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KOI HA TATAKAI ! (LOVE & FIGHT)

Disponible en DVD zone 2 (Import Japon) dans une édition non sous-titrée

Diffusé en 2003 au Japon, Koi ha Tatakai (littéralement "l’amour est un combat") reprend avec succès les concepts de séries américaines qui ont fait leurs preuves outremer, comme Sex and the city ou Ally Mc Beal, en les adaptant habilement à un public nippon – moins de graveleux, plus de romantisme. La greffe est plutôt réussie, mais pas assez pour mobiliser suffisamment les spectateurs devant leur télé, en une année qui avait vu la série Good luck !! pulvériser tous les compteurs…

Période bénie de Noël. Les rues bienveillantes s’illuminent, les enfants gazouillent en attendant patiemment leurs cadeaux, les couples la bouche en cœur se jurent fidélité devant des sapins gavés jusqu’au tronc de guirlandes colorées, et les célibataires n’ont qu’à se crever un œil en bouffant des marrons en conserve devant la télé, ou se bourrer méchamment la gueule, au choix, comme le font par exemple nos trois principales héroïnes.

Le pacte des louves

Douloureux réveil pour trois femmes en cellule de dégrisement. Après la folle nuit d’ivresse de la veille, force est de constater, bouche pâteuse et gueule de bois à l’appui, que le lendemain n’est vraiment pas chantant. Takamori Hanako, Kinoshita Yukari et Kamiya Kyoko, trois jeunes femmes aux looks et aux parcours complètement différents se retrouvent donc dans un café à Noël à siroter leurs boissons chaudes et à se rebeller contre le monde entier, enfin surtout contre la gente masculine, source de tous les maux de la terre.

Hanako, ancienne journaliste freelance reçoit ses papiers de divorce la veille de Noël, elle qui avait abandonné son travail pour rentrer dans le moule en honorant son rôle de femme au foyer doit à nouveau trouver un emploi et réintégrer le foyer parental, la queue entre les jambes. Quant à Kyoko, l’avocate psycho-rigide célibataire depuis une éternité, après avoir tenté de s’oublier dans le travail, ne peut que constater le désert affectif de sa vie : virée par un client, et mise au pied du mur, elle se retrouve démunie et criblée de doute. Enfin, la troisième et la plus jeune : Yukari, a eu la bonne surprise en rentrant chez elle d’apercevoir une jolie jeune femme à califourchon sur son mâle de petit ami.

Ainsi honteuses et désespérément seules, n’osant s’avouer les causes de leur célibat forcé, elles se décident à établir un pacte : prendre leur destin en main, appartenir de nouveau à cette masse heureuse et grouillante de Noël l’année suivante, trouver des Jules sans aucun scrupule : se battre pour dénicher l’amour, et le garder. Enfin attaquer en groupe, l’esprit combatif de la horde leur permettra de ne jamais baisser les bras et les poussera constamment vers leur objectif.

Le groupe des trois jeunes femmes s’agrandira avec l’apparition d’un personnage fantasque et comique : celui d’Usami Kiriko, une ethnologue plus âgée, un brin farfelue, qui tentera de leur expliquer leur comportement grâce à celui des animaux (mantes religieuses et compagnie pour notre plus grand plaisir). Quatre jeunes femmes célibataires : amies fidèles et attentionnées, s'épanchant sur l'inanité de leur vie amoureuse, s’appelant constamment, se donnant des conseils, mais c’est bien sûr….

Sex and the City version light

Oui, il n’échappera à personne que le drama ressemble diablement à la série américaine qui a rendu célèbre le nom de Carrie Bradshaw (1). On y retrouve de nombreux points communs : cette narration polyphonique caractéristique guidée par le personnage principal permet de détailler les fabuleux destins de ces quatre amies aux caractères bien trempés. : Samantha Jones nymphomane invétérée, Charlotte York la bourgeoise coincée puritaine, et Miranda Hobbes l’avocate libérée, permettent à Carrie d’étoffer habilement sa rubrique sur l’amour et le sexe.

De la même manière, Hanako, la jolie divorcée, devient également l’élément fédérateur de ce quatuor féminin. Grâce à son ami de longue date : Ijyin Gou, photographe de son métier, elle parvient à intégrer l’équipe d’un journal où elle est en charge de la rubrique sur l’amour (ou pourquoi changer une recette qui a fait ses preuves ?). La journaliste exploitera également à des fins professionnelles ces gentilles philosophies de vie issues de ces multiples apports affectifs.

Cependant, les points communs s’arrêtent là : les stéréotypes américains trouvés dans Sex and the City sont habilement remaniés pour coller avec une réalité nippone plus austère : la nymphomane expérimentée passe à la trappe pour laisser place à Yukari : une Office Lady jeune et enflammée accumulant les histoires de fesses sans intérêt, la puritaine inhibée est habilement remplacée par Kyoko, avocate engoncée dans un carcan social qui l’étouffe. Et enfin Kiriko la plus expérimentée des quatre, la plus encline à devenir une Samantha en puissance, gagne en profondeur dans un rôle d’épouse déçue trompant sa tristesse dans des bar d’hôtes.

Le point divergent le plus flagrant (qui a d’ailleurs fait toute la réputation de la série américaine), reste la relative pudeur romanesque qui enrobe tout le drama. Si les mots : vibromasseur, clitoris, orgasme, cul apparaissent dix fois en cinq minutes dans la bouche des héroïnes new-yorkaises, ils n’apparaissent pas une seule fois chez leurs compatriotes nippones. Certes un soir, Hanako pénètre dans un Love Hotel avec un malade sexuel qui sort de la salle de bain vêtu de latex et demande à se faire fouetter, mais là encore le sexe est considéré comme un sujet de comédie. Tout le drama se concentre ainsi sur l’Amour avec un grand A, faisant fi des trivialités sexuelles (c’est encore mieux que Kamisama mô sukoshi dake qui parle de Sida sans jamais montrer de capote !) alors que le patron de base est quand même on ne peut plus sexuel.

Ce traitement comique des intrigues est soutenu par un thème musical ultra kitsch et décalé : le morceau culte d'ABBA, Dancing Queen. La chanson désuète est accompagnée de ressorts comiques que l'on trouve essentiellement dans Ally Mc Beal, comme la matérialisation des fantasmes et des pensées des personnages principaux. Ainsi dès le premier épisode, Hanako à la vue de salarymen à son goût reçoit des flèches en plein coeur. Ces petites apparitions fantasmagoriques sont autant d'indices relevant plus du comic kawaï d'Ally Mc Beal (un univers ludique fleur bleue partagé entre réminiscences enfantines et romantisme benêt) que de la foire aux orgasmes de Sex and the City (les héroïnes y sont présentées comme des trentenaires ou des quadragénaires responsables, ce qui n'est pas le cas d'une Ally Mc Beal infantilisée dans un rôle d'avocate célibataire et fantasque).

Privilégiant le comic-kawaii au sexe pour le sexe qui fait vendre, Koi ha tatakai ! sera à placer sous le signe des comédies romantiques.

Anthologie des comédies romantiques

Le coup de génie de Sex and the city est clairement de parvenir à fusionner plusieurs idylles, ces divers parcours amoureux transcendés par une même conclusion amoureuse apportent une couleur gaie et agréable à la série. Koi ha tatakai à la différence de son modèle américain ne tire pas systématiquement des théories amoureuses à la fin de chaque épisode mais permet de condenser en un seul drama les clichés des comédies romantiques pour le plus grand plaisir des spectatrices.

En effet, l’intrigue principale met en scène Hanako en proie à un dilemme vieux comme le monde : comment choisir entre deux amants que tout oppose ? Ou le retour de la vengeance du triangle amoureux. La journaliste s’est entichée de son bogosse de rédacteur en chef Akutagawa : célibataire aware un brin farfelu mais donnant des ordres (à rapprocher du prestige de l’uniforme, la figure de l’autorité est de notoriété publique un fantasme universel) et Ijyin Gou le photographe à tête de furet, ami de longue date qui compte bien récupérer Hanako après avoir eu la mauvaise idée de la présenter à son ex de mari. Si l’actrice Honjou Manami, permet par la vivacité de son jeu de sauver quelque peu la fraîcheur du dilemme, l’intrigue traîne en longueur et le spectateur n’a qu’une hâte… qu’elle se décide enfin !

Le deuxième cliché abordé dans le drama reste celui de l’amour improbable façon Coup de Foudre à Notting Hill : une actrice mondialement connue tombe amoureuse d’un libraire certes gentil mais issu d’une lointaine bourgade oubliée: deux êtres que tout oppose sont alors rassemblés par un coup de foudre commun. Ainsi qui aurait pu imaginer que les hormones de Kamiya Kyoko, la killeuse du barreau, deviennent folles au contact du beau Tooru, jeune éphèbe aux cheveux mi-longs, sourire ravageur manucuré et épilé qui se révèle être un hôte de charme (2). L’intrigue est déjà plus intéressante mais Misawa Yousuke (véritable nom du jeune Tooru) se révèle être un minet sans grande envergure, qui perd toute ambition et toute crédibilité dès ses cheveux coupés, et a fortiori l’intérêt des spectatrices.

Les intrigues les plus attachantes restent les deux dernières, menées de front par la pétillante Hosho Mai (Tokunaga Haruhiko) et l’excellente Muroi Shigeru (Usami sensei). Les deux personnages constituent les deux figures burlesques du drama : présentées comme enclines aux histoires faciles (elles se retrouvent avec plaisir dans les bars d’hôtes). Elles parviennent pourtant à nous faire passer du rire aux larmes grâce à un scénario tendre et sensible. Ainsi notre jeune Office Lady découvre l’amour auprès d’un jeune homme hors du commun, qui après s’être fait passer pour un autre afin de coucher avec elle, vit de sa passion en s’adonnant à l’art de la calligraphie dans la rue. Et si l’amour c’était aussi simple que ça… accepter et aimer un être pour ce qu’il est uniquement, en s’affranchissant de tous les carcans sociaux et économiques ?

Enfin la romance d’Usami sensei clôt ce quatuor avec une douloureuse question. Après l’Amour… que reste-t-il ? Des regrets, des habitudes, des sentiments… ? Après la douleur d’un amour perdu que reste-t-il ? Des larmes, des souvenirs… oui mais surtout l'espoir d'une nouvelle histoire, un nouvel amour, tout serait alors un éternel recommencement. La douleur est purificatrice et l’amour n’en devient que plus fort.

Adapter la série américaine au Japon était un pari un peu fou. En effet, Sex and the City sans sexe c’est plus qu’une antithèse, c’est comme un Densha otoko sans otaku ou un Long Vacation sans Kimura Takuya (3), ça ne rime à rien… et pourtant le fonctionnement est bien intégré, si les spectateurs n’échappent pas à la mièvrerie qui enrobe le drama, ils adhèrent cependant à des personnages forts et attachants. Et la performance des actrices incarnant ces héroïnes courageuses permet de donner vie à un scénario agréablement léger mais frôlant la frilosité.

Sara Lawi

Notes :

(1) De nombreuses allusions permettent d’affilier le drama à son comparse américain notamment lors d’un épisode, Yukari regarde un épisode de Sex and the City.
(2) Au Japon, les bars d’hôtes et d’hôtesses sont courants et les nippons les côtoient afin de se divertir au bras d’une personne agréable qui les contentera de toutes les manières possibles…
(3) Long Vacation, cette série de 11 épisodes diffusée en 1996 a confirmé les talents du bogosse Kimura Takuya accumulant impitoyablement les succès télévisés depuis 1993.

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