Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu Papier/Pellicule
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

.HACK//SIGN

DVD disponibles aux éditions Beez

Internet : Gigantesque toile dans laquelle chaque lien équivaut à un bâtiment virtuel, chaque clic un visiteur. Les palais du vice y côtoient de grands buildings commerciaux dans la plus parfaite harmonie. En leur seing des millions de badauds se pressent pour admirer une pin-up ou un lecteur mp3 dernier cri. D’autres fréquentent les salons à la recherche de l’âme sœur, lassés des peep-show virtuels à l’addition pourtant bien réelle. Le point commun dans tout ceci est que rien n’est matériel. Bien que tous conscients de cela, personne n’a pu empêcher l’apparition d’une nouvelle forme d’accoutumance voire d’autisme : cette vie virtuelle qui plaît tant à certains. .hack//SIGN nous emmène dans celle de Tsukasa, qui s’est orienté vers une pseudo profession de magicien. Son arène ? « The World », le MMORPG heroic-fantasy à la mode en 2007, dans un futur si proche qu’il en devient presque prémonitoire.

Devenir en quelques clics un preux explorateur d’une fabuleuse terra incognita ou achever des dragons de 30 mètres de haut, sont autant d’ambitions si attirantes que certains se laissent happer par la toile pour les atteindre. S’est-on toutefois interrogé sur les sensations que l’on éprouverait en se trouvant prisonnier de cette terre virtuelle ? Sûrement pas. C’est dans la réponse à cette question saugrenue que l’anime puise son concept et son originalité. Mélange de fiction et réalité, « dot hack » se veut aussi immersif que ce qu’il représente : Sans doute pour mieux semer le trouble dans notre vision du net…
Log on.


Web/Français – Français/Web

Internet est passé depuis quelques années dans le langage commun. Anglicisme oblige, un bon nombre de termes ou expressions utilisé dans l’anime, reste cependant assez flou pour tout ceux qui ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare ou/et celle du Web. Séance de rattrapage.
MMORPG : Massively Multiplayer Online Role-Playing Game, ce qui se traduit en français par un jeu de rôle Internet massivement multi joueur. Actuellement il en existe des milliers plus ou moins gratuits dont l’incontournable World Of Warcraft.
« Heroic-fantasy » : Un genre que l’on attribue aux univers littéraires ou de jeux, associant un univers médiéval à des légendes anciennes. Les héros y côtoient des chevaliers, des magiciens, des dragons et tout un bestiaire intrinsèque. Tolkien et sa trilogie du Seigneur des Anneaux en est un des auteurs de référence.
« Log On/Off » : Souvent francisé par le verbe « Se (dé)logger », « log on » fait référence à l’action de se connecter (à Internet, à un compte joueur…) tandis que « off » en désigne l’inverse, la déconnection.
Notons enfin que le « Dot hack » est la prononciation japonaise du .Hack (« point hack »).

La Saga .Hack//

Composée de 26 épisodes et répondant au doux nom de .hack//SIGN, la série n’est en fait que le premier volet d’un projet dantesque lancé par les studios d’animation Bee Train. Sobrement intitulé .Hack//, le titre s’étale sur de nombreux supports : TV/DVD d’abord avec .hack//DUSK (13 épisodes), .hack//LIMINALITY (4 OAV) et plus récent : .hack//ROOTS actuellement en cours de diffusion au Japon ; Version papier ensuite via l’adaptation manga .hack//DUSK. Il existe enfin, de nombreux jeux vidéos groupés sous le titre évocateur - et original - .hack//Games.
D’apparence très commercial, comme en témoignent les opérations marketing plus proche de la propagande que de la pub, le projet est loin d’être dénué de talents : Le duo Yoshiyuki Sadamoto qu’on ne présente plus depuis Evangelion et Yuki Kajiura à qui l’on doit les OST de Noir ou Aquarian Age, laisse présager du meilleur.
De cet iceberg géant, il est temps de dévoiler la partie SIGN.

The World

Des dunes, un rivage, des récifs, une mer qui vient s’y écraser. Le relief côtier abrite un donjon dans lequel Tsukasa a perdu connaissance. Il se réveille la tête douloureuse, scrute les horizons : un coffre luminescent se trouve juste devant lui. Il s’apprête à l’ouvrir quant apparaît Mimiru. Peu loquace, Tsukasa ignore le dialogue et se téléporte.
Adossé à un puit, le jeune mage tente alors de se souvenir de ce qu’il lui arrive. Il est une nouvelle fois interrompu par l’arrivée des Scarlets Knights, chevaliers membres d'une guilde dirigée par Subaru. Ceux-ci sont intrigués par le comportement mystérieux de ce joueur qui ne se déconnecte jamais, bénéficie de puissants pouvoirs et qui semble allié à un personnage chat encore plus étrange…
Le temps passe et Tsukasa erre toujours dans ce monde. Il voit des joueurs entrer et sortir du jeu, il voit des gens combattre sans la moindre douleur…Normal c’est un jeu. Pourtant Tsukasa ressent de la douleur. Pourtant, il n’arrive pas à quitter ce monde virtuel.
Forcé d’admettre qu’il est devenu prisonnier de The World, le mage se rapproche alors des très serviables Mimiru et Bear, qui ne voient pas Tsukasa comme un hacker ou un virus. Désireux de l’aider, les deux comparses décident d’accompagner le captif dans une quête aussi incertaine que dangereuse : la recherche d’un objet légendaire nommé Key of the Twillight (Clef du crépuscule). Une quête génératrice de tant de légendes que le groupe y entrevoit un espoir de sortie pour Tsukasa. La course est lancée.

Explorateurs du virtuel

C’est ainsi qu’apparaissent les membres de cette équipée : Fil conducteur du scénario, la quête à la clef apparaît comme un excellent prétexte pour Sadamoto à exercer son talent. L’anime pourrait se résumer à un véritable hall d’exposition dans lequel le mangaka s’en serait donné à cœur joie. Les paysages sont de véritables friandises pour nos rétines : Couleurs chatoyantes, abstrait fantastique, profondeur jouissive… Et ce, malgré l’absence de la 3D. Un manque qui a au moins l’avantage de rendre les séquences d’animation fluides et sans inégalités notables. Chaque fresque semble tenir du rêve éveillé, on arrive presque à la hauteur d’un décor « Miyazakiste », le génie et la féerie symbolique en moins. Paysage côtier pittoresque, désert peuplé de dunes, plaines à lucioles, vallée verdoyante ou jungle mystique, les tableaux se suivent et ne se ressemblent pas. Pour accompagner la visite il ne manquerait plus qu’un peu de classique version electro – il faut bien vivre avec son temps – sur laquelle une voix exquise rendrait chaque seconde du plan un peu plus attirante. C’est là que Kajiura intervient. C’est là que le travail de Sadamoto prend une autre dimension. Dès les premières minutes de l’anime résonnent le bit lancinant du titre Key of the Twillight , aussitôt repris par le violon synthétique pour former cette habile mélodie qui sied à merveille à l’univers héroic-fantasy. Yuki vient ensuite parachever l’œuvre de sa voix pure et mélancolique ne donnant qu’une seule envie, celle de se jeter dans cet univers intemporel. Vous venez de plonger dans The World.

L’entrée dans un donjon hostile et précédant souvent un combat donne lieu à un changement de décor, aussi bien coté visuel qu’auditif. Les tons harmonieux et paisibles se transforment en de violents contrastes rouge / noir, l’onirique devient psychédélique. Des illusions aux apparences digitales flottent, elles se croisent et s’entrechoquent dans un effrayant ballet proche du délire shamanique. Dans le même temps le tempo s’affole, l’electro se fait plus présente. Moins de mélodie, plus d’agressivité. L’air se sature d’ondes malsaines, le donjon devient oppressant comme si tout le mal-être de Tsukasa s’extériorisait. Vous voulez sortir de The World.

Il n’est pas aussi facile de sortir de ce monde dans lequel on s’est immergé avec plaisir. Le calme est revenu, nous voilà dans une ville aux allures médiévales. Des canaux sillonnent la ville tels des artères amenant des barques au style vénitien en son cœur. Des airs de piano et mandoline flottent dans la paix ambiante. Tout du grand château jusqu’à la petite pierre de la muraille, est imprégné de l’age féodal. Les « skins » (apparence du joueur) des personnages ne font pas exception. Ainsi Tsukasa, paré de son bâton de magicien, arbore des vêtements amples qui lui confèrent une allure de sorcier tandis que Mimiru porte avec élégance l’armure du chevalier, aux parures tribales et fortement allégée pour l’occasion. Son acolyte Bear, se voit habillé ou plutôt déshabillé façon Braveheart, en écossais peinturluré portant très bien le kilt. Subaru semble destinée aux rôles de princesse tant la robe ornée d’ailes d’anges lui convient parfaitement. Des clichés de la période sombre occidentale, revus à la sauce kawaii, donnent un résultat probant, original et d’un style rare. Et là d’un coup, The World vous paraît encore plus attirant…

Si chaque médaille à un revers, pour .hack//SIGN chaque bonne chose à une fin. Celle-ci se trouve environ quelques épisodes après le premier opus.



Chevaliers de l’ordre contemplatif

Le temps passe et le charme, plombé par la béatitude des joueurs, se rompt peu à peu. Les premiers moments d’exaltation et d’engouement font place à un ennui assez mortel. Tsukasa se révèle aussi expressif qu’un poulpe décervelé dont l’autisme atteindrait presque celui du maître du genre, j’ai nommé Shinji Ikari. Le fait est que Shinji avait au moins un certain charisme, pas Tsukasa. Il faut l’excuser le pauvre : Rappelons qu’il est quand même enfermé dans un jeu depuis pas mal de temps. C’est en tout cas ce que n’hésitent pas à seriner les flash back incessants qui, à défaut de nous prendre pour des abrutis, ont le mérite de rallonger la durée de vie de la série. Un peu comme ces scènes de fin d’épisodes reprises quasi systématiquement au début du suivant, ou encore cet épisode résumé complètement inutile. Les mauvaises langues diront que c’est une opération purement marketing tandis que les fan tenteront vainement de la dissimuler, prétextant un scénario richement mis en valeur. Quel scénario ? Se retrouver prisonnier d’un jeu vidéo est un excellent concept. Chercher la sortie peut se révéler être une quête excellente. Mais quid du scénario ? Celui qui accroche, celui qui créé le suspense, le plaisir, l’émotion et la passion. Un tel concept, bien travaillé, aurait pu faire des merveilles en transcandant l'anime de toute une portée psychologique. Mais tout reste plat, rien ne décolle vraiment. Venant de Kazunori Itô l’illustre collaborateur de Mamoru Oshii sur le scénario Avalon entre autres, on était en droit d’attendre beaucoup mieux. Seuls quelques protagonistes apparaîtront pour entraver la course à la clef en faisant figure de concurrent, rien de bien original, du manichéisme pur et dur.

Tout n’est pas totalement raté – ou inexistant -. Les amateurs de technologies modernes y trouveront leur compte puisque l’exploration de The World est poussée de fond en comble et l’envers du décor y est astucieusement présenté : Octets perdus, corbeille, failles du réseau, administrateur apparaissant comme dieu du monde… L’analogie est plaisante et l’on se surprend finalement à se dire « Mon disque dur ressemble à ça ? ». L’apathie de Tsukasa disparaît progressivement mais pas assez vite, hélas le mal est fait. Ses compagnons rattrapent toutefois fort bien le coup, à en juger par la très désirable Mimiru, kawaii jusqu’à la voix, ou Bear en senpai du groupe plutôt crédible.

Treize

C’est le nombre d’épisodes qu’il aurait fallu à Dot Hack pour lui donner ce dynamisme qui fait tant défaut. Les scènes répétitives à souhait et l’épisode résumé semblant ne pas faire d’assez bons boulets pour couler la série, Kazunori Itô a cru bon rajouter ceux du dialogue creux et de la vivacité d’esprit du paresseux. Une luciole volette dans le champ de vision de Tsukasa, effectue quelques cabrioles et vient se poser sur son pied avant de reprendre son envol. La scène dure près d’une minute, pendant laquelle The World s’arrête de tourner. Même sensation de néant lorsque le groupe atteint un portail de téléportation : Ca tourne, ça émet des rayonnements sonores et lumineux bizarres, bref de quoi les occuper pendant 10 minutes. Avec une telle marge de temps ils mûrissent et remûrissent leur décision de traverser ce portail au travers de dialogues juste là pour combler le vide que Yuki Kajiura seule avec sa musique, n’arrive pas à parfaitement combler. Aberrant.


L’originalité de .hack//SIGN réside dans son concept d’exploration interne de jeu on-line. L’explosif duo Kajiura / Sadamoto facilite grandement l’immersion dans ce monde empreint d’heroic-fantasy. Hélas c’est par le scénario quasi inexistant que le bât blesse puisque son absence prive l’anime de tout véritable intérêt autre que le son et lumières des deux artistes : Dialogues creux, rythme assommant, scènes monotones et récurrentes, .Hack// n’est pas à son avantage. Pourtant l’ambiance dégage ce petit quelque chose qui incitera certains à prolonger le plaisir des yeux en subissant le contrecoup de l’ennui. L’ultime échappatoire conseillée aux autres est celle qui consiste à se contenter des premiers épisodes, de l’épisode résumé et des derniers épisodes, pour profiter des dessins et OST spectaculaires tout en bénéficiant de l’intrigue sans qu’elle en devienne totalement ennuyeuse.

Thomas Chibrac
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême