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X tv

X, c’est depuis cinq ans un peu comme le Spartacus de la japanimation auprès d’une vaste audience de fans fanatiques. Clamp, le studio au féminin qui fait sa star depuis le début des années 90, avait préparé le terrain quelques années auparavant avec l’animé, qui avait emporté un franc succès ; mais l’animé aurait pu se suffire à lui-même, tant les dénominatifs qu’il inspire sont hyperboliques : grandiose, épique, lyrique, foisonnant, etc. Les commentaires émus couverts par la magistrale bande originale de Naoki Satô, disponible sur CD dans tous les points de vente indiqués. Le pitch avait au départ de quoi inspirer : on y parle d’apocalypse, de bien et de mal incarnés, de fin du monde proche, de destin inéluctable, de prophéties déchirantes – on a vu programme moins excitant. Comment dire non à X ? Difficile. Mais en faisant un petit effort, pas impossible.

Zappe ta zone !

Vous y êtes pour la plupart tous passés ; aucun amateur d’animation japonaise n’ignore ce qu’est la série culte de Clamp, au même titre que d’autres grands noms comme Evangelion, ou Cowboy Bebop. Kadokawa Shôten (1) a fait naître le culte, et le studio Mad House l’a immortalisé à l’écran. Vous vous contentez d’admirer, et vous avez bien raison. X tv, c’est la série du XXIe siècle, un crossover de références culturelles, de dilemmes épiques, de héros cinégéniques, l’aboutissement d’une culture contemporaine drastique et gloutonne.

L’histoire, pour ceux qui ne savent pas encore de quoi il en retourne, est très simple, en fait : une prophétie annonce depuis des siècles que le sort du monde se décidera à l’aube du millénaire, et se jouera entre deux groupes, les dragons du ciel et les dragons de la terre, autant d’êtres humains au quotidien ordinaire, attendant le fameux moment pour servir enfin la cause que le destin leur a confié ; et au milieu, il y a un adolescent, dont le rôle scénographique est central, mais l’esprit indécis. De sa décision d’appartenir à l’un ou l’autre des groupes découlera l’avenir de la terre… ou peut-être pas.

Ce « peut-être pas » est l’élément original du scénario de X, et sa principale force thématique, sur laquelle nous reviendrons ; car avant que ses effets se fassent sentir, une bonne partie de la dizaine d’heure que dure la série se déroule dans l’attente, les préliminaires, bref, le sas de compression où le spectateur doit être sauvagement conditionné. Et la fonctionnalité de ce sas, sans être défectueuse, stigmatise les défauts d’une série qui, au final, malgré sa très grande qualité, n’est pas entièrement à la hauteur de ses homériques ambitions. Retour sans-gêne sur un culte peut-être pas entièrement mérité.

Défilé de mode – « avant qu’on se batte pour le sort de l’univers, tu veux que je te montre mon book »

Va t-en guerre

Attaquer un mastodonte comme X n’est pas une mince affaire. Cela demande plusieurs mesures de précaution : installer un bon antivirus, une armature en titane sur sa porte d’entrée, un hérisson ninja pour ses sorties nocturnes, idéalement un changer d’identité. Mais parce que nous vivons en démocratie, et qu’ils pourront nous enlever notre vie mais pas notre liberté (copyright William Wallace), OEx saute le pas, mesdames et messieurs, venez approchez n’ayez pas peur, admirez cette magnifique paire de balloches en polystyrène.

Mais avec mesure, la critique ! Il ne s’agit pas de descendre en flammes X, c’est de toute façon infaisable sans une bonne dose de mauvaise foi ; simplement, alors que Déclic Images a sorti la troisième édition quadruple-collector de la mort qui tue le mois dernier, il est temps de faire un bilan, ou tout du moins de se demander si tout ce bruit n’a pas été pour trop peu.

Parce que du bruit, il y en a, dans X ! De la fureur en THX. Tout le problème est d’identifier ce bruit, sa provenance, son authenticité, ses décibels. Reprenons : nous sommes en 1999, le chiffre 999 retourné verticalement donne 666, des limbes du passé surgit dans les destins d’une quinzaine de personnes l’annonce de la fin du monde, cette fois-ci bel et bien là, du moins pour bientôt. Jusqu’ici, tout va bien. Puis le tapis se déroule ; et prenons les armes, camarade, c’est la lutte finale. Le camarade rappelle les jeunesses fascistes : en plus d’être jeune, il est beau comme un camion, taillé comme une gravure, éphèbe aux épaules de quatre mètres de large fantasmé par une armée d’ex-gaffettes mangakas (les filles de Clamp) à plein temps se doigtant sur des yaoi (2) de gare. Son ennemi est soit du camp des « sceaux », humanistes persuadés que l’Homme a encore une chance d’éviter le mur qui approche à grande vitesse ; soit du camp des « anges », faux méchants de l’histoire vrais khmers verts terroristes d’extrême gauche ultrasensibles aux gémissements de Dame Nature, qui n’a point besoin de ce honteux mucus humain.

C’était l’époque du dialogue écolo à l’approche de l’apocalypse informatique, de la razzia sur la couche d’ozone, et tutti quanti, certes. Puis ils ont le droit d’être beaux, d’accord – d’ailleurs un personnage l’évoque lui-même au début de la série. Pour finir, on ne peut pas non plus leur en vouloir à cause de l’âge des héros : l’animation japonaise nous a habitués à donner à ses personnages des âges ridiculement bas en comparaison de leurs personnalités, pour l’unique et mercantile raison que le public visé atteint rarement la majorité. Mais… le mot est dit ! Ou plutôt l’idée évoquée. X, c’est certes monumental… pour les adolescents. Quand on a atteint un certain âge avancé (genre la vingtaine), on a alors le choix entre deux postures : garder son sens critique en dépit des assauts esthétiques d’un spectacle de qualité, ou bien céder, et tomber dans tous les panneaux – qui vous blâmera, le cinéma, c’est un gros panneau dans lequel on fonce tête baissé. Mais dès lors qu’on met un quelconque débat sur le tapis, la seconde option est nulle et non avenue : parce que X de Clamp ne revendique pas seulement une maestria visuelle, mais aussi une puissance thétique prétendument rare, il est important de ne lui faire aucun cadeau. Et de l’attaquer donc sur ce qui fait son principal défaut : sa puérilité générale.

Ecrire un scénario, c’est facile !

Question : pour réaliser un grand film catastrophe mystique, suffit-il de lire trois pages de l’Apocalypse selon St Jean, de prendre tout ce qui est à la mode pour être le plus fédérateur possible (imagerie catho, mythologies bouddhistes et shinto, intelligence artificielle, etc.), d’en rajouter trois double couches de sentimentalisme torturé, puis de mixer le tout au petit bonheur la chance ? Non, surtout quand on traite ces grands thèmes du petit bout de la lorgnette : d’abord le premier point. Les japonais, certainement en manque de symbolique de supermarché, se jettent à corps perdu dans l’imagerie chrétienne depuis un petit moment. Les anges aux grandes ailes, la croix multifonctions, la Bête, tout ça, c’est autrement plus excitant qu’Amaterasu (3) ; alors ils y vont au petit bonheur la chance, et c’est souvent très touristique. Deuxième point le joujou avec leurs racines spirituelles, d’Amaterasu justement (à travers la princesse Hinoto) au super galvaudé Onmyôji : qu’est-ce que le néophyte apprend du grand courant shintô ? Pas grand-chose si ce n’est que le japonais croit fondamentalement au destin et non au hasard, comme l’explique très bien Mishima Yukio dans sa tétralogie (4). Mais à quel prix ! Les 25 épisodes qui composent X auraient pesé deux fois moins lourd si Kawajiri (également scénariste) n’avait pas fait répéter à certains personnages la même rengaine une cinquantaine de fois chacun, soit : « c’est le destin, mon fils, on ne peut rien y faire », ou autres « je lis dans les rêves, mais il m’est impossible de changer le cours des choses » ; okay, John, on a compris, le destin, c’est dur. Sans cette lourdeur textuelle, et avec un discours plus pertinent, le melting-pot syncrétique aurait pu donner à X une âme bien à lui ; il n’en est rien : ça risque de s’embourber à tout moment, et l’instinct de survie des auteurs leur a évité la tasse, en s’en tenant au strict minimum. Dernier point, l’intelligence artificielle, thématique représentée fièrement par l’ordinateur géant des « méchants » et une sorte de biodroïde sans âme – dixit la mythologie chinoise. Là aussi, le traitement de la possibilité d’intelligence sans âme, dans un environnement soi-disant scientifique de bazar, ne dépasse parfois pas le seuil de réflexion d’un collégien fan de Science & Vie junior.

Pour faire simple, l’aventure X, c’est l’histoire de faiseuses inspirées, de goût, au talent certain, qui par excès de gourmandise se sont attaquées à un morceau de trop grande taille. Résultat : parce que les scénariste savent raconter une histoire, le scénario de X est bien structuré, flanqué de quelques fulgurances scénaristiques qui lui confèrent un intérêt et une classe évidents, sans faute de goût ; mais c’est dans la strate inférieure que la densité fout le camp : l’être humain, sa chair, son sang, son sexe, ses peurs, ses désirs, ses goûts, son émission de télé préférée, sont absents ; tout ce à quoi on a droit, c’est tout au plus une belle galerie. « Pas le temps de toute faire, nom de dieu, on est déjà occupées à écrire nos longs monologues sur le destin inéluctable ou sur le pourquoi du comment », auraient-elles pu dire ; mais elles ne s’en rendent même pas compte, puisque l’effort est là : la moitié de X est un enchevêtrement de flash-backs destinés à étoffer la plupart des personnages. Mal inutile : ces moments sonnent souvent aussi creux que les personnalités de la plupart des protagonistes, tenant sur une ligne en caractère 16. Un peu à l’image de leur garde-robe, qu’ils ne changent pratiquement jamais (fan-service et conception ultérieure de goodies oblige – paye ton uniforme de collégienne au petit nœud intact passées dex heures de combats dantesques), ou de leurs coiffures, invariablement impeccables. Quand on sent à trois kilomètres le kawaii factice du personnage de la collégienne, l’asociabilité cliché de la geek, ou les rires forcés de la vilaine sœur fatale, on a envie de crier : « ce sont des hommes et des femmes que vous mettez en scène, les filles ! »

Partouze platonique

A propos d’homme, il est intéressant de noter un phénomène très représentatif de la galaxie Clamp : les contacts entre représentants du sexe masculin sont supérieurs à ceux entre sexe opposés. Les yaoi sont cités plus haut ; l’origine nippo-féminine de X n’en est que plus flagrante : à côté de Fûma et Kamui (entre autre) s’enlaçant fiévreusement, tout le long du récit, les hommes et les femmes restent bien à leur place dans de soigneuses caricatures de pute au grand cœur, salary-man dévoué, ou gigolo surfait, à l’exception de deux couples qui se forment, dont un réunissant une gamine à la minijupe suicidaire et un paramilitaire poilu allant gambader dans la campagne. Comme si les millénaires de tournantes historiques n’avaient pas eu lieu ! – ça en dit long sur le monde selon Clamp. Vieux jeu ? Allez vous faire foutre. Ce que l’on demande n’est pas très difficile : quelques grammes de psychologie dans un monde de mannequins aux postures et aux décisions trop systématiques. Avec ses faux homos, et son besoin d’affubler son personnage le plus « humain » (soit qui drague, qui fait des blagues et qui baise, un joyaux rare !) d’un accent et de manières « de la campagne » comme pour l’excuser, X, c’est pas encore ça.

La mise en scène de la fin du monde dans une tonalité lyrique et un décor démesuré n’est pas antithétique de celle de vrais êtres humains réels dont les centres d’intérêt ne se résument pas à seule cause, si terminale soit-elle. Voilà ce qu’il aurait fallu dire à Clamp, ainsi surtout qu’au responsable de l’adaptation tv, le pourtant respectable Kawajiri Yoshiaki. Mais les premières étaient certainement trop obnubilées par le potentiel romantique de leur histoire pour s’occuper du reste, et le second a sans doute joué un rôle de yes man peu contraignant. De romantisme classieux on est copieusement nourri, il est vrai, et ce sera le thème du prochain chapitre. Mais à moins d’être une madeleine professionnelle depuis sa tendre enfance, l’idée de romantisme ne suffit pas à elle-même, ni la simple imagerie ne suffit au romantisme. Le romantisme, ça peut être mieux représenté par un verre de lait que par des cheveux au vent, des fleurs de cerisier maculées de larmes fraîches, de violons altruistes.

X, ce n’est pas la forme au détriment fondamental du fond ; ce n’est simplement pas assez de fond pour pas mal de formes.

Beauté de l’air face à statisme promod

Voire beaucoup de formes

Ce que la majorité a toujours encensé dans X, c’est cette fameuse forme, calquée sur le coup de crayon divin des mangaka ultra douées du studio Clamp. Les nombreux tomes du manga étaient traversés par cette même épure dans le coup de crayon fort, dynamique et angulaire, dans les contrastes sévères et les cadrages très picturaux ; ce dans un style typiquement shôjo (vaste catalogue de gars efféminés). Le studio Mad House conscient de l’importance de l’esthétisme dans le mythe X a mis les moyens dans l’adaptation animée : chaque plan est rempli parfois à ras bord, parfois d’un élément pictural unique (une couleur, un cadre, une ligne) rendant caduque tout effort artificiel de remplissage artificiel dont font preuve les studios ces dernières années. On est en plein objet artistique, à l’iconographie facile donc, mais à l’exécution diablement efficace, comme ce que font les japonais en musique classique par exemple : des recopiages virtuoses. La « faute » à Ikeda Yuji dont on retrouve des traces de son remarquable travail sur Réincarnations, et Shirai Hisao, le chef opérateur.

De l’argent, il y en a, déjà beaucoup et parfois malgré tout pas assez tant l’ambition du projet était démesurée ; mais le résultat demeure tout de même à la hauteur du postulat, malgré tous les défauts précités – si l’on met de côté la rigidité de l’animation des personnages semblables à des mannequins lorsqu’ils sont en lent mouvement. Ceux qui voient X comme un feu d’artifice sensoriel ne font pas fausse route… les Dieux ont été avec Mad House. Que ce soit dans la réalisation de Kawajiri (sans nul doute le domaine dans lequel ce dernier excelle), faite de très peu des figures de style sempiternellement resservies dans l’animation japonaise, plutôt de mouvement de caméras rectilignes mais amples, monté nerveusement mais tout en espaces tendus presque prophétiques, comme au rythme de la fin du monde ; ou que ce soit dans la bande originale de Naoki Satô, futur compositeur de certaines BO cultes de feuilletons télé comme Good Luck !!. X, c’est surtout, peut-être au même titre que son scénario, un score. De qualité exceptionnelle. Son auteur a puisé à la manière de Kanno Yôko sur Escaflowne dans le répertoire classique germanique (Brahms ou Dvorak) et les influences hollywoodiennes (Goldsmith, Williams ou Silvestri), et son travail sur X est définitivement ce qui a fait entrer la série dans le panthéon de la japanimation culte ; on pense notamment au très élégant mais trop court Requiem, au magnifique et cristallin utsukushiku mo hitsuu na tatakai, ou surtout, sans surprise, au monumental Sadame – « destin » en japonais. Sadame, c’est près de six minutes d’orgasme (oui, à ce stade là on frôle la rupture d’anévrisme) musical, un théâtre sonore des opés hurlantes, aux cuivres et cordes évoquant tour à tour les thèmes les plus colossaux, l’insignifiance de l’être humain face à au maelström universel qui l’a engendré, et qui l’engloutira. Chef d’œuvre en soi, aux accents de mini-saga puisqu’en six minutes il se permet trois actes distincts, il transcende définitivement la moindre scène qui l’accompagne… jusqu’à l’overdose ? En effet, de la transcendance à la transfiguration il n’y a qu’un pas, et Kawajiri use du morceau au minimum deux fois par épisode ; cela ne finit-il pas par faire perdre à Sadame de son pouvoir de fascination ?

Quoiqu’il en soit, X l’emballage est une limousine noire briquée filant le long de la Ve sur le Metropolitan Museum. La distribution, de très grande qualité, assure à la plupart de ses scènes, mêmes mauvaises, un cachet salutaire ; parmi les meilleurs exemples, on a le personnage de Monô Kotori, à qui est prêté la douce voix de la talentueuse Iwao Junko, l’actrice qui a interprété Ceres dans Ayashi no Ceres, autre série culte ; et le très attachant personnage de Sorata doublé par le Spike de Cowboy Bebop himself dans un exercice de style très amusant.

L’orchestration du tout ferait passer le message à un sourd et aveugle, la lettre est à la poste ; la question demeure ainsi la même : doit-on pour autant pardonner à X ses monumentales erreurs ?

Relaxez-vous.

On s’emballe, on s’emballe. C’est normal, X est fait pour attirer l’attention, le tape à l’œil est son essence même ; sauf que là, ce n’est pas de l’essence, c’est du sans plombs. Dans l’aile ? C’est bien de se la jouer, quand on a quelque chose dans le cigare. X a-t-il quelque chose dans le cigare ? Réponse : oui, assurément.

Derrière la légèreté de son traitement thématique et la naïveté de ses portraits humains, en somme les limites (revendiquées et inconscientes) humaines des auteurs coupables d’homicide involontaire, il y a la quête du beau, du pur, que l’on ne peut que comprendre, et si la météo est bonne approuver sous n’importe quelle forme, parce que la vie est courte. X témoigne clairement d’une foi gamine en l’être humain et la mélancolie de ses propos, même gauche, peut toucher au cœur. La tristesse des regards (meilleur atout de Kawamori Yoshinori, le character designer) fait remarquablement parler cette élégiaque amertume qui émane de la plupart des personnages ; un élément de plus touchant davantage les filles que les garçons, mais on pardonnera à ces derniers d’être atteint d’une sensibilité pas très Top Gun.

X serait-il donc un aperçu élégant de ce que l’humanité peut faire de grand ? Ce qui en fait au demeurant un objet intellectuel de qualité réside dans la qualité des coups d’oeils, des aperçus, rapides mais stimulants, jouant avec notre goût pour l’emphase tridimensionnelle. La promesse de sacrifice que fait le personnage de Sorata à Arashi (on sait qu’il va mourir, mais comment ?), la dualité entre Kamui et Fûma, l’absence de vrai personnage méchant (même si cela parait au final plus caricatural qu’antimanichéen, puisque les vrais méchants, ça existe), la mort de Kotori, et la pirouette finale sont autant de belles et puissantes idées qui accompagnent l’unique vrai message de la série : le destin existe peut-être, mais en quoi serait-il nocif au genre humain ? X atteint une fugitive et grandiose dimension lorsqu’il met en scène un futur alternatif dans lequel Kamui a choisi de suivre les dragons de la terre, et tué Fûma qui a ainsi hérité du rôle « bon », mais déchiré. Ce cher destin est en marche, oui, depuis le Big Bang, peut-être même, et lutter contre revient à pleurnicher vaniteusement sur l’absence de Dieu, ou le vide de l’univers. Avant cela, sous cela, ou au-dessus, il y a l’Autre ; celui par lequel chacun vit. Dans X, pas un personnage n’existe que pour lui-même ; il n’y a pas d’influence typiquement culturelle à voir là-dedans ; juste une réalité très clairement globale. C’est à travers l’autre que l’on existe, à travers l’autre que l’on est éternel (mais euh une fois que ceux qui se souviennent de nous sont tous morts, comment on fait ?) : c’est par le sacrifice et uniquement par le sacrifice que l’on trouve le salut, éludant notre insignifiante et velléitaire volonté de vaincre sur l’« adversaire ». La sagesse antédiluvienne couplée à la démonstration juvénile, c’est là ce qui nous fait aimer X, et sa mélancolie.

Au finish, X, très beau conte sur le poids de l’homme dans l’aventure terrestre, empli d’une poésie juvénile émouvante, met dans un bel embarras celui qui aime trancher sans délais. Même son final, trop peu développé, voire expédié (quid des séquelles chez le personnage de Fûma, qui a quand même un peu tué sa sœur ?), emporte l’adhésion grâce à son twist plutôt inattendu, malgré l’esprit un peu trop larmoyant qui baigne toute la série (X n’est que très peu violent physiquement et mentalement, somme toute). Onze heures d’une rêverie shôjo aux accents wagneriens peuvent tenter ; car il y a trop de choses laides ou médiocres en ce monde pour se refuser l’aventure made in Clamp. Et qui sait, certainement qu’entre deux feux, vous verrez dans les somptueuses ébauches toute la matière suffisante à faire vibrer de toute votre chair, la suggestion, ça sert à cela.

Charlie Vasilyeva

Notes :

(1) Maison d'édition.

(2) Manga à caractère pornographique destiné à un lectorat exclusivement féminin, mettant en scène des relations homosexuelles (comment c'est tourné proprement !).

(3) Déesse du soleil dans la mythologie shintoïste.

(4) La Mer de la Fertilité, édité en français par Guallimard.

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