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GREAT TEACHER ONIZUKA

Disponible en DVD zone 2 (import Japon) dans une édition sans sous-titres

GTO, à prononcer à l'américaine, comme la voiture... abréviation de Great Teacher Onizuka. Les initiales d’un prof fictif connu de toute la jeunesse japonaise, en anglais s’il vous plait, mais on leur pardonnera : en kanjis, ça aurait certainement accouché de quelque chose de moins rock n' roll. Parce que GTO est rock n' roll. GTO a l’esprit vif et le poil brillant. GTO dynamisera votre esprit déconneur rouillé, et ravivera cette affreuse mélancolie que la plupart d’entre nous ont des années lycée, dès notre entrée dans l’âge "à responsabilité". Pas que GTO soit irresponsable, au contraire : GTO les connaît, les vraies priorités. Elles sont l’humanité, elles sont l’Amour, les échappées en moto, les soirées arrosé au saké, les minijupes volant au vent, et l’autre, cet autre qui fait tant peur… !

Alors que, par le biais d'Internet, le feuilleton télé japonais connait auprès de la jeunesse connectée de notre pays un boom discret mais indiscutable, il est bon de se replonger dans les classiques des années 80-90, période considérée par certains comme l'âge d'or des dramas, alors qu'aujourd'hui pululent les shows insipides de boysband-caniches. Replongeons-nous dans un des derniers dudit âge d'or. Un sans prétention, adaptation édulcorée d'un manga... assez connu.

Brancher la sono

Assez ? Non. Tout le monde connaît les initiales G.T.O.? pour avoir lu ou entendu causer du manga de Fujisawa Tôru, un des plus fameux mangakka dont GTO est encore à l’heure actuelle l'oeuvre culte, un des big hits des années 90. Il suit l’itinéraire hors norme d’un ancien zoku (loubard à moto) de Shônan (petite ville côtière près de Tôkyô), rêvant de devenir prof pour se taper des lycéennes en uniforme – fantasme numéro un de tout mâle japonais un tant soit peu sincère – et arrivant par miracle à intégrer un établissement scolaire. Pour cela, il a fallu qu'il tape dans l’œil de la directrice, vieille dame en quête d’un héros capable de sauver son école, voire la jeunesse de son pays, voire l'univers. Ecopant de la classe de seconde la plus hargneuse dudit univers, un véritable calvaire se profile pour Onizuka, et une partie de plaisir pour les gnomes sadiques. Ce ne sera pas la première, ni la dernière fois. Seulement voilà : Onizuka, c'était un zoku. Avec la moto, la crête fluo, et tout.

GTO, le manga, fut en son temps une bombe dont on ressent encore les dégâts aujourd’hui. La manière dont Onizuka, cancre obsédé-humain total, met dans sa poche chacun de ses élèves, un à un, pour devenir leur Dieu, leur père, leur gourou, ce de façon totalement désinteressée, et en risquant parfois sa vie, pour apparaître clairement en milieu de course comme un des personnages les plus profondément humains jamais vu dans l’univers du manga, est de bout en bout bluffante, et souvent jubilatoire. L’humour délirant, parodique, paroxystique, déchaînait les pages qu’on enchaînait, l’action n’était pas en reste, et la naïveté utopique des leçons de chaque tome s’effaçait tant les moyens de les enseigner étaient imparables et sincères. Le monde entier (= le Japon) était contre Onizuka, puceau attendant patiemment l’amour de sa vie, sans diplôme, sans loi, négatif photo du japonais moyen, incarnation de ce que le salaryman rêverait d’être. Le sous-directeur essayera d'ailleurs de le virer par tous les moyens, les profs sexuellement frustrés et kidnappeurs à leurs heures tenteront de le supprimer, les djeunzs lui piqueront son fric et ses pornos. Le monde entier, en effet, sauf… ses élèves.



La série GTO était sous plusieurs aspects une entreprise casse-gueule. Comment donner corps à un personnage si spectaculairement humain ? Comment atténuer la folie picturale du manga sans trahir l’âme de l’œuvre ? Fujisawa, sceptique dès le départ, attendait de voir. Le résultat, diffusé en l’an de grâce 1998, eut des airs de serial killer d’audimat (il passa de 25% de parts d'audience au début à 35% in fine), lança des carrières (ainsi l'on peut y découvrir le beau gosse Oguri Shun alors tout gamin), ravît les fans de la première heure. Même lorsqu’on a lu le manga, GTO, la série live, malgré son édulcoration, est une immense réussite. Poison ! Le générique d'intro réanime, à lui seul, l'âme de groupie des plus incorruptibles. Le délire trop fantaisiste (Onizuka se prenant 15 balles d’uzi dans le buffet, Onizuka attachant ses élèves dans un karaoké pour leur photographier les fesses, Onizuka sautant d’un immeuble…) est bien sur censuré, les blagues perverses réduites, et les plans sur les culottes éliminés, c’était à prévoir : il s’agit d’une série tout public, voué à emporter l’adhésion de papa-maman. Mais quel papa n’a jamais rêvé de chevauchées fantastiques, et quelle maman de grands espaces naturels soulignant sa féminité au régime ?

Le dormeur se bouge

L’intérêt de l’aventure est ailleurs. GTO parle de quoi, principalement ? D’un prof face à ses élèves ; d’enfants face à leur maître. Et que passe t-il entre eux ? Des leçons. L’intérêt de GTO réside dans ces leçons, des leçons de vie, que Onizuka dispense en sons et lumières en option. Vous en voulez plus ? Elles impliquent même de l’action. La série est donc éclairée de scènes de bastons cheap et funs, et de trips pervers pépères toujours amusants, pour bien prouver qu’on a bel et bien affaire à Onizuka, le vrai, l’unique. Mais à ce stade là, ces détails divertissants sont-ils bien utiles ? Qu’est-ce que GTO, au fond ? Du spectacle gentiment barré, ou de l’intimiste révélateur d’adolescents en quête d’identité ? Le manga était les deux, cocktail édifiant limite anar. Le drama est surtout le second, et parce qu’il demeure haletant révèle que la couche d’entertainment, si canon soit-elle, n’est pas le fondement de la série. Les leçons le sont… Et ces leçons trouvent leur force dans les relations entre Onizuka et ses élèves. Ca, ce n’est pas édulcoré.



Quel élève n’a jamais rêvé d’un professeur comme Onizuka ? C'est justement lorsque le gros des professeurs ne ressemblent en rien à un énergumène de ce genre que les choses commencent à se gâter. L’enfant est un éternel gland persuadé que personne ne peut le comprendre alors que tout le monde a traversé ce qu’il traverse ; mais au lieu de se plier à cette réalité conjecturelle, ne vaut-il pas mieux essayer de changer le monde ? L’air est frais et il y a du soleil… Onizuka, à défaut de changer le monde, révolutionne l’intérieur en bouillonnement d’adolescents largués – pléonasme ; et il le fait parce qu’il a gardé son âme d’enfant, chose qu’on ne perd peut-être jamais vraiment, mais que l’on noie avec l’âge sous un amas de charges dont on croit que le poids se conjugue au nôtre dans l’univers.

Onizuka est à peu près une utopie. Une utopie s’adressant au monde, ou bien aux japonais en premier ? Il est facile et logique de remarquer qu’il s’agit avant tout d’un rêve nippon contemporain. L’homo japonicus issu du baby-boom, qui a façonné la socialité de l’empire économique, est un être de convenance, mettant en berne son amour-propre et son appel du large, immodérément au service de l’harmonie de son environnement. L’harmonie est ce qui conditionne son existence même. S’il vivait inconscient de cela, il serait chanceux ; mais il en est conscient ; et les fantasmes de ce qu’il aimerait devenir, si l’existence était plus légère, il les couche sur papier, pour les dessiner, les parler, les chanter après. Onizuka est sans gêne. Onizuka parle bruyamment. Onizuka dit ce qu’il pense. Onizuka fait ce qu’il dit. Onizuka a ses principes gravés sur le front, pour que, dans le cas où il ne les respecterait pas, on puisse le faire disparaître de cette planète sans autre forme de procès. Parce qu’Onizuka estime qu’un homme qui ne vit pas en suivant ses convictions profondes n’est pas un homme ("c'est sa policy"). Onizuka accorde alors très peu d’importance à sa vie, puisqu’il n’y a que le doute qui peut faire craindre la mort (ça, c'est de l'"esprit rebelle", Michelle!). Et ça lui donne du courage, et ça lui donne des ailes, et ça, un adolescent le ressent, et finit toujours par y adhérer. Onizuka devient alors son Dieu, son gourou, son père, etc., et l’adolescent d’alors se fragmente, se lave, tout en grandissant un peu plus. Il ne deviendra peut-être pas aussi bon, courageux et grand qu’Onizuka, mais il deviendra un individu entier. Et puis de toute façon, qui dit qu’Onizuka a réellement existé ?

A l'écran...

Cette foutue utopie, fort heureusement, survit dans le drama. Elle lui donne toute sa force, puisqu’elle est le propos du manga. Pour l’honorer, suffisait de trouver de bons acteurs.

Sorimachi Takashi, autre bôgosse du Japon, connu pour frimer devant les caméras à chaque événement, apparaît à l’écran comme le meilleur choix : poseur certes, mais doté aussi d’un regard franc et sincère, déconneur de première quand il faut ; le personnage de Onizuka lui va comme un gant. Il le personnifie brillamment, variant du registre comique au dramatique avec une facilité déconcertante. Exit le blond platine du personnage principal ? Rien à faire : un grand homme ne se résume pas à la couleur de ses tifs. Au rayon élèves, le trio gagnant est bien sûr celui des méchants : le surdoué Kikuchi (joué par le terrible et terriblement tendance Kubozuka Yôsuke), qui ne tarde pas à joindre la cause de Onizuka ; et le couple de sales ados revenchards unis par un mystérieux drame traumatisant, le ténébreux Murai (Ikeuchi Hiroyuki, soit une pure vraie gueule à suivre) et la belle Miyabi (Nakamura Aimi, très bien elle aussi (1)). A eux trois, face à Onizuka, ils donnent à la série, dont le script est de très bonne facture mais l’emballage cheap, le degré de qualité que l’on attendait d’un tel projet.



Enfin, pas à eux seuls… Car Matsushima Nanako, canon total/mascotte pour CM/déesse télé vivante du Japon, est là, sous les traits de la prof d'anglais Fuyutsuki. Dans la série, dont le tournage date de 97, elle n’est pas encore très connue, mais illumine de ses grands yeux noirs et de ses moues infantiles sa relation évidemment houleuse avec Onizuka. Azusa, son personnage, est certes moins lourd que celui d’Onizuka, mais son évolution, ou plutôt son émancipation tout le long du récit a une grande importance : elle est le pendant discret mais dans la place d’Onizuka, homme en quête de moitié égale dans un monde fait de notions très primaires. Le quota féminin qui manquait, pour un spectacle ultra-neuneu, plein de bons sentiments, rempli de raccourcis psychologiques téléphonés et de caricatures, mais, à l’image du manga, à la bonne humeur, à l’optimisme et à la franchise si rares qu’il ne peut qu'emporter l'adhésion. Mention au désopilant sous-directeur Uchiyamada, hommage au fonctionnaire rescapé du baby-boom, ces quinquagénaires traumatisés par la crise financière des 90’s, frisant le karoshi, et délaissés par leurs enfants… GTO, une peinture sociale sous des airs d’instant Kodak ?

Alexandre Martinazzo

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