Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu Papier/Pellicule
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

G.A.M.E. in Paris 4, les 14 et 15 avril 2007 : reportage complet

Le festival G.A.M.E. in Paris 4, qui a eu lieu les 14 et 15 avril 2007 à la Cité des Sciences, semble avoir tenu son pari. Les éditions précédentes étaient de plus en plus ambitieuses, gagnant la satisfaction d’un nombre croissant de (jeunes) visiteurs avec un contenu diversifié et une convivialité reconnue de tous. Voyons comment G.A.M.E. in Paris s’est bonifié et a confirmé cette année son rang de convention incontournable derrière la surenchère de JAPAN EXPO

Les allées remplies et le service de sécurité contraint de bloquer momentanément l’entrée induisent un constat tout simple : les visiteurs ont répondu présents à l’appel de G.A.M.E. in ; ceci grâce à la consolidation des acquis associée à quelques nouveautés : les organisateurs sont en effet passés à la vitesse supérieure en affrétant pour la première fois le grand amphithéâtre de 900 places destinés à accueillir les évènements les plus populaires ou médiatiques : le cosplay, la remise des prix Animeland (qui fêtait ses dix ans), une projection de Shinobi, ainsi que le concert des fameux rôlistes du Donjon de Naheulbeuk. La salle de 450 places des éditions précédentes fut transformée : aplanie pour accueillir les dizaines d’activités proposées par Tengumi et le Clan Takeda. Pas de changement en ce qui concerne la répartition globale : l’engouement pour la chose "asiatique" se confirme chez les jeunes avec un "espace manga/animation/musique/mode" bondé (une véritable fourmilière au sous-sol du bâtiment) et un "espace jeux" (cartes, rôle, vidéo, société…) très sage… et surtout terriblement masculin (presque effrayant, même pour nous, festivaliers avertis). Ces deux centres d’intérêts peuvent compter sur une population fidèle, de plus en plus curieuse et nombreuse, que ce soit du côté des visiteurs ou des exposants/animateurs.



Malgré la prolifération d’événements concurrentiels (Manga Expo, Paris Manga, PAGS, etc.), G.A.M.E. in Paris 4 a su tirer son épingle du jeu. Sans aucune prétention exagérée visant à rejoindre JAPAN EXPO, les organisateurs continuent de miser sur une alternative privilégiant les fans et le fun. Cette démarche, la taille encore humaine et les superbes locaux (sur quatre niveaux, tout le contraire d’un openspace géant…) sont autant d’atouts pour G.A.M.E., qui se retrouve néanmoins à l’étroit… On ne se perd pas encore dans les méandres d’une convention titanesque où l’on ne peut passer plus de deux minutes sur un stand si l’on veut avoir assez de temps pour faire un tour à peu près complet des exposants et évènements. Qu’est-ce que G.A.M.E. in Paris 4 avait donc à nous offrir sur ce point ? Nous vous proposons de faire un petit tour des animations et évènements qui ont ponctué le week-end… mais qui nous ont surtout marqués !

Côté exposants, les "usual suspects" (éditeurs, labels, boutiques) étaient présents, rejoints par d’autres jusqu’alors plus frileux, attirés par les plus de 10.000 porte-monnaies ambulants annoncés sur deux jours. On peut citer Beez, Kami, KAZE, Asuka, Tokebi, Ki-Oon, Soundlicious, J-Music Store, JVStore (la musique japonaise persiste et signe !), Manga Distribution, Discount Manga, Bandaï, Kubic… ainsi que le nouvel éditeur Anima, interviewé par Orient-Extrême. Rien d’exceptionnel, pas d’offre à tomber par terre dans les boutiques, mais toujours du choix et les dernières nouveautés du moment à disposition. Les jeunes talents, en particulier dans le secteur de la mode et du design, font désormais partie du paysage, avec des jeunes créatrices vendant leurs pièces uniques de prêt-à-porter, souvent inspirées de leurs univers favoris. Les associations et fanzines [NDFatiha : dont mes chouchous Yaoi France] étaient également bien représentés, tout particulièrement Tengumi et le Clan Takeda qui se partageaient un bel espace rempli d’activités : jeux traditionnels, dessin, peinture, bibliothèque, quizz, karaoké (dans une salle annexe), projections et jeux musicaux… Tengumi et sa filiale Next Stop : Harajuku comblaient d’ailleurs l’absence d’Orient-Extrême et son regretté KARAOKE SHOW (le grand absent du salon, manifestement) avec des concours primés [NDLR : celui de la J-Music fut remporté par OEx !] et l’Idol Academy. Ce nouveau jeu de chant et de danse Jpop délirant, quoique intimiste et trop peu mis en valeur, a permis à ses cinq gagnants [NDLR : dont notre rédactrice musique blonde] de former un groupe et de tourner son clip cultissime dans la Cité des Sciences. Il nous tarde de le savourer, car rien n’a encore été diffusé à ce jour…



Comme d’habitude, G.A.M.E. offrait un sac cadeau à ses visiteurs… qui devaient aller le chercher tout au fond du pôle "Jeux" dans une autre partie du bâtiment. Initiative payante : tous les sacs cadeaux sont partis (on y trouvait des magazines, une figurine Gundam et un vieux DVD Kaze invendable… de quoi rentabiliser l’entrée, merci G.A.M.E !), et l’opération a permis de faire respirer l’antre des gamers mâles, lobotomisés devant leur écran ou leur table, en y faisant rentrer des filles ! Nous vous laissons imaginer les effets des cosplayeuses courtes-vétues emmenées là-bas pour des séances photos… Pas de bouleversement non plus dans cet espace qui ne parvient à satisfaire une fois de plus que les amateurs de jeux de rôle, de cartes (Naruto…) et de oldies en jeux vidéo. Pas de Wii, pas de PS3… l’absence de nouveauté est un gros problème récurrent. Certains n’ont toutefois pas hésité à passer des journées entières sur leurs titres préférés, créant ainsi des files d’attentes interminables. Faudrait-il instaurer des plages horaires ou une meilleure gestion des postes pour que chacun puisse toucher un stick ou une manette et accéder à son petit quart d’heure de gloire ou d’échec ? Ce hall des gamers nous semble en tout cas toujours aussi hermétique et replié sur lui-même.

Pour secouer tout ça, plusieurs évènements ont rythmé le week-end… uniquement dans la partie japonisante, décidément hyperactive. Commençons doucement par la diffusion du film Shinobi en avant-première. On est loin du chef-d’œuvre, mais il est rare de proposer un film live grand public inédit dans ce genre de manifestation. Même JAPAN EXPO ne s’y est pas encore essayé (peut-être LE secteur manquant du festival), mais gageons que cela ne saurait tarder… Dans une autre salle, de soixante-dix places cette fois, étaient projetés les derniers animés Beez, KAZE et Dybex du moment : Ergo Proxy, Chocolat & Vanilla… et trois avant-premières à découvrir : Emerald Gerad, Sorcière de l’Ouest et Princess Princess. Le magazine Animeland profitait de G.A.M.E 4 pour célébrer ses dix ans et remettre des récompenses à une sélection de produits made in Japan… dans la grande et magnifique salle de spectacle de 900 places que les deux cosplays, animation phare de toute convention, ont rempli chaque journée avec une organisation parfaitement assurée par Cosplay Factory. Le public, constitué d’une armée de fans déguisés ou plus généralement de curieux venus encourager et apprécier le show des compétiteurs, a pu apprécier les déguisements inspirés et autres mises en scène, aussi communes pour certaines que farfelues pour d’autres. Notre verdict ? C’était bien, même très bien. Les cosplayers ont fait preuve d’une grande originalité… comme les animateurs qui s’étaient également déguisés pour l’occasion, et faisaient preuve d’un humour et d’une bonne humeur contagieuse, et plus que bienvenus… car malgré la qualité du défilé, le public qui s’était empressé d’attendre devant l’amphithéâtre a certainement, pour une bonne part, profiter des providentielles places assises pour mieux digérer paninis et menu Quick avalés en vitesse, et enchaîner avec la petite sieste rituelle d’après repas… Vous l’aurez compris, le public était assez lent à réagir, sauf lorsque de jolies demoiselles posaient de manière très "suggestive" ou défilaient parées de tenues légères (le groupe féminin Saint Seiya portait des pièces d’armures très fines…). Notons l’originalité de certaines saynètes jouées par les cosplayers, particulièrement bien écrites et interprétées avec force conviction ! Vous pouvez trouver la liste des gagnants sur le site officiel de la Cosplay Factory.



L’autre événement qui valait le détour et qui a assuré un afflux de visiteurs : l’apparition féerique et nanophile du Donjon de Naheulbeuk, téléporté de son donjon puant vers le grand amphithéâtre pour disserter sur le monde heroic fantasy burlesque de Naheulbeuk, monde peuplé de fées pétomanes, et d’ingénieurs nains hyper forts en maths et en bière, avant de nous offrir des mélodies harmonieuses, sur des paroles dignes d’une rencontre entre Pascal Obispo et George Lucas. On retiendra donc un concert dont le surcoût à la billetterie a été diversement accueilli, des costumes et des blagues que seuls les initiés comprendront, et un entrain à faire valser les grands éléphants d’Asie [NDFatiha : je sais, on ne dirait pas, mais j’ai adoré !].

Pour ne pas laisser les fans intellos en reste, G.A.M.E. in Paris a proposé plusieurs conférences. L’une d’entre elles portait sur l’édition du manga, en présence de Ki-Oon, Pika, et Kana. Un débat sage et fort honorable, durant lequel on n’a finalement pas appris grand chose, et que nous résumerons ainsi : l’année 2007 affiche une surproduction au niveau des sorties, ce qui sature le marché français du manga. A part cela, beaucoup de banalités. Plus tard, une autre conférence sur la culture japonaise en France a permis au public de débattre tous azimuts, avec les éclaircissements d’un dirigeant d’institut et d’une expatriée nipponne : Keiko Sekiguchi. Parfois intéressant, malgré quelques rares inexactitudes notamment dans le domaine musical qui perce actuellement. Dimanche, MéluZine animait de main de maître une conférence sur le fanzinat et la presse amateur comme tremplin vers la professionnalisation. Les invités partageaient leurs expériences avec passion mais aussi recul, en répondant à une batterie de questions très pertinentes. Quel dommage que le contenu ce soit réduit au seul fanzinat graphique (BD, illustration…), on aurait souhaité entendre les récits d’expériences de la presse écrite. Une conférence programmée dimanche promettait d’être passionnée, voire houleuse, avec pour délicat sujet le fansubbing et ses relations avec marché de l’édition. Des fansubbers (des fans qui sous-titrent et diffusent des animes avant leurs sorties françaises) et une figure emblématique du monde de l’édition japanim’ et manga professionnelle s’étaient donnés rendez-vous à ce sommet. Les non-dits allaient-ils être révélés ? Qui cache quoi ? Le sang allait-il gicler sur la maquette ? Cette conférence audacieuse fut d’autant plus marquante… qu’elle a étrangement été annulée à la dernière minute, par désertion des protagonistes. Un complot vis-à-vis des consommateurs ? Des pots de vins ont-ils été versés ? Les participants s’étaient-ils déjà entretués en coulisse ? Nous vous laissons cette fois imaginer les raisons de ce non-évènement.



Comme tous les rassemblements de fans, quelque soit le domaine, les visiteurs (de plus en plus jeunes nous semble-t-il) se sont mis sur leurs 31 pour fouler le sol de G.A.M.E. in Paris. Ils n’étaient pas forcément cosplayers, mais voulaient juste se retrouver entre passionnés de Naruto ou encore de mode gothic lolita pour trouver leur beau vampire charmant… Vraiment, cela valait le détour, et qui n’est pas costumé regretterait même de ne pas avoir fait preuve de plus d’imagination et de conviction… Ce n’est plus une convention, c’est un monde peuplé d’êtres étranges, fascinants, tous mus par une même idée : s’amuser et se retrouver entre amis, avec des codes et des intérêts communs, et tant mieux si les autres terriens n’y comprennent rien, ils leur tirent malicieusement la langue. G.A.M.E. in, c’est fuir l’espace d’un week-end la réalité (pas trop quand même), mais la titiller quand il s’agit d’acheter le dernier coffret de son anime préféré (le retour sur terre fait alors particulièrement mal !).

Alors que l’on se demandait si G.A.M.E. in Paris allait pouvoir résister à la multiplication des manifestations comparables, cette quatrième édition fut un succès : plus de visiteurs (carton plein les deux jours, cette fois-ci), plus d’évènements, plus d’espace, une convivialité omniprésente, des infrastructures toujours aussi classieuses et l’un des meilleurs cosplays de France puisque G.A.M.E. est très apprécié des cosplayers. Ce bon bilan ne masque cependant pas deux points noirs : l’absence d’invité asiatiques de marque et un secteur jeux vidéo très pauvre compte tenu du nom du festival… Reste à découvrir comment l’organisation va gérer son succès grandissant lors des prochaines éditions. Le lieu et le planning étaient remplis à craquer ; voir plus grand et ajouter de nouveaux spectacles signifieraient peut-être déménager, prendre de nouveaux risques, et perdre les excellents locaux de la Cité des Sciences. Ne pas grandir comme les autres empêcherait le festival de proposer une offre à la hauteur de ses "rivaux", avec une démotivation des visiteurs en épée de Damoclès. Car si G.A.M.E. n’ambitionne pas de remplacer le mastodonte JAPAN EXPO, il n’y aura à terme peut-être pas assez de place pour toutes les conventions satellites condamnées à en faire toujours plus pour attirer les foules. A ce jeu-là et dans cette évolution constante, espérons juste que l’esprit de proximité perdu par le plus grand, lui, survivra.

Fatiha Zeghir et Eric Oudelet











Remerciements : l'équipe de G.A.M.E. in Paris et de Cosplay Factory
Photos : Fatiha Zeghir & Eric Oudelet
Toute reproduction ou réutilisation est strictement interdite.

Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême