dont les nez (les péninsules) ont alimenté de nombreux débats en leur temps, et surtout une bande originale grandiose. Si pour les uns on ne peut rester ni indifférent ni unanime (bien que réfuter la qualité d'un tel chef d'oeuvre relève du délit de bon goût), en revanche la voix de Kanno Yôko sur une composition exotique met tout le monde d’accord : en un mot, c’est sublime. Tel de véritables baroudeurs, l'on se voit transporté dans un véritable voyage auditif lors de l’écoute des OST : de balade celtique et énigmatique marquant la découverte de Gaia par Hitomi, on passe à une adaptation de chant grégorien porté par le rythme survitaminé et strident d’un violon, aiguisant les sens comme pour mieux vibrer au cours des combats ; de berceuses aux paroles déchirantes sur fond de piano, on passe aux effets synthétiques et rythmés donnant un petit air de j-pop à certaines pistes. Une variété de style étendue mais formant un ensemble incroyablement homogène car exploité au mieux par le scénario. On ressent toute l’identité d’Escaflowne dans cette BO qui ne conviendrait mieux à aucun autre anime que celui-ci, c’est du sur-mesure, ça ce ressent.

La même impression se dégage des graphismes. Traits anguleux et affirmés, yeux surdimensionnés, nez longs… Tous les archétypes du shôjo des années 80, étonnant pour un anime qui utilise habilement des images de synthèse lors de certaines scènes. Trop exagéré pour être involontaire, direz vous ? Dans le mille. Yûki Nobuteru a lui aussi taillé ses graphismes sur mesure pour Escaflowne sans craindre d’affirmer un nouveau style et de trancher les opinions en deux parties distinctes : on y adhère, on y adhère pas, à vous de trancher. En revanche, le temps ne joue pas en faveur de l’anime puisqu’à coté des bombes visuelles d’aujourd’hui, le graphisme peut paraître désuet... sans pour autant perdre son charme, ni la force de sa réalisation virtuose.



Ne vous fiez pas aux mechas d’Escaflowne, ou vous risqueriez d’être surpris. Shôjo, mystique, romantique, convaincant mais aussi convenu ou vieillot, Escaflowne est tout sauf un shônen… un scénario efficace en dépit des apparences, une BO culte, un mise en scène (spectacle) mémorable ; que demander de plus ? Si vous pensez à des graphismes remis au goût du jour, dans ce cas là votre vœu est exaucé grâce au film Escaflowne, tout de même bien en-deçà du niveau de la série originale. Pour le reste, l’anime est une belle réussite et fait désormais parti des classiques de l’animation.

Thomas Chibrac

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