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[JAPAN EXPO 8] STAN SAKAI, auteur de Usagi Yjimbo - INTERVIEW

Interview réalisée dans le cadre de l'édition 2007 de Japan Expo

Habitué des festivals européens, Stan Sakai était à l'occasion de Japan Expo, en séance de dédicaces au stand Paquet qui publie son Usagi Yojimbo, une oeuvre décalée et pourtant réaliste narrant les pérégrinations d'un lapin samouraï dans le Japon du 17e siècle. Avec naturel et humour, le dessinateur évoque son univers original baignant entre esthétiques orientale et occidentale, illustrant les diverses influences de ce Japonais vivant aux Etats-Unis.

Orient-Extrême : Qu'est-ce qui vous a amené à dessiner un héros aussi original que Usagi Yojimbo, un lapin samouraï ?
Stan Sakai :
J'ai grandi en regardant les vieux dessins-animés japonais et les films de Kurosawa. Je voulais créer une bande-dessinée sur la vie de Miyamoto Musashi, un vrai samouraï qui vivait dans le Japon du 17e siècle. Un jour, j'ai dessiné un lapin avec les oreilles nouées et le croquis m'a vraiment plu. J'avais trouvé mon héros.

Orient-Extrême : Pourquoi avoir choisi de mettre en scène des animaux plutôt que des hommes ? Y a-t-il une symbolique derrière cette galerie de personnages si particuliers ?
Stan Sakai :
A l'origine, l'idée d'un lapin m'est venue tout naturellement, j'ai ensuite pensé qu'un récit historique mettant en scène des animaux serait plus drôle et intéressant. Et en effet, je n'ai pas choisi au hasard le personnage du "lapin blanc". Dans le folklore japonais, un lapin blanc vivrait sur la lune et cuisinerait des mochi. Cet animal est très important dans les croyances nippones et symbolise un être gentil et lumineux. C'est ce qui m'a poussé à dessiner mon héros de cette manière.

Orient-Extrême : Transformer Musashi Yojimbo en lapin samouraï était quand même une entreprise osée. Vous semblez vouloir allier des notions peu compatibles dans votre oeuvre comme Histoire et fantaisie. Comment faites-vous la part des choses ?
Stan Sakai :
J'essaie de faire autant de recherches que possible. J'ai par exemple écrit une histoire sur la cérémonie du thé dans laquelle j'ai tenté de rendre avec fidélité ce rituel en ajoutant très peu de narration mais beaucoup de détails. En fait, un des tomes de Usagi Yojimbo, la Faucheuse d'herbe (le tome 12) a même été utilisé comme manuel de référence en classe d'Histoire japonaise dans une université ! La Faucheuse d'herbe était d'ailleurs le premier ouvrage dans lequel j'ai trouvé bon d'ajouter des notes. J'y ai détaillé les oeuvres que j'avais lues et je donnais plus d'informations sur des sujets importants comme les principales batailles de l'époque. J'espérais que tous ces renseignements permettraient aux lecteurs de mieux comprendre l'oeuvre. Si je mets en scène un univers fantaisiste, je reste toujours au plus proche de la réalité historique.

Orient-Extrême : Vous semblez d'ailleurs apprécier cette esthétique de l'entre-deux. Votre style balance également entre influences occidentales et orientales et ne peut véritablement pas être étiquetté. Comment définiriez-vous votre propre style ?
Stan Sakai :
En effet, Usagi Yojimbo ressemble à un manga mais raconté d'un point de vue européen. Je connais pourtant bien les mangas, lorsque j'étais jeune je lisais beaucoup de manga de Tezuka (Osamu). Cependant, je pense que ma manière de narrer une histoire est typiquement occidentale.

Orient-Extrême : Vous disiez tout à l'heure que vous admiriez les films d'Akira Kurosawa. Usagi Yojimbo semble avoir justement emprunté un mode de narration typiquement cinématographique ...
Stan Sakai :
Oui oui ! Ma manière de de raconter est réellement plus influencée par le media cinéma que par les comics ou les bandes-dessinées. J'ai beaucoup appris d'Akira Kurosawa comme je l'ai déjà dit, j'apprécie également l'oeuvre James Cameron et surtout cette manière qu'il a de présenter ses personnages. En filmant des attitudes, des postures, il parvient à dévoiler la personnalité de ses personnages. J'aime aussi Steven Spielberg, lorsqu'il est bon (rires).... et beaucoup d'autres.



Orient-Extrême : Vous avez également dessiné Usagi Yojimbo dans divers univers : comme Usagi Yojimbo dans l'espace. Pourquoi avoir voulu mettre en scène des périodes historiques différentes ? Cela vous permet-il de développer des aspects différents des personnages ?
Stan Sakai :
Dans Usagi Yojimbo dans l'espace, le héros est le descendant du premier Usagi. J'ai ainsi pu établir un arbre généalogique des Usagi jusqu'au 21e siècle, mais il y a également des Usagi dans le futur.... cette idée m'est venue, parce que.... j'aime dessiner les dinosaures ! (éclate de rire devant l'étonnement des journalistes) J'aime dessiner les dinosaures et j'aime dessiner Usagi et je voulais faire une histoire avec ces deux personnages-là.

Orient-Extrême : En parlant d'univers différents... Pensez-vous que l'apparition de Usagi Yojimbo dans la série télévisée des Tortues Ninja était une gageure?
Stan Sakai :
(rires). Vous savez, je dessine Usagi Yojimbo depuis 1984, et ce fut l'année où les Tortunes Ninja apparurent pour la première fois. A ce moment, le créateur des Tortues Ninja et moi sommes devenis amis. Nous avions tous les deux dessiné des comics et nous apprécions nos travaux respectifs. Tout à coup, les Tortues Ninja ont eu leur propre série télévisée, leurs jouets etc... Lors d'un festival de comics aux Etats Unis, je parlais à Peter Laird, l'un des créateurs des Tortues Ninja, et il m'a dit qu'il voulait le jouet de Usagi Yojimbo ! (rires) Je lui ai répondu "D'accord!". Et c'est ainsi que tout a débuté ... parce que nous étions amis. Maintenant Usagi apparaît dans la nouvelle série des Tortues Ninja, la nouvelle série. On y aperçoit d'ailleurs tous mes personnages !

Orient-Extrême : De plus Usagi Yojimbo apparaissant dans les Tortues Ninja, c'était quand même un bon coup marketing !
Stan Sakai :
Oui ça m'a apporté plus de fans... mais c'était surtout parce que c'était vraiment amusant (rires). Lorsque les gens sont venus me voir pour me demander de créer des jouets Usagi Yojimbo, la première pensée que j'ai eue était "Ah !! Et combien de jouets pourrai-je avoir ?"

Orient-Extrême : Si votre oeuvre a ainsi percé aux Etats-Unis, êtes-vous reconnu au Japon ?
Stan Sakai :
Il n'y a pas de comics ou de bande-dessinées qui aient influencé le marché japonais. Là-bas, ils ne connaissent pas Tintin ou Astérix par exemple. C'est la même chose avec Usagi. J'ai été invité au Japon et j'ai été assez surpris de voir que certaines personnes me connaissaient. Mais comme vous le savez, Usagi n'est pas publié au Japon. Il a été publié dans 12 langues différentes mais pas en japonais.

Orient-Extrême : Pensez-vous que c'est parce que les Japonais sont moins curieux et s'ouvrent plus difficilement à des arts différents ?
Stan Sakai :
C'est peut-être le cas en effet. Au Japon ne sont publiés que des mangas japonais. Mais je pense que c'est également parce que les manières occidentales et orientales de raconter des histoires sont totalement différentes. En réalité, je n'ai pas vraiment d'explication.



Orient-Extrême : Revenons à présent sur vos influences japonaises. Vous parliez tout à l'heure d'Osamu Tezuka. Il est vrai qu'il est difficile de passer à côté de ses oeuvres lorsqu'on aime les mangas. Qu'est-ce que ce mangaka vous a apporté?
Stan Sakai :
En effet, j'ai grandi à une période où les oeuvres de Tezuka étaient vraiment incomparables. Il y a d'ailleurs une oeuvre que je préfère : Astro, le petit robot bien entendu. et Princess Saphir, une princesse qui se travestit en homme. Et ce que j'ai beaucoup aimé dans cet anime c'était qu'il y avait vraiment un début, un milieu et une fin, avec une conclusion réelle et une manière de raconter très originale. J'ai eu beaucoup de plaisir à le rencontrer, Tezuka est tout simplement un génie: "Manga no Kamisama" (le Dieu du manga, ndlr).

Orient-Extrême : Outre l'incontournable Osamu Tezuka, avez-vous eu d'autres influences japonaises ?
Stan Sakai :
J'aime beaucoup Toriyama Akira avec Dragon Ball et Docteur Slump. J'apprécie surtout l'histoire qu'il raconte et l'humour qui est présent dans toutes les pages. Cependant je préfère quand même les premiers tomes, puisque, surtout pour Dragon Ball, je trouve qu'il y a des longueur : les combats laissent place à d'autres combats, sans réels rebondissements... Cependant, Toriyama Akira a su raconter une histoire plaisante avec des caractères attachants et un humour omniprésent. Et puis... il y a tellement d'autres mangakas ou des animateurs que j'admire, comme le fabuleux Miyazaki Hayao.

Orient-Extrême : En parlant d'animation, le succès de Usagi Yojimbo vous a poussé a adapté votre manga. Comment voyez-vous ce projet ?
Stan Sakai :
Je ne peux pas vous en parler pour l'instant, je n'en ai pas le droit. Tout ce que je peux dire c'est que j'ai eu des offres par des gens qui désiraient en faire un film ou une série télévisée. Mais en réalité je ne me suis pas encore décidé, je leur demande juste de nous montrer un extrait de ce qu'ils voudraient en faire. Pour l'instant on a pu voir des essais en 3D, des cartoons... On a eu de beaux projets et je pense que nous allons plutôt exploiter la voie de l'informatique.

Orient-Extrême : Vous préfèreriez une animation en 3D alors par exemple ?
Stan Sakai :
L'animation en 3D est intéressante, mais j'ai grandi avec la 2D donc je la préfère tout naturellement. Les productions Pixar, par exemple, même s'ils animent par informatique, je ne peux m'empêcher de les considérer comme des animations en 2D. En ce qui me concerne, le plus important dans l'animation est de savoir raconter une histoire et Pixar raconte de faubleuses histoires. En ce qui concerne Disney, l'esthétique reste jolie mais les histoires sont quand même moins intéressantes.

Orient-Extrême : Vous parliez de Miyazaki tout à l'heure... Et entre Miyazaki et Disney, vous préférez ?
Stan Sakai :
Ah Miyazaki, Miyazaki bien entendu ! (rires) Mon anime préféré reste Totoro. Miyazaki est un fabuleux conteur d'histoire.

Orient-Extrême : Enfin, connaissez-vous des dessinateurs européens ?
Stan Sakai :
Je connais Moebius qui était à Los Angeles. Je vais en Europe deux fois par an lors de festivals comme celui d'Angoulême. Il y a tellement de bons dessinateurs dans le monde ... J'ai eu le bonheur de rencontrer toutes mes idoles grâce à mon travail. Des personnes comme Tezuka sensei, ou Stan Lee qui est devenu maintenant un bon ami avec lequel je travaille depuis près de 20 ans maintenant. Il y a Jack Kirby, qui a créé les Quatre Fantastiques, aussi ! Il y en a tellement, que je voulais vraiment connaître et que j'ai pu connaître. J'en suis ravi et je m'estime vraiment chanceux.

Orient-Extrême : Merci beaucoup pour vos réponses.
Stan Sakai :
Merci à vous !

Propos recueillis par Sara Lawi
Avec la participation d'Arnaud Lambert
Photos interview : Adrien Le Goff
Remerciements : Paquet

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