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FULL HOUSE

Disponible en DVD zone 3 coréen (sans sous-titre) et en édition sous-titrée anglais aux éditions PMP Entertainment 

Incontestablement le Drama sud-coréen le plus populaire de ces dernières années, Full House continue de charmer un public toujours plus vaste par son innocence, son dynamisme et son humour léger. Aucune originalité à trouver dans le thème (conte de fée des temps modernes dans lequel le Prince charmant endosse le costume d’acteur et la Cendrillon celui d’écrivain amateur), la force de Full House est ailleurs. Avec un réalisateur efficace en la personne de Pyo Min-Soo (connu aussi pour In-Soon is pretty qui a cartonné en 2007 en Corée et dont les Américains souhaitent faire un film) et un casting de premier choix (entre autre Jung Ji-Hoon, alias Bi Rain, superstar de la pop coréenne, et Song Hye-Kyo connue pour avoir joué dans le poker drama All In), Full House s’impose comme LE drama romantique coréen de référence.

La malicieuse et extravertie Han Ji-Eun (Song Hye-Kyo), orpheline depuis le collège, vit dans une grande maison en bord de mer appelée "Full House". Un jour, ses deux meilleurs amis (les êtres les plus inconcevables qui soient) lui offrent un voyage factice à Shanghai et, pendant son absence, en profitent pour vendre sa maison au célèbre acteur coréen Lee Young-Jae (Bi Rain) afin d’empocher tout l’argent et éponger leurs dettes. En rentrant chez elle, Han Ji-Eun apprend que sa maison a été vendue à Lee Young-Jae. Sa demeure étant tout ce qui lui reste d’héritage familial, elle convient d’un accord avec l’acteur pour une colocation temporaire.

Opposites attract

Si l’histoire est conventionnelle (son improbable point de départ mis à part), le traitement de cette dernière fait tout l’intérêt et la popularité de Full House. Le crédit attribuable aux scénaristes Min Hyo-Jeong et Won Soo-Yeon ne se situe certainement pas dans la dénaturation du sérieux du manhwa de Won Soo-Yeong dont ils s’inspirent, ni dans la gestion de la romance qui aurait mérité une douzaine d’épisodes et non les seize qu’elle affiche au compteur (les quatre derniers épisodes étant un match retour, d’une densité émotionnelle moindre, qui ternit l’éclat du drama). Leur talent réside dans la création de personnages très humains, avec des caractères très différents et des manières d’affronter les difficultés de la vie en contradiction totale.



Si un visionnage en surface de Full House reste agréable et divertissant, par la simple force d’acteurs charismatiques et drôles (personne n’aurait parié sur le potentiel comique de Rain, qui se révèle aussi accrocheur que Song Hye-Kyo), la philosophie des personnages se dévoile plus dans les non-dits qu’à travers leur discours tantôt puérils, tantôt emplis de sagesse. Ce sont les attitudes qui révèlent les tumultes intérieurs. A ce petit jeu, l’actrice Han Eun-Jung, qui joue le rôle de Kang Hye-Won, la meilleure amie de Lee Young-Jae, est stupéfiante de naturel. Une approche superficielle de son personnage peut la rendre antipathique et égoïste, tandis qu’une plus personnelle et attentive permettra de découvrir une jeune femme perdue, consciente qu’elle n’agit pas vraiment bien pour servir ses intérêts. Il en va de même pour le sexy Kim Sung-Soo qui endosse le rôle de l’homme d’affaire à succès Yoo Min-Hyuk, lui aussi vieil ami de  Lee Young-Jae, qui tombera amoureux de Han Ji-Eun et apprendra à ses dépens qu’il n’est pas aisé de conquérir le cœur d’une femme.

Ainsi, Full House ne livre pas ses secrets à un œil morne moyennement intéressé ; il impose au spectateur de s’investir dans la romance pour en comprendre toutes les subtilités et la délicatesse. C’est un drama à deux vitesses, et il est vivement conseillé de passer la seconde.

Rien n’est laissé au hasard...

Autre particularité de Full House : les deux héros sont de vrais gamins, lâchés trop tôt dans la vie, tandis que les seconds rôles sont beaucoup plus matures et, de fait, manipulent activement nos deux naïfs. La richesse des personnalités s’étend à la famille de Lee Young-Jae, dont la grand-mère faussement aigrie n’en rate pas une et complote dans le dos de son petit-fils. Ces caractères s’entremêlent dans une harmonie très réaliste qui reflète l’amour souvent réprimé que des êtres peuvent se porter. Des actions ridicules se transforment en messages privés lourds de sous-entendus, comme la chanson enfantine des trois ours que Han Ji-Eun chante devant la famille de Lee Young-Jae lors des présentations, situation délicate s’il en est (un homme peut rejeter la femme qu’il aime parce que sa famille la désapprouve). D’abord bouche bée, la famille ne tarde pas à faire de cette boutade musicale un symbole d’amour propre à eux seuls… Jusqu’à ce que le spectateur séduit ne se l’approprie et n’en apprenne les paroles par cœur (c’est le cas notamment en Malaisie où la chansonnette est devenue populaire).



C’est là toute la force de Full House : les maladresses du scénario, parfois énormes (Lee Young-Jae aurait 34 ans… avec le physique d’adolescent et les 22 ans de Rain, c’est à mourir de rire), sont pardonnées grâce à cette vulnérabilité des personnages qui les humanise et les rapproche du public. D’abord sceptique, on se surprend rapidement à rire, à être triste, voire même à pleurer pour les plus sensibles d’entre nous. Des mots justes et des acteurs qui n’affichent aucune retenue et se découvrent sans complexes donnent à Full House les clés du succès.

Un conte romantique... en phase avec son époque

Un autre point fort est que, en dépit d’une situation de départ complètement ratée, les changements d’attitudes et les retournements de situation ont tous une cause explicite. Ce n’est pas dû à la mentalité lunatique des héros (raccourci bien pratique très – trop - utilisé dans les dramas : certains personnages très sensés se retrouvent parfois à avoir des crises de folie ne servant qu’à rallonger le nombre d’épisodes)… Ici c’est la société coréenne, son carcan disciplinaire et ses principes stricts qui sont la source de toutes les confusions. Il y a le respect des aînés - beaucoup plus important que chez nous -, l’obligation pour les enfants de suivre la voie que leurs parents leur ont choisie sous peine d’être renié, ou encore le pouvoir démesuré des médias – puritains dans Full House - qui peuvent ruiner une carrière en un seul petit article. Point intéressant, les femmes dans Full House semblent plus ouvertes à l’évolution des mœurs que les hommes (la mère et même la grand-mère de Young-Jae poussent le père à passer outre les nombreuses fautes de son fils). Reflet de la société ? Le fait que l’un des scénaristes soit une femme (Min Hyo-Jeong) y est probablement pour beaucoup dans une volonté d’afficher une certaine égalité homme-femme. Ceci dit, le drama, se voulant réaliste et moderne, met en avant l’émancipation des femmes qui va de paire avec le renouveau économique de la Corée du Sud qui se confirme de jour en jour.



Toutes ces restrictions expliquent parfaitement les hésitations et prises de position des personnages, de fait Full House demeure accessible aux non-initiés à la culture coréenne. Si des situations ou dialogues peuvent nous paraître mièvres, fades ou encore stupides au début, on apprend au fil de l’eau à comprendre les sous-entendus cachés, si tant est que l’on ne se lasse pas de la lenteur des discussions très souvent ponctuées de "Hein ?" et autres "Quoi ?" dont on se passerait volontiers. Le drama prenant de l’intensité en continu, les dialogues s’affinent, deviennent plus subtils et l’émotion transparaît dans le moindre petit mot. L’esprit des personnages se révèle petit à petit, on s’attendrit sur leur sort, on sourit des erreurs répétées sottement, si bien qu’au final on adopte leur devise favorite : "Aja aja fighting !" (assimilable au "Banzaï" japonais et qui pourrait se traduire par "Courage !/Longue vie !/etc."). Il est rare qu’un feuilleton fasse autant vibrer un spectateur à chaque épisode. C’est le signe d’une très belle réussite et c’est le cas de Full House, qui, comme un bon livre, sait rendre le spectateur impatient.

Gwenaelle Durand

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