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KOIBUMI (LOVE LETTER)

Disponible en DVD zone 2 (import Japon), sans sous-titre, aux éditions TBS

Koibumi... autrement dit "Lettre(s) d'amour", un des dramas forts de l'année 2003, produit par TBS. Aux francophones chanceux qui ont pu le voir, ou aux encore hésitants...

Shoichi (Watabe Atsuro), prof d’art candide dans un lycée de Kamakura, est marié avec Kyôko (Mizuno Miki) depuis dix ans ; ensemble, ils ont eu un garçon, Suguru, qui a maintenant 7 ans, et se montre plus responsable et mâture que son père. Un jour, Shoichi, venu rendre visite à quelqu’un, tombe dans l’hôpital sur Setsuko (Wakui Emi), le premier grand amour de sa vie. Tandis qu’il revient au cœur de Shoichi un flot de souvenirs puissants et déchirants, Setsuko profite de l’occasion pour lui dire qu’elle est toujours amoureuse de lui, et qu’elle va mourir dans six mois - juste pour dire, hein. Après réflexion, lui aussi réalise que ses sentiments pour elle n'ont rien perdu de leur force, après toutes ces années. Dans un élan d’inconscience mêlée de passion adolescente ressuscitée, il décide alors d’accompagner Etsuko jusqu’à sa mort, et d’être celui qui lui préservera sur son visage un sourire sincère, jusqu'au dernier instant. Quitte à briser son mariage avec Kyôko, qu’il aime toujours autant. D’abord réticente, Kyôko accepte, par compassion, de venir rendre visite à Setsuko avec Shoichi, en se faisant passer pour sa cousine…

Le piège de la compassion ?

Mélodrame conceptuel rappelant le thème récurrent des récents bad trips du cinéma coréen (un homme, une femme, un des deux va mourir, l’autre pleurer), Koibumi, dans sa réalisation résolument télé (beaucoup d'effets de réalisation gauches), son héros mou (le génial Watabe Atsuro, encore dans un rôle de grand gamin après le hit Beautiful Life) et son actrice mourante au départ pas très charismatique, ne laisse augurer pas grand-chose de bon. C’est oublier qu’on a affaire à une série qui a traversé le pacifique... pour deux raisons.

Il y a d'abord le score, sauvant haut la main les meubles de cet emballage formel de facture classique ; signé Remedios, auteur de la sublimissime B.O. du gigantesque chef d'oeuvre d'Iwai Shunji Love Letter, elle transcende la matière filmée, et dès la fin du premier épisode, fait oublier au plus réticent spectateur qu'il a là affaire à de la fiction TV. C'est simplement beau, et c'est ce qu'on cherche dans un mélodrame.

Puis il y a Mizuno Miki (actrice montante depuis le drama Bayside Shakedown, héroine de la série des My Lover Is A Sniper). Partagé entre son besoin d'être humain mortel de tout envoyer ballader, de se fermer aux caprices nobles mais gamins de son mari, de vivre sa vie qui emporte vite l’adhésion en femme-courage, et son amour pour Shoichi, non pas parce qu'il est le père de son fils mais simplement parce qu'il est l'homme de sa vie, elle emporte vite l'adhésion dans son magnifique rôle de femme-courage, adulte se révélant fragile face puis se réveillant adulte, faute d'autre chose, faute de mieux. Plus que Watabe Atsuro ou Wakui Emi (dont la mort est pourtant le centre de tout ce bazar), elle "est" Koibumi, la déclaration d'amour. Que ce fût volontaire de la part des auteurs ou non est peu important, le personnage est là.

D'abord refroidis par un aspect pleurnichard répétitif et quelques gaffes mineurs, on saisit très rapidement toute la beauté des sentiments qui guident les protagonistes, en plein dilemmes dignes des plus grands mélos. Watabe Atsuro, après s’être révélé profondément attachant, arrive à nous faire approuver les actes les plus puérils qu’il commet pour essayer de rendre heureux tout son petit monde ; et lorsque les deux femmes de sa vie se rapprochent contre toute attente, le récit prend son envol vers des cimes du genre très peu fréquentées... jusqu’au final prévisible, mais implacable: quel mélo, que ce soit une histoire d'amour frais ou en reconstruction, nous a jamais réellement surpris ? Là n'est pas l'enjeu principal du genre, beaucoup plus occupé à dessiner des portraits réussis, la clef pour faire pleurer les midinettes.

Cette clef est donc tiré, paradoxalement pas nécessairement à la fin comme un Beautiful Life, mais plutôt tout le long de ce grand drame humaniste, ode au au pardon et à l'amour inssaisissable, porté par deux immenses acteurs en état de grâce.

Puissant, pesant, arrivant au final à faire jaillir une véritable déflagration d’espoir après avoir donné une trentaine d’envies de suicides, Koibumi, en dépit de son emballage visuel juste correct, se révèle être, par la force de ses acteurs et de son scénario, une très belle et singulière histoire d'amour.

Alexandre Martinazzo

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