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LE FILS DU MARCHAND

Tome 1 disponible depuis 2006 aux éditions Xiao Pan

Les anciennes légendes chinoises influencent depuis longtemps la bande-dessinée japonaise, qui a à plusieurs reprises adapté des classiques tels que "les écrits des quatre dieux" ou "le voyage vers l’occident". Il n’est donc pas étonnant que parmi les premières bandes-dessinées chinoises importées par le jeune éditeur Xiao Pan, l’une d’entre elles exploite cet univers traditionnel.

Le fils du marchand est l’adaptation du récit éponyme du conteur chinois Pu Songli, dont l’œuvres compte dans ses figures récurrentes celle du renard. Contrairement au goupil français, le renard chinois n’est pas simplement rusé, il est aussi pervers, et partage avec le kitsune japonais un certain talent pour la transformation. Talent dont il use et abuse pour forniquer parmi les humains et dévaster leurs foyers. Le fils du marchand raconte justement l’histoire d’un fils de marchand dont la mère est harcelée chaque nuit par un esprit-renard démoniaque.

Premier Regard

La première chose que l’on remarque dans une bande-dessinée c’est la couverture, et c’est d’autant plus vrai pour le fils du marchand. Tout d’abord du fait de sa taille, l’album étant dans un format cartonné 22x30, à l’européenne, qui en impose au milieu des autres publications asiatiques qui, elles, rentrent dans la (grande) poche. Ensuite de par la qualité de l’illustration, sobre et classieuse, avec un style semi-réaliste des plus agréables et riche en détails.

Mais de la même façon qu’un exhibitionniste révèle ses attributs en ouvrant son imperméable, c’est une bien mauvaise surprise qui se cache derrière la couverture de l’œuvre de Nie Chongrui : si le Transparent de Makoto Sato est souvent considéré comme l’un des titres asiatiques les plus laids aux côtés de Gen d’Hiroshima de Keiji Nakasawa, force est de constater que le fils du marchand fait presque pire. En effet, entre les décors proches du néant absolu, les traits caricaturaux des personnages, leurs irrégularités de représentation et la colorisation informatique basique et agressive, on se demande s’il s’agit véritablement du même dessinateur que la couverture.

C’est en réalité d’autant plus frappant lorsque l’on voit présentées en pages de garde deux des pré-versions de l’œuvre… La première opte pour un style réaliste des plus réussis, riches en détail, et jouant adroitement avec les contrastes et les lumières, là où la deuxième offre un trait globalement plus simple et stylisé, mais toujours avec un sens du détail remarquable, et un splendide aspect crayonné noir et blanc. Alors pourquoi un dessinateur aussi talentueux offre donc un travail si laid ?

Expressivité

La réponse tient dans le titre de ce paragraphe. De la première à la deuxième version, il y a une perte sensible au niveau de la qualité du dessin, mais il y a également un gain conséquent au niveau du dynamisme de ceux-ci. De graphismes typés gravure, qui semblent faites d’après poses, on passe à quelque chose de beaucoup plus vivant, et le passage à la couleur de la version finale, de par ses planches plus lumineuses, rend le tout plus joyeux, moins statique. Car si les quelques passages érotiques classent cette bande-dessinée dans la catégorie adulte, le héros Petit Kou reste un enfant et la tonalité du récit est donc tout ce qu’il y a de plus enfantine : les gags dépassent très rarement le niveau pipi-caca-prout dont les chinois sont si friands, les adultes représentants de l’autorité sont mollassons et dépassés par le dynamisme du jeune garçon ; jeune garçon qui, bien que peu doué pour les études, est suffisamment intelligent pour mener tout le monde par le bout du nez.

Les seules scènes qui dépassent cet aspect enfantin sont donc les scènes de viol, de par leur aspect érotique d’une part (qui font que l'oeuvre n'a jamais été publiée en Chine), de par le seul traitement de personnalité présent dans le récit d’autre part : si la mère repousse dans un premier temps les assauts du renard, à partir de sa deuxième visite elle s’y complaît, et ne vit plus que pour ses nuits endiablées avec le démon … La fin laisse néanmoins entendre que ce comportement n’était dû qu’à l’envoûtement, les gentils sont donc gentils et les méchants méchants, la morale est sauve.

Malgré un graphisme aussi repoussant que la couverture pouvait être alléchante, la centaine de pages de ce fils du marchand se lisent très bien une fois passé un court temps d’adaptation, du fait d’un dynamisme rare et d’un récit cocasse, à défaut d’être recherché. Une bonne surprise donc, à condition d’être prêt à payer une quinzaine d’euros pour un titre qui ne brille ni par son aspect visuel ni par son scénario, mais qui se révèle simplement un divertissement court et honnête.

José Emmanuel Moura
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