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[JAPAN EXPO 8] SUK JUNG-HYUN, auteur de Fantôme - INTERVIEW

Interview réalisée dans le cadre de l'édition 2007 de Japan Expo

C'est dans le cadre de la Japan Expo 2007 qu'Orient-Extrême a pu rencontrer Suk Jung-Hyun, l'un des auteurs les plus intéressants qu'avaient fait venir pour l'occasion des éditions Casterman, dans le cadre de leur collection de manwha (bédé coréenne) Hanguk. On avait apprécié son one-shot Fantôme, oeuvre graphique au découpage cinématographique ultra-efficace, et au desin à milles lieux de l'esthétique manga ; on n'avait plus qu'à lui poser nos questions.

Orient-Extrême : Bonjour. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la BD ?
Suk Jung-Hyun :
Je n’ai pas décidé de le faire à un moment précis : j’aime la BD depuis tout petit et c’est venu tout naturellement.

Orient-Extrême :A la suite de votre passage aux Beaux-arts notamment ?
Suk Jung-Hyun :
Pas tout à fait, c’est vraiment une passion que j’ai depuis tout petit, je lisais beaucoup.

Orient-Extrême : Vos manwha sont très cinématographiques aussi bien au niveau des découpages que des plans et l’on ressent parfois des similitudes avec Hing Kwan Tak. Quelles sont vos influences ?
Suk Jung-Hyun :
Ma spécialité à l’université était déjà l’animation. Par ailleurs, il est vrai que j’adore Hing Kwan Tak mais j’ai surtout été influencé par Park Chan-Wook (Old Boy) et par Bong Joon-ho (Memories of murder).

Orient-Extrême : À part dans ce manwha où les objets - les robots – sont en 3D, avez-vous également travaillé sur de l’animation ?
Suk Jung-Hyun :
En réalité pour ce qui est des robots, je n’ai pas véritablement travaillé à l’aide de logiciels de 3D, mais un ami a adapté graphiquement mes dessins. Je suis le mecha-designer et il "nettoie" mes robots pour qu’ils soient plus fonctionnels.

Orient-Extrême : Justement à propos de l’animation, comptez-vous un jour mener un projet dans ce domaine ou vous limiter au support papier ?
Suk Jung-Hyun :
Je pense que bon nombre de personnes sont plus spécialisées dans l’animation que moi. De fait, je souhaite simplement me consacrer à mon support. Cela dit, si l’occasion se présente, pourquoi pas, mais je ne cherche pas forcément à m’orienter - professionnellement parlant - vers l’animation.

Orient-Extrême : Comment travaillez vous votre dessin ? Utilisez-vous la photo ? Quelle est la part du numérique dans votre dessin ?
Suk Jung-Hyun :
100% numérique, je travaille uniquement sur palette. Mais ne pensez pas que je ne retouche jamais rien ! Par exemple pour les photos, je suis mon modèle, je pose pour pouvoir ensuite les consulter et travailler dessus pour réaliser mes BD.

Orient-Extrême : Fantôme est très engagé politiquement. Est-ce une évidence de part son origine, sachant que bon nombre de jeunes auteurs coréens partagent cet engagement ? Est-ce dû au conflit avec la Corée du Nord ? Comment ressentez vous cet engagement qui transparaît dans votre œuvre ?
Suk Jung-Hyun :
En fait ce n’est pas tout à fait dû à la situation politique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud : je veux avant tout parler et dénoncer la toute-puissance des médias, quels qu’ils soient, où qu’ils soient.

Orient-Extrême : A ce propos, vous critiquez fortement leur pouvoir et vous trouvez dans le net un moyen de dépasser cette suprématie : dans Fantôme, Internet est en effet le moyen de dépasser ces médias. Et Hakim Bey, philosophe anarchiste américain a été le premier à théoriser cette résistance d’Internet par rapport aux médias traditionnels. Or récemment, il s’est rétracté en déclarant qu’Internet n’était pas un moyen de résistance. Quelle est votre position : Internet fera-t-il de la résistance ou se fera-t-il phagocyter par les autres médias de masse ?
Suk Jung-Hyun (après mûre réflexion) :
Internet est une façon de communiquer interactive et qui permet de confronter plusieurs points de vue, contrairement aux autres médias traditionnels tels que la télévision. Par contre, le danger réside dans le fait que les internautes puissent être eux-mêmes ces médias déguisés qui profitent de l’anonymat du net pour s’infiltrer, il faut y faire attention. Il faut aussi dire que le pouvoir d’Internet en Corée est très important : en 2007 par exemple, trois vedettes (chanteurs, actrice) se sont suicidées suite aux critiques formulées par de nombreux internautes à leur encontre. En fait Internet est si puissant qu’il peut sauver quelqu’un... comme le tuer ; c’est en cela qu'il est particulièrement dangereux. Dans Fantôme, le premier volume parle du média télévisuel, le tome 2 fait une incursion dans le monde de l’art et le 3ème est basé sur les thématiques du web.

Orient-Extrême : Vous vous inspirez donc des enjeux de l’actualité et de l’avenir…
Suk Jung-Hyun :
Oui, c’est ça.

Orient-Extrême : Dans Fantôme, on dénote une peur mais aussi une fascination pour le mythe de l’homme nouveau créé par la cybernétique. Quelle est votre vision de cette évolution finalement ?
Suk Jung-Hyun (réfléchit longuement à nouveau puis se lance dans une explication animée) :
Pour l’instant les surhommes ne peuvent pas vivre longtemps car ils consomment beaucoup plus d’énergie. Par exemple boire un verre d’eau hydratera beaucoup moins le surhomme que l’homme, enfin c’est une métaphore… (rires). La différence entre un "génie" et un "idiot" est qu’ils réceptionnent différemment l’information et cela met en exergue cette manipulation exercée par les médias : l’évolution humaine par la cybernétique n’est en fait qu’un prétexte pour soulever ce comportement extrémiste.

Orient-Extrême : Est-ce qu’à travers les thèmes évoqués, vous vous sentez proche du réalisateur japonais Oshii Mamoru ?
Suk Jung-Hyun :
C’est une question que l’on me pose beaucoup : j’apprécie vraiment beaucoup Oshii Mamoru ! Mais ce qui m’a directement influencé, c’est une œuvre coréenne qui date de 2002. Cette BD est très peu connue mais c’est pourtant une œuvre de référence, presque scolaire.

Orient-Extrême : Vous employez des couleurs gris vert comme Park Chan-Wook dans Old Boy est-ce juste esthétique ou c’est pour illustrer votre propos dans l’histoire ?
Suk Jung-Hyun : (marquant une grande satisfaction) :
Je vous remercie de la comparaison ! J’aime beaucoup Park Chan-Wook mais ce n’est pas de Old Boy que je me suis inspiré car Fantôme... a été réalisé avant... (rires)

Orient-Extrême : Dernière question : Savez-vous comment l’œuvre a été reçue en France ? Comment êtes-vous perçu en Corée ?
Suk Jung-Hyun :
Pour la France je ne sais pas. En Corée beaucoup de monde m’encourage mais je ne m’en rends pas compte. J’espère me faire connaître par ce passage en France.

Orient-Extrême : Merci beaucoup.
Suk Jung-Hyun :
Merci !

Propos recueillis par Arnaud Lambert
Remerciements : les éditions Casterman

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