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GET BACKERS

Désormais, plus besoin de passer trois heures à errer sans but dans le labyrinthe des objets trouvés en ayant aucune certitude de recouvrer ce qui a été perdu. Depuis la création du groupe "Get Backers", les tokyoïtes ont un dernier espoir puisque les deux compagnons se targuent de connaître par cœur la cité et de retrouver au plus vite les affaires disparues. Le petit chaton kawaii accroché sur votre cartable, l'amour de votre fille, le violon que vous a légué un grand maître, le dentier de votre grand-mère, les Get Backers retrouvent tout.

Les petits rapporteurs

Mido Ban et Amano Ginji constituent le duo de choc des Get Backers. Avec des pouvoirs spéciaux, ils parviennent à récupérer ce que leurs clients ont perdu sans jamais avoir failli à la tâche. Au cours de leurs missions atypiques, ils vivent de nombreuses aventures, côtoyant dangereusement triades et redoutables adversaires aux talents extraordinaires.

La première péripétie paraît bien gentillette avec une petite lycéenne aux yeux de biche, qui perd le petit chaton en peluche accroché sur son cartable, cousu par sa mère sur son lit de mort. Les larmes aux yeux, elle demande aux Récupérateurs, dont le quartier général se situe au Honkey Tonk, petit café de Tokyo, de le retrouver. Bien sûr, les deux héros subjugués promettent de retrouver le petit souvenir de Natsumi Mizuki. L'affaire se corse lorsqu'ils se retrouvent nez à nez avec des ripoux de la police nippone.

Cependant, pour retrouver les trésors perdus et convaincre les méchants voleurs, les Récupérateurs ont des arguments de choc : une décharge électrique atteignant les 20 000 volts pour Ginji Amano et une poigne de plus de 200 kilos sont autant de moyens pour amadouer les plus teigneux. Et pour les plus récalcitrants, Mido Ban possède une botte secrète: le Jagan qui lui permet de plonger, d'un seul coup d'oeil, ses victimes dans une illusion hypnotique d'une minute. Cette accumulation de pouvoirs intervient dans un univers mi-réaliste mi-burlesque qui a pour objet de plaire à un grand nombre de spectateurs.

Baston, bôgosses, bouffonneries et bévues : le quadruple combo

Il est difficile de contenter les fans de tout bord… D’un côté, des demoiselles en mal d'histoires d'amour, accros aux shôjo (1) et lisant en cachette des yaoi (2) pour regarder de beaux dessins de garçons au torse imberbe. De l’autre, de jeunes hommes gavés aux combats de tous poils, de Bruce Li en passant par Rambo, adeptes de shônen (3), l'oeil traquant le fan-service (4) et appréciant parfois les petits épisodes ecchi (5)...

Et pourtant ! Get Backers tente le pari osé de réunir ces deux mondes que tout oppose. L'anime met ainsi en scène deux personnages principaux doués et charismatiques : Mido, brun ténébreux poseur et intelligent, et Ginji, le fougueux jeune homme dont le passé révéle un roi des bas-fonds. Un brun et un blond complémentaires, tels les Starsky et Hutch des temps modernes, pour le plaisir de ces dames. Et il y en a pour tous les goûts, puisque les anciens lieutenants de Ginji Amano participent aussi de cette volonté de représenter de jeunes hommes séduisants : Shido Fuyuki matérialise le mâle silencieux mais sensible, la force tranquille mais animale, et Kazuki Fuchoin permet aux plus yaoi d'entre nous de trouver leur compte : frêle jeune homme androgyne aux cheveux longs, il manie avec grâce une identité sexuelle floue.

En tant que shônen, les scènes d'actions sont bien sur légion et extrêmement bien rendues. Les différents pouvoirs des adversaires s'accordent avec la gradation des niveaux des matchs pour parvenir au grand méchant qui contrôle le milieu de la haute tour (une tour encore pour symboliser la montée en puissance des personnages comme dans Dragon Ball ou encore Hunter x Hunter). Tous s'affrontent avec pour chacun la mise en place d'une atmosphère qui leur est propre, le docteur Jackal par exemple ponctue ses entrées par des "J" vermillons sur fond noir prouvant sa soif de violence et de sang.

Tout cela pourrait ressembler à un anime des plus intéressants avec la réflexion sur les risques de débordement de l'univers virtuel sur la réalité si le burlesque n'envahissait pas avec autant d'envergure les péripéties des deux acolytes.

Clins d’œil et chara-design accrocheur

Les héros investissent un Japon actuel mais quelque peu différent, mêlant avec plus ou moins de réussite la réalité virtuelle au quartier tokyoïte de Shinjuku. Un célèbre personnage a également pu oeuvrer dans un Tokyo moderne, dans sa célèbre mini Cooper, alliant avec autant de talent grimaces en tous genres et impitoyable succès. Ryo Saeba, puisque c'est de lui dont on parle, semble avoir des disciples et Mido comme Ginji passent à la SD (6) avec une facilité plaisante.

Collectionnant procès verbaux sur procès verbaux, les Get Backers parcourent les rues de Tokyo dans leur minuscule voiture à la recherche de leur cible. Les points communs avec City Hunter (7) ne manquent pas alors et Get Backers réutilise le principe du trio de base avec la sœur et le frère tué (rétrospective du passé de Mido Ban), la petite voiture ridicule qui jure avec le charisme viril du héros, et notamment le même quartier de Shinjuku que les Get Backers, par l'intermédiaire de différentes missions, parviennent à laver de plusieurs mafieux et autres trafiquants à la petite semaine.

La bande musicale de Get Backers permet de passer de scènes d'action rythmées à des moments plus calmes avec des morceaux de piano, et des instants beaucoup plus calmes encore pour marquer les pauses humoristiques : le spectateur passe ainsi de l'humour kawaii (8) très visuel avec les multiples transformations de Ginji en SD, à la répartie pipi-caca des personnages.

Cependant, les points communs s'arrêtent là. Le chara-design et le soin apporté aux personnages restent très agréables, les dessins très travaillés de Rando Ayamine (sur un scénario original de Yuya Aoki) sont bien rendus. Les personnages gagnent en profondeur et si quelques plans sont parfois officiellement ratés, le rendu graphique reste quand même plaisant et plus élevé que la normale. En outre, il faut avouer que la plastique extraordinaire des personnages parvient également à apporter une touche de fan-service non négligeable au chara-design.

Fan service quand tu nous tiens

Avec Get Backers, il y en a effectivement pour tous les goûts : le public visé se fait généraliste. Bishônen (9), torse imberbe et en pleine action, comme petites culottes d'écolières encore kawaii et pures, sans oublier Heaven, la bimbo blonde et poussive aux formes fantasmagoriques. Il n'y a plus qu'à choisir son camp, et pour ceux qui se tâtent, il y a le petit bonus yaoi : les hommes androgynes comme Kazuki Fuchoin qui font tourner la tête des hommes ET des femmes.

Toute cette attention portée aux détails humoristiques et au fan-service voudrait faire oublier le manque flagrant d'originalité du scénario. Certes, les fans auront reconnu sans trop de mal les allusions à Nicky Larson et le spectateur suit sans mal les évolutions des personnages, la découverte du passé houleux du Dieu de la foudre (le passé de Ginji Amano) et les liaisons entre les différents personnages… Mais très vite l'intrigue se fait répétitive et les personnages perdent rapidement de leur attrait premier. De plus, il est vrai que l'idée de base n'avait déjà rien de très original, et l'anime ne s'en sort à bon compte que grâce à un chara-design décidément très accrocheur et une ambiance musicale très bien choisie.

Publié pour la première fois dans le Shônen Magazine en 1999 au Japon, Get Backers a rapidement attiré l'attention et est d'abord édité en France dans la revue de courte durée Shônen Collection pour terminer en volumes reliés chez Pika. Kaze, qui s'occupe de la diffusion des 49 épisodes en France, permet aux spectateurs français de se divertir devant un shônen sans prétention. Des combats brossés, de la psychologie en puzzle et à rebours, des formes plantureuses et de beaux bishônen imberbes, ainsi que de l'humour potache, rien de tel pour habiller un dimanche après-midi morne et pluvieux...

Sara Lawi

Notes :

(1) shôjo : manga destiné aux jeunes filles abordant souvent des thèmes romantiques.
(2) yaoi : désigne les mangas basés sur une relation homosexuelle entre deux personnages masculins.
(3) shônen : manga destiné aux jeunes garçons comme les mangas sportifs
(4) fan-service : terme péjoratif désignant le côté commercial de certaines oeuvres qui privilégient le côté voyeur des spectateurs (grosses poitrines et petites culottes notamment).
(5) ecchi : terme utilisé pour désigner des scènes suggestives sans tomber dans la pornographie.
(6) SD ("Super Deformed") : version caricaturale des personnages animés miniaturisés avec des têtes beaucoup plus grosses que le corps.
(7) City Hunter ou Nicky Larson en France.
(8) kawaii : désigne tout ce qui a attrait à un univers mignon et ludique.
(9) bishônen : beaux garçons en japonais.

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