Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu Papier/Pellicule
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

FÊTE DE L'ANIMATION DE LILLE 2008 - Reportage complet

"Nous nous excusons auprès du public qui n’a pas pu rentrer, et aux personnes qui ont dû subir de longues heures de files d’attente", dixit l’organisateur Rencontres Audiovisuelles sur la page d’accueil du site Web consacré à l’évènement : on a connu des désagréments plus malheureux… Force est de constater que malgré la concurrence de Paris Manga et, plus localement, de la traditionnelle distribution du Chti (1) au centre ville, le public a répondu en masse à l’appel de l’animation. Plus de 20.000 visiteurs (soit presque 3 fois plus que lors de l'édition 2006) se sont pressés dans le dédale de couloirs du TriPostal tout au long de ce week-end du 7 au 9 mars. Effet de mode causé par le film de Dany Boon Bienvenue chez les ch’tis ou non, le festival lillois avait tout pour plaire... Récit d’une consécration.

Une victime de son succès ?

Bien avant l’ouverture des portes vendredi après-midi, le pavé jouxtant la gare était déjà battu par bon nombre de jeunes otakus, rejoints plus tard dans la soirée par leurs aînés venus amorcer le week-end avec l’une des soirées electro-animées que proposait l’organisateur. Cette file n’a pas désempli durant les 3 jours, attirant selon les périodes des vagues de lycéens, étudiants ou familles, tous bravant le temps maussade dans l’attente de pénétrer l’enceinte du TriPostal et de découvrir les nombreuses surprises que nous réservaient le festival.

Avec plus de 7000m² répartis sur 3 étages, il y avait de quoi se perdre dans les méandres de cet ancien centre ferroviaire. Et si chaque détour révélait au visiteur la surprise d’un exposant, d’un bar ou d’une activité associative, c’est au prix d’un agencement parfois bancal de ces mêmes participants notamment des associations, cantonnées dans un long, sombre et étroit couloir ne favorisant guère le contact. De même, l’espace activités, coincé au rez-de-chaussée entre les caisses et la convention de l’éditeur roubaisien Ankama, ne pouvait être rejoint que par un détour via l’extérieur du TriPostal. De fait, les associations habituelles (Tengumi, Japon & culture ainsi que Meluzine, cette association depuis longtemps prometteuse qui tend à s’imposer en hégémon sur le tissu associatif spécialisé) qui ont officié dans cet espace n’ont pas forcément bénéficié de tout les moyens logistiques d’un G.A.M.E. in Paris pour leurs activités, ni d’un public véritablement réceptif dans une zone de passage continuel.



En dépit de ce qui ne constitue que des détails mineurs qui ne seront même pas à corriger si, fort de son succès, le festival s’envole une nouvelle fois vers d’autres cieux encore plus spacieux, cette 4ème édition de la Fête de l’animation a été un véritable succès. Bénéficiant d’une réelle visibilité (dont on a souvent déploré le manque lors des premières éditions) dans les médias locaux, le festival s’est également doté d’une crédibilité devenue inébranlable par la professionnalisation incontestable de ses organisateurs aussi bien que par les invités et la qualité des activités proposées.

Un pari gagné

Coté pro, si seuls des éditeurs plus modestes (Soleil) et/ou locaux (Anima) ont fait le court déplacement dans les contrées nordiques, les grands noms de l’édition manganime en France (Kaze, Dybex, Beez…) ont, à défaut (et s’en plaindra-t-on vraiment ?), assuré le spectacle dans 5 salles de projections spacieuses et confortables : Ergo Proxy, GITS S.A.C., Elfen Lied, Air Gear, Paprika, Ichi the Killer, Genshiken, .Hack//ROOTS ou encore, Metropolis
La rencontre avec Katabuchi Sunao (collaborateur de Miyazaki Hayao) que les organisateurs avait proposée en novembre dernier, avait fait prendre au festival une ampleur nouvelle qui s’est traduite lors de la convention de mars 2008 par l’invitation de plus d’une cinquantaine d’auteurs de BD et d’animateurs venus de partout… sauf de l’Asie. On touche ici à l’un des enjeux majeurs qui caractérise cette convention lilloise : le pari de l’ouverture, ou comment faire cohabiter des geek et des otaku avec ces bédéphiles franco-belges et amateurs de culture animée (sans frontières) que l’on retrouve en général plutôt à Angoulême qu’au bord de la Belgique.



Favorisé par une segmentation par étage des différents univers, le melting-pot a fonctionné à merveille puisque l’ensemble des publics visés s’est rendu au TriPostal pour assister à des conférences et autres rencontres animées starrées par l’américain Bill Plympton (How to kiss, Sex & violence, Surprise cinema, Faded roads…), ancien caricaturiste du New York Times et primé à Cannes en 2001 pour son court-métrage animé Eat. Coté projections, des studios novateurs ont bénéficié de cartes blanches pour illustrer leur talent à l’image de Xilam qui aux vues du succès de ses récentes productions à l’univers si particulier (Les zinzins de l’espace, Oggy et les cafards, Les nouvelles aventures de Lucky Luke auxquelles avait participé Alain Chabat) est appelé à devenir un grand. Enfin, si quelques expositions étaient dédiées à de grands classiques nippons (Nana, Bleach, Blame), les plus intrigantes étaient sans conteste les expositions de l’association Praximage (qui suit depuis des années la Fête de l’animation) sur les appareils de projection et du CGRI (Commissariat général aux relations internationales de Belgique) portant sur Émile Cohl (Les pieds Nickelés), la naissance du cinéma d’animation et les premières adaptations de BD. Le tout couplé à des ateliers et conférences, histoire de joindre les paroles au geste comme l’utile à l’agréable…

Avec ses activités aussi diverses que ludiques et instructives, le TriPostal a revêtu en ce second week-end de mars 2008 des airs de muséum - d’histoire animée. Mais pas de ces musées figés dans leurs archétypes rigides et conservateurs. Les septième et neuvième arts y sont consacrés, l’animation et la bande-dessinée abordée par la convention comme une culture entière et à ce titre, traitée dans son ensemble, sans frontières artificielles. La Fête de l’animation n’aura jamais aussi bien porté son nom que dans cette 4ème édition et représente, par son œcuménisme, ce qui est arrivé de mieux pour la promotion de l’animation asiatique en France. Le festival pourrait un jour venir titiller la grand’messe Japan Expo, qui sait…

Thomas Chibrac

Note :

(1)
Le Chti est le guide gratuit de la métropole lilloise réalisé par des étudiants de l'EDHEC (École des Hautes Études commerciales du Nord) depuis 1973. En 2006, il est distribué à 250 000 exemplaires gratuits, son lectorat est évalué à 1 million de personnes. La distribution du Chti fait l'objet tous les ans de grandes manifestations dans le centre ville de Lille et dans toute la métropole lilloise.

Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême