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KARE KANO

Absolute beginners

Anime disponible en France aux éditions Dybex

Avertissement à l'amateur de japanimation curieux
: quoiqu'il puisse être dit sur cet anime dans les lignes qui suivent, une seule chose doit être retenue: "KareKano" est à mon sens une des plus belles choses cinématographiques du monde entier sur la terre comme au ciel, etc.


Life

ELLE est Miyazawa Yukino. Du haut de son mètre qui ne doit pas dépasser le 52, elle émeut ses professeurs qui aimeraient être ses parents, elle échappe de peu à une jalousie ravageuse tant ses camarades aimeraient être sa meilleure copine, elle damne les garçons qui l'estiment inatteignable; elle est la tête de classe.
IL est Arima Souichiro. Du haut de son regard doux et quasi-affable, il pousse chacune des classes dans lesquels il officie à l'excellence qui semble être son modo. Président de tout ce qui a besoin d'un président dans l'enceinte du lycée, plutôt beau gosse, il séduit son monde par son charme naturel hors des canons du matheux boutonneux; il est la tête de classe.

Elle est elle et il est lui ; d'ailleurs on pourrait clamer sans hésitation que dans le futur, il ne peut en rester qu'un; mais des aphorismes scolaires de ce genre, en plus d'être monnaie courante chez ces deux jeunes têtes pleines de questions sans réponses, se révèlent rapidement sans fondement. Car elle n'est pas le miroir vide de la scolarité fantasmée par toutes les mères du monde, et lui n'a jamais caché sous son regard posé que la plus grande détresse héritée d'une enfance défigurée.
Et puis parce qu'eux deux, elle et lui, au détour d'un âge charnière où rien ne semble acquis et tout se joue, découvriront l'amour.

26 épisodes. Ca fait beaucoup. C'est long. C'est pas n'importe quoi : c'est de l'art. C'est pas de la télé: c'est mieux. C'est autre chose: c'est de l'animation. Et c'est pas du cinéma. Enfin je me comprends.

De l'animation... j'en entends encore, qui sans s'en rendre compte écrasés sous le poids de leur propre ignorance échangent un rire moqueur à la mention du Dessin Animé, comme on l'appelle communément chez nous. Certains disent que l'ignorance est une chance. C'est vrai dans certains cas. Ca ne l'est pas lorsqu'il est question d'art.

Car "Kareshi to Kanojou No Jijou", ses pensées à lui, et à elle, est une pure forme d'art en ce qu'il transcende d'Amour, transcende de Jeunesse, transcende tout ce qui passe sous la main de l'innocence, avec humour et grandeur. Les 13 premiers épisodes, la première moitié de la série, laissent KO.

J'en ai vu, des séries. Bien réalisées... par des grands noms comme Watanabe, comme Kawamori, comme Takahata, comme Otomo, Kon, Oshii ou last but not least Miyazaki . J'ai réalisé il y a maintenant près de six ans combien la japanimation recelle de performances parbaboliques en tout genre, de joyaux esthétiques, de chefs d'oeuvre fébriles, à ranger à côté des plus terminaux classiques du cinéma... classique. Mais "KareKano" bouleverse tout. "KareKano", en plus de transcender tout ce que j'ai cité, transcende le spectateur même, avide d'émotions pures, en quête de summums visuels sensés et simples, en quête d'harmonie, en quête de plaisir, pur. Non pas un plaisir de cinéma proche de celui que l'on prend à voir de belles images bien agencées; mais un plaisir quasi-humaniste.

Les 13 premiers épisodes laissent donc KO. Une nouvelle affirmation: "KareKano" est drôle; hilarant, même; tout le talent comique du réalisateur et de l'auteur se ressent à chaque gag plus ou moins subtil, mais toujours efficace, jusque dans les parodies de certains grands titres du studio Gainax. Cela dit, l'intérêt n'est pas là; cet humour omniprésent, en plus d'être là pour illustrer la terrible maturité et le recul bienvenu de l'auteur - après tout, n'est-ce pas le propre de l'enfance que de dramatiser amoureusement un rien?, n'est là que pour dédramatiser - justement - la chose sociale; car l'objectif de la série est tout autre.

L'objectif de la série, s'il en est un, ressemblerait à cela: toucher au coeur, à l'essentiel, à l'indicible et fugace réalité sublimant la découverte non pas de l'amour, mais que l'on peut aimer.

C'est beau. C'est beau. C'est beau comme rarement quelque chose dans un écran a été beau, dessiné qui plus est. Le design absolument fabuleux des personnages, plus qu'agréable, attachant, humain, fin, recherché (un bijou à lui seul), y est pour quelque chose. Les acteurs aussi; leurs doublages, donc leurs jeux, dépassent d'un cran la moyenne japonaise (c'est donc du grand art). En harmonie avec les visages qu'on leur prête, avec les traits qu'ils incarnent, ils sont une rampe parfaite pour crédibiliser la chose chez le spectateur; ce n'est pas du dessin animé; c'est autre chose - mais c'est toujours pas du cinéma! Et ce ne sont pas les scènes délirantes aux traits exagérés (le quart de la série) qui viennent gâcher le tableau; au contraire ; miraculeusement, ça confère aux situations un certain onirisme, une certain expressionisme, qui renforcent l'impact de chaque scène. Mais je le répète, là n'est pas le sujet.

Le sujet, c'est Anno. Anno, le grand ; Anno, le réalisateur de Gunbuster et de Evangelion... libre comme l'air, et j'entends par là récompensé, après le méga carton EVA (en dépit du fait qu'il ne fut diffusé que sur une chaîne tokyoïte), d'une liberté artistique rarement égalée, il réalise dans les 13 premiers épisodes quelque chose de jamais vu, met en scène une forme de poésie visuelle avare en animations fulgurantes, mais généreuse en plans d'une grâce terrassante. Elle, et Lui, sont les protagonistes de cette histoire, ils sont deux, et seuls au monde, devant la caméra, ils sont tous, Anno l'a compris, ils sont tous pour lui. Leur jeunesse, leurs doutes, tout ce que l'homme traverse avant de passer à l'âge adulte, il les foudroit de son oeil de génie. La première partie de "KareKano" est un OVNI, un objet visuel non identifiable, car il est l'objet d'un génie en roue libre, contant avec un maximum de risques sa vision de l'amour naissant.

La bande originale de Sagisu Shirô est à l'image de la série, classe, pleine d'une fureur infantile et d'une nostalgie communicative, dense et merveilleuse (mention à sa reprise piano absolument merveilleuse du classique "yume no naka e". Elle finit d'achever le spectateur en manque d'émotions simples ; elle marche à l'unisson avec le montage de Anno (le montage est inclus dans la réa lorsqu'on parle d'un réel auteur), il n'y a rien à ajouter. Juste à voir, et à entendre.

Après ces 13 premiers épisodes qui SONT l'amour, et beaucoup d'autre choses, arrivent la seconde moitié (normal, me direz vous). Passé ce cap, les épisodes 14 et 15 surprennent, en tant que récapitulatifs gonflants de tout ce qui s'est passé plus tôt - gonflant mais osés: au début de chacun d'entre eux, on peut voir des statistiques des résultats de la série, qui s'est ramassée à l'audimat. Puis à partir de l'épisode 16 jusqu'aux épisodes 19-20, le charme original réapparaît très efficacement, mettant en scène certains personnages adultes dans des flash-backs efficaces, et la première expérience sexuelle d'Arima et de Miyazawa.
Mise en scène sur les cultes Variations Goldberg de J-S Bach, à la précision mathématique ressuscitant le lyrisme, cette séquence (et les deux ou trois qui la précèdent), pudique, belle, légère et onirique, est une des plus grande scène d'amour du Cinéma, et frise littéralement l'orgasme cinématographique.

Après, ça se gâte; le scénario se perd dans des historiettes somme toute divertissantes mais peu intéressantes, et totalement inachevées, pour atteindre l'apothéose lors d'un épisode 25 d'une nullité absolue (le tout parcemé ci et là de fulgurances bienvenues) ; les démons du génie Anno, voulant qu'il ne sache jamais comment finir ses oeuvres, frappent à la porte. Parce que l'homme, il faut le savoir, est un grand taré : après avoir placé la barre super haut (Il et Elle comme titre, c'est autrement plus ambitieux que Robotech !), il n'arrive plus à s'en sortir, ne sait plus comment finir, fume l'intégralité de la moquette des bureaux de la Gainax, et s'y remet. C'est intéressant du pt de vue formel, mais c'est décevant du point de vue de l'intérêt dramatique.

Cependant, ne nous formalisons pas: en dehors du fait que "Karekano" reste un chef d'oeuvre absolu et inénarrable (la preuve, j'essaye depuis 300 lignes et c'est foireux), l'épisode 26, proche du film "The End Of Evangelion" dans son montage épileptique, ses voix off stone, et ses images épurées de toute vélléité d'efficacité et de tout artifice scénaristique, nous réconcilie avec la série. Un tant soit peu: si l'on reste sur notre fin quant à l'histoire (mais Anno n'a t-il pas voulu dire qu'il s'agit là d'histoires d'amour sans fin, comme l'amour est éternel et nos vies à la fois insignifiantes et si précieuses?), on en a pour notre argent en ce qui concerne la technique. C'est unique, c'est osé, c'est du grand art, même si ça perd un peu les pédales...

Ainsi se termine notre programme musical. Il ne s'agit même pas là d'une réaction à chaud, mais ça ne l'empêche pas d'être bordélique à souhait - désolé. Ce que j'ai voulu faire comprendre à celui qui n'a pas encore vu la série, à travers mes tournures grandiloquentes, c'est une seule et simple chose : "Kareshi to Kanojou No Jijou" est dans sa première moitié un must absolu pour tout cinéphile ouvert au genre, et dans son intégralité un des plus beaux animes jamais fait et une grande chose filmique, malgré ses quelques défauts attachants.

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