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JAPAN EXPO 7ème impact, du 7 au 9 juillet 2006 : reportage complet

Disneyland japonais, palais impérial du manga, paradis terrestre, centre commercial payant, temple du capitalisme et de la propagande, foire du grand n’importe quoi, lieu de pèlerinage incontournable des otakus de la France entière (et même d’ailleurs), rassemblement géant de jeunes hystériques rejetant les valeurs parentales/occidentales… Japan Expo, le plus grand festival européen du manga - et plus généralement de la pop culture nipponne - déchaîne les passions et se voit qualifié de superlatifs plus extrêmes les uns que les autres selon les sensibilités. La septième édition, revenue d’entre les morts après un an d’absence, est marquée par de profonds bouleversements : nouveau lieu, organisation remaniée, multiplication à foison des activités… Autre constat frappant, on n’entend plus autant de visiteurs soupirer des "enfin chez moi" en poussant les portes du festival… Signe annonciateur d’un changement d’esprit ? Tout visiteur indulgent, consciencieux et préparé comme un soldat aura, du moins on l'espère, trouvé de quoi se réjouir et se satisfaire pleinement d’un certain nombre d'activités pour le moins intéressantes et spectaculaires. Compte-rendu complet de la situation.


Sakura93 rencontre Kakashi_BoGosse

Japon Expo 7ème du nom s'est tenu les 7, 8 et 9 juillet derniers en région parisienne. Le plus grand festival européen dédié aux manga, aux animes et plus largement à la (pop) culture nipponne (avec des incursions chinoises, coréennes… voire internationales) attire un public de passionnés qui dépasse nos frontières. Plus étonnant, la convention confirme son rôle social et son statut de "véritable" lieu de rencontres pour toute une génération d’internet addicts, "tchateurs " et "forumeux" partageant les mêmes intérêts, qui ne s’étaient encore jamais vus en chair et en os (ce qui ne les empêchaient pas le moins du monde d’être amis, voire davantage, à distance). Pour accueillir les 60 000 visiteurs prévus, le festival a troqué son classieux CNIT de La Défense contre l’immense hall du Parc des Expositions de Villepinte, non loin de l'aéroport Charles de Gaulle. De ce détail apparemment anodin découle toute l’architecture de l'ensemble : adieu confortables amphithéâtres et salles insonorisées, on navigue désormais dans un gigantesque hangar totalement openspace. Bienvenue au Rungis du manga et de la japanime ! À côté des stands d’expo/vente et de la foire aux jeux vidéo, les nouvelles "salles" de projections sont érigées avec de simples plaques de contreplaqué de deux mètres de haut, à l’intérieur sont montés des écrans géants… peu lisibles car recevant la lumière extérieure et celle des spots de plein fouet. Quant à la "salle" de conférence, elle n’a droit qu’à des "cloisons" ridicules dignes d’un parc à bébé, laissant intervenants et public subir le brouhaha constant (et le karaoké mitoyen…). Discours inaudibles aux derniers rangs, invités qui ne s’entendent pas sur scène, sérénité du défilé de kimono saccagé… Plusieurs événements prestigieux sont donc gâchés par cette installation improbable (mais la scène était superbe, maigre consolation). Vous l'aurez compris, le bruit ambiant est l’un des problèmes majeurs de cette édition. Autre souci pratique : les sorties sont définitives ! De quoi énerver tout un chacun, d’autant plus que le festival n’avait rien annoncé en ce sens sur son site officiel. Voilà donc le visiteur pris au piège et contrait de perdre une heure de son précieux temps à faire la queue aux cafeterias et pour s’acheter un maigre encas… hors de prix ! Sans parler des ruptures de stock de boisson le vendredi alors que la chaleur est suffocante... (merci aux providentiels éventails promotionnels offerts).



Avant de partir nous promener dans les larges allées (c’est agréable de pouvoir circuler facilement !), petit retour sur les files d’attente. Japan Expo a plutôt bien calculé son coup cette année puisque le public venu en masse est rentré assez rapidement dans l’enceinte du festival, tout est relatif cependant. On parle de 56 000 entrées sur les trois jours, avec des vagues humaines impressionnantes déversées par des RER bondés toute la matinée. Attente divisée par deux par rapport à 2004, staff vigilant et divertissant, fraude limitée : c’est une grande satisfaction. À l’intérieur, la situation est étonnamment tout autre. Le public semble livré à lui-même, et les animations gérées par un encadrement en nombre ridicule par rapport à la configuration des lieux. Par conséquent, le staff présent (quand il n’est pas totalement absent) se retrouve souvent débordé et incapable de faire face aux problèmes. Trois exemples à commencer par celui du début du cosplay "individuel" : toutes les allées sont envahies par des centaines de spectateurs qui n’ont pu trouver une chaise libre. L’évacuation est longue est ardue, avec trente minutes de retard à la clé. Toujours le samedi, toute l’organisation de la conférence et des dédicaces du groupe rock Plastic Tree est chamboulée à la demande express des organisateurs, entraînant la mise en place d’une file d’attente sans matériel de canalisation ni moyen humain pour intercepter les resquilleurs. Dernier exemple : les files d’attente des dédicaces manga/manwha obstruent les allées, ce qui transforme les salles de projections voisines en chemin de passage. On relève beaucoup de situations de ce type, pourtant tout à fait prévisibles, ce qui laisse perplexe…

Boutique géante

Alors que, par le passé, on se déplaçait aux festivals essentiellement pour s’amuser, le visiteur curieux aura vite fait de se transformer aujourd’hui en client potentiel. Un tiers du festival est accaparé par des dizaines de revendeurs qui ne proposent rien d'autre qu'une marchandise des plus banales, et rares sont ceux qui échappent à la règle. La grande majorité des éditeurs se transforme pour l'occasion en dealers de DVD destinés à une clientèle avide de (maigres) réductions. Écrans géants et bannières colorées rivalisent pour ne rien nous apporter in fine : peu de produits originaux, peu de sorties en avant-première et des ristournes quasi inexistantes. Du stock, du choix, mais guère de nouveautés et de raretés.




"Moi, j’ai le plus gros !
- Mais le mien est mieux équipé !"

Fait marquant : beaucoup d’exposants professionnels, éditeurs en particulier, se sont payés de véritables stands au design soigné. On note parmi eux Glénat, aux couleurs de Nausicaä (pour sa prochaine sortie en salle) qui présente quelques celluloïds dans un mini musée. KAZE s'est offert un écran géant pour projeter les bandes annonces de ses animes. Dybex mise sur le spectaculaire grandiloquent avec un rouge et noir séduisant… alors que Beez loupe le train en marche et paraît bien ridicule avec de pauvres tables juxtaposées comme au festival amateur d’EPITA. Côté projections, deux grandes salles (dont une 100% Dybex qui fête ses dix ans) desservent non stop leur flot d’images. On retient les projections inédites des films de Full Metal Alchemist et d’Escaflowne, bien que la séance du premier soit semi-privée (réservée à la presse). Les conditions de visionnage sont telles que l'on galère sec pour ne pas être dérangé par la masse sonore induite par les milliers de personnes grouillant dans le hall. Désespérés ou exténués sont ceux qui tentent l'expérience. Il faut en vouloir, foutre dieu, pour assister, par exemple, à la projection de l'épisode 14 de la série franco-nipponne Oban Star-Racers. D'ailleurs, à l'initiative du site Catsuka.com, une salle d’exposition présente des celluloïds et des croquis de préparation originaux de cette série. Sans prétention mais néanmoins originale et intéressante, son initiateur compte réitérer l’opération à la prochaine fête de l'animation de Lille.



Les éditeurs spécialisés "animation" n’ont pas invité la moindre star asiatique cette année, au grand désarroi des fans. Sont-ils lassés de ramener à leur frais des hôtes d’honneur pour l’unique gloire d’un festival organisé par l’un d’entre eux ? Ce sont finalement les éditeurs "papier" Soleil, Kana, Sakka et Xiao Pan qui se décarcassent le plus à ce niveau, pour le bonheur des fétichistes de dédicace : Aki Shimizu pour la sortie de Suikoden 3, Keiko Ichiguchi, Munuera, Jean-David Morvan, et Hiroyuki Ôshima pour respectivement 1945 et Spirou, Choi Kyu-Sok pour l'Amour est une protéine et enfin Benjamin, artiste chinois qui est la grande star de ce salon et provoque de longues files d'attente. Nous passons outre la flopée d'auteurs coréens ramenés en charter par SeeBD (Saphira, Tokebi...). Pas vraiment d’invités prestigieux à l’horizon : l’amertume gagne le visiteur qui se console tant bien que mal avec diverses conférences : une première donne la parole aux éditeurs manga, une autre est dédiée à IDP / Taïfu Comics, une troisième à la presse spécialisée, une quatrième à l’animateur Kazuhide Tomonaga (Goldorak, Sherlock Holmes, etc.) que nous avons interviewé… Intéressantes mais trop sages et peu excitantes, ces conférences subiront toutes plus ou moins les nuisances sonores et pâtiront de l’absence d’illustration vidéo (pas d’écran pour parler de travaux d'animation !). Les idées étaient là, mais pas les moyens et encore moins les conditions adéquates. Frustrant.



Pour en finir avec le rayon "stands", le véritable intérêt se situe chez les "amateurs". Nombre de fanzines, de dessinateurs confirmés ou en passe de l'être, d’expérimentateurs visuels ont fait le déplacement, un investissement financier parfois lourd (transport et location d’espace). Si tous ne nous convainquent pas, on peut tout de même s'arrêter sur certains d'entre eux. C'est le cas des fanzines BONG! ou Pop-Corn qui rivalisent avec les "grands". Le studio semi-pro MangaPop s'est encore agrandi pour l'occasion, proposant de nombreuses interactions via des tablettes graphiques à disposition du public (et un écran tactile géant). Ce sont les véritables surprises de ce salon, et c'est de ce côté-là qu'il faudrait chercher l'originalité lors des prochaines conventions de ce genre. D’autres amateurs, stylistes cette fois, proposent des accessoires, des corsets, des sacs et autres vêtements confectionnés amoureusement à la maison et inspirés des tendances kawaii, visual kei (rock visuel à la japonaise), gothiques... La mode fait une entrée remarquée et remarquable à Japan Expo, nous allons y revenir. De nombreux autres petits stands originaux agrémentent la balade. On découvre lors de nos déambulations un "maid café" où l’on se fait bichonner par d’authentiques pauvres Japonaises en tenue de soubrette, mignonnes (NDE : ou tout le contraire selon les goûts…) et à la limite de l'âge mature. Les consommations sont très chères et on doit aussi aligner les sous pour se faire prendre en photo avec les demoiselles, ce qui fait crier au scandale les petits otakus français… Japan Expo 2006, c’est aussi l’invasion ou plutôt l’overdose Naruto : les fans peuvent passer le concours d'examen des ninjas au "Konoha village" près du stand Kana, et s'initier au jeu de cartes fortement inspiré de Magic : The Gathering. Comme dit l’adage, il en faut pour tous les goûts… Plus loin s'offre la possibilité de s'initier aux jeux de rôle sur table avec la Légende des cinq anneaux qui immerge dans un univers très japonais entre deux dégustations de bons sushis… au prix écoeurant. On relève aussi la présence d’écoles de langues, d’agences de voyage, de producteurs et labels spécialisés dans la musique asiatique (No Sphere, Soundlicious, J-Music Distribution...), des expositions de maquettes, etc. Il faudrait un annuaire pour tout lister… et trois jours ne suffisent pas pour tout voir.




Show time

Animation reine des conventions, le cosplay et son concours sont naturellement de la fête, organisés par Cosplay Factory. Le défilé "individuel" du samedi et le défilé "groupe" du dimanche se déroulent sur la gigantesque scène d’un vaste espace appelé "amphi", lui aussi monté de toutes pièces, doté de 2000 places assises et équipé de deux larges écrans pour les personnes du fond n’ayant pas pensé à arriver deux ou trois heures à l’avance. Les conditions sont bonnes pour profiter du spectacle ; logique avec une sono qui écrase le voisinage. Show emblématique où les visiteurs viennent s’amuser costumés sur scène, le cosplay attire une foule record de 4000 spectateurs. Bleach, Naruto et (comme d'habitude) les jeux Square Enix sont à la mode. On se demanderait même si les personnages de Final Fantasy ne se sont pas reproduits entre eux dans les coulisses tellement ils pullulent ! La palme de l'originalité revient à Jack Sparrow des Pirates des Caraïbes plus vrai que nature avec ses mimiques, ainsi qu’au héros du jeu Splinter Cell, bien groovy pour l’occasion. Le cosplay est une passion amateur mais la qualité des costumes est parfois vraiment impressionnante, en tous cas beaucoup plus homogène que par le passé avec un niveau de plus en plus relevé, tout comme celui des prestations et chorégraphies préparées par les groupes, dont les improvisations catastrophiques avaient entaché l’édition précédente. Le cosplay de Japan Expo 2006 n’est certes pas aussi spectaculaire qu’espéré (où est passée la Team Fen’X ?) mais ne laisse aucun temps mort et parvient à maintenir de bout en bout l’attention du public. Une réussite.



Bien sûr, de nombreuses autres activités permanentes ou événementielles, tel le déjanté Sushi Quizz, empêchent quiconque de sombrer dans l’ennui ; il faut même souvent faire des choix cruels en sacrifiant un spectacle attirant au profit d’un autre programmé à la même heure. Les visiteurs venus pour la musique japonaise, déjà frustrés par l’annulation de la chanteuse pop Hitomitoi quelques jours plus tôt, se sont donc précipités le samedi, journée la plus chargée, et doivent choisir entre, d’un côté la conférence publique et la dédicace du célèbre groupe Plastic Tree, de l’autre l’excellent concert pop rock d’Anna Tsuchiya (chanteuse du générique de l’anime NANA) précédé du discours vidéo de la mégastar Gackt (qui annonce travailler sur une tournée européenne…). Gageons que la prochaine édition offrira plus de musique pop, cette année uniquement audible dans une toute petite sélection de clips, pas vraiment de première fraîcheur comme annoncée, projetée sporadiquement grâce à la chaîne de télé japonaise Space Shower TV. Toujours en musique, le groupe français Furyo, grand habitué de la convention, interprète lors d’un concert dans "l’amphi" de nombreuses reprises metal de génériques d’animes. Sympathique, la formation n’en reste pas moins toujours aussi figée sur scène. Mort au statisme ! Non loin des conférences se trouve la grande salle de karaoké d’EPITANIME, celle qui a tellement fait souffrir les invités et leur public… Elle a rarement désempli, pour le plaisir des refoulés de Star Academy qui se sont lâchés sur des chansons de génériques et autres standards de la J-Music. Petite dédicace à Jérôme / Saint Seiya de la "Nouvelle Star", guest-star anonyme croisée dans les allées.



Les animations ludiques quotidiennes sont une nouvelle fois gérées par des associations spécialistes, composées de bénévoles motivés. Tsubasa et Tengumi organisent de nombreux jeux qui font souffler un petit vent de folie rafraîchissant (quizz, concours du plus gros mangeur de nouilles, karaokés groupe, une parodie de Qui veut gagner des millions ? et du Maillon faible…). Tengumi a même relevé le pari ambitieux de monter un véritable "matsuri" (une sorte de kermesse typique du Japon traditionnel), à l’intérieur du grand hall de Japan Expo. Ce Tengu Matsuri, un peu kitsch et cheap par manque de moyens compréhensible, propose néanmoins une grande richesse d’activités folkloriques : origami, pêche aux poissons rouges, pochoirs, billard japonais, arbres à vœux… Petite réflexion au passage : si offrir une "salle" plutôt bien isolée (ne soyons pas exigeant pour une fois) et un écran géant à une association comme Tsubasa pour des petits jeux festifs et propices aux cris (ce qui est une excellente chose pour eux et leur public !), on se demande bien pourquoi abandonner les invités prestigieux (parfois venus à grands frais de l’autre bout de la planète) dans un petit parc sans écran ni mur au milieu d’un vacarme incessant et en face des animations les plus bruyantes… Fin de la digression et retour dans les allées du festival. On voit vraiment de tout à Japan Expo et non loin de Tengumi, à côté des jeux de Go et d’échecs japonais dont les fédérations françaises initient les joueurs entre deux concours, le Clan Takeda a monté une bibliothèque et propose des démonstrations d’arts martiaux (taï-chi, pencak silat…) plus impressionnant que droitement effectué. Le dimanche, on assiste à des matchs de catch musclés, un spectacle impressionnant en live (les bastons en dehors du ring…) qui séduit aussi le public féminin. Il faut dire que voir de gros balèzes en slip se taper dessus et simuler des coups complexes, c’est très amusant, ça pourrait même devenir le top du fashion délire !




"Si une goth me dit que je suis un fashion, comment dois-je le prendre ?..."

Fashion ! Le mot est lancé. Le monde de la mode s’invite à cette Japan Expo, avec des moyens à la hauteur des ambitions. Une marque japonaise a en effet loué un emplacement gigantesque pour y installer un podium et une coursive, avec une tour pour la régie et les caméras… Cette machinerie bluffante 100% nipponne en serait presque humiliante pour les installations françaises voisines. Le nom de cette opération séduction d’envergure : Tokyo Style Collection. Au menu du package événementiel : la projection d’un long clip du film Final Fantasy VII Advent Children (on devine maintenant d’où viennent les fonds…), le fameux message vidéo du chanteur Gackt à destination des fans européens, un véritable défilé de mode pro avec des mannequins venues directement de Tôkyô (l’une des sensations du week-end : une collection "annuelle" légère, colorée, pas forcément bouleversante d’inventivité, assez sage mais diablement sexy dans l’ensemble, avec des jeux de formes judicieux et des oppositions de matière électrisantes), sans oublier le concert rock explosif d’Anna Tsuchiya accompagnée de son groupe : un live péchu comme on aimerait en voir plus souvent. Au total, environ deux heures de show qui en mettent plein la vue, avec une sono surpuissante qui crache des décibels jusqu’à l’autre bout du festival. Une attraction qui marque les esprits. En comparaison, les amateurs sont loin d’être ridicules et s’engouffrent avec réussite dans un autre style. L’association ParadoX organise ses propres concours et défilés de mode sur les thèmes du visual kei, des gothic/sweet/fruits lolitas… C’est ainsi qu’elle réunit sur une même scène : d’une part le gothisme sombre et inquiétant, les chaînes et les clous ; et d’une autre les couleurs flashy, le rose bonbon, les peluches et tout l’univers "kawaii" d’une enfance qu’on ne veut pas quitter. Un mélange d’extrêmes assez délicieux, très bien présenté (félicitations aux mannequins et aux jeunes créatrices qui présentent leurs collections), qui ne fera certes pas l’unanimité ("Non Mamie, ne jette pas d’eau bénite sur les photos du défilé !") mais qui n’a pas à rougir face aux professionnels. Vous pourrez en visionner quelques extraits dans le clip au bas de cette page.



Avant de dresser un bilan de cette septième édition, attardons-nous sur le dernier pôle majeur, celui que squattent encore beaucoup de mâles : les jeux vidéo. Certains éditeurs profitent de l'événement pour présenter leurs prochains titres, jouables et en accès libre. SEGA nous dévoile ainsi son prochain Sonic sur Xbox360, speed et agréable, une grande réussite au contraire de Yakuza qui ne séduit pas car trop proche d’un Shenmue, en plus lent et dépassé techniquement. On note aussi la présence du nouveau Phantasy Star (graphiquement remis à niveau), Virtua Tennis 3 et House of the Dead 4 (de dignes suites de leurs séries respectives). Chez Capcom, Lost planet fait saliver ceux qui attendent sa sortie pour s'acheter une Xbox360. Dead Rising, très attendu lui aussi, souffre d’un gameplay encore brouillon et poussif, à corriger avant commercialisation. Okami, en revanche, novateur, intuitif, esthétiquement stylé et exotique, provoque une réelle excitation ; un futur hit à ne pas louper. Pas de surprise chez Bandai, l’éditeur mise sur ses licences juteuses dérivées en jeu de baston : Dragon Ball Z, Naruto, One Piece… qui attirent la testostérone. Indéniablement, c'est le stand Nintendo qui draine le plus de visiteurs. Pas de Wii (leur nouvelle console) mais un Zelda Phantom Hourglass et un Starfox inédits sur DS, associés aux autres succès de l’éditeur. Nintendo joue les pères noël avant l’heure : distribution de cadeaux à gogo : une centaine de consoles DS, des t-shirts, des montres, des jeux, des badges… et des slips verts Pokémon que le public s’arrache. On en retrouve même un vissé sur la tête d’une fille quelques minutes plus tard, ça lui fait de belles couettes.
Une salle d’arcade (avec ses gros meubles dédiés dotés de sièges baquets, de flingues ou encore de maracas selon les titres) attire des hordes de gamers prêts à faire la queue des dizaines de minutes pour jouer un instant gratuitement aux gros hits qui leur coûtent habituellement une fortune en pièces de monnaie. A quelques pas, l’association M-Games fait la joie des fans de jeux musicaux : on bondit sur une plaque de métal aux sons de rythmes épileptiques, on gratouille des guitares en plastique, on frappe une batterie aux airs de jouet Playschool, on chante devant une télé, on secoue des maracas Fisherprice et on chasse les mouches devant un écran… Autant de diversité ludique à portée de main : du pur bonheur pour les initiés, de l’amusement pour les curieux, et une stupéfaction mêlée de désespoir quant à l’avenir du genre humain chez d’autres.
Comme dans tout le reste du festival, on se surprend à découvrir des curiosités cachées dans les moindres recoins, comme de vieux jeux et consoles qui tirent des larmes aux vétérans, et un stand indépendant tenu par des développeurs amateurs de RPG (role playing game, jeu de rôle). Nous tenons à saluer leur courage et leur travail, tout particulièrement sur Shadow of Life (http://ff6sol.com) qui s'affuble d'un character design typé manga, dans un style Square Enix. Souhaitons-leur bonne chance.




Nostalgie ?

Vous l’aurez compris à la longueur de ce reportage pourtant non exhaustif, plus encore qu’en 2004, Japan Expo cuvée 2006 fourmille de stands, de produits, d’expositions, d’activités, de spectacles, d’animations et de jeux en tout genre, parfois en dérivant du sujet de départ. Au moins, on peut dire que chacun a pu y trouver son compte… à conditions de ne pas être trop exigeant sur la présentation ni sur le côté intellectuel de la culture représentée (hum, hum…). Il faut également savoir fouiner et être débrouillard car Japan Expo, c’est aussi un joyeux bazar, surtout lors des gros événements qui ont montré l’incapacité du staff à faire face. Le manque de moyens humains et matériels évident associé aux nuisances sonores omniprésentes constituent les deux gros points noirs de cette édition nouvellement installée à Villepinte. Certains reprocheront aussi la perte d’un standing, le manque de convivialité et la disparition d’un état d’esprit au profit de la loi de la jungle… "Japan Expo, c’était mieux avant", oui, très certainement ; mais Japan Expo pourrait aussi se surpasser dans le futur en s’appuyant sur ses nouveaux acquis : un espace vaste et des événements professionnels spectaculaires. Il va absolument falloir régler certaines problématiques, celles venant d’être évoquées évidemment (chose probablement impossible dans une configuration spatiale strictement identique), mais aussi d’autres en backstage… Il y a du boulot, et une probable augmentation du prix d’entrée ne nous étonnerait pas lors d’une éventuelle prochaine édition…

Guillaume Duguey, Eric Oudelet et Arnaud Lambert




Le site officiel de Japan Expo : www.japan-expo.com

Photos :
Eric Oudelet, Elie Démichelis et Arnaud Lambert (sauf Tokyo Style Collection)
Toute reproduction ou réutilisation des photos, de la vidéo et/ou du reportage est strictement interdite.
Lecteur Flash 8 requis pour visionner le clip et le diaporama, téléchargeable ici.


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