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SHIRI

Disponible en DVD zone 2 aux éditions Asian Star

Succès inconditionnel en Corée du Sud (avec six millions d'entrées, il a même battu l'audience de Titanic…), Shiri est un honnête thriller qui joue la carte de l'action violente sans négliger un certain romantisme. Son contexte historique particulier (le rapprochement entre les deux Corée) lui confère même un humanisme inattendu.

Les premières images soulèvent le cœur. A l'écran, on s'entretue allégrément. Des hommes en kakis en égorgent d'autres, une femme portant un bandeau rouge abat tout ce qui bouge, des prisonniers ligotés à des pilliers sont sauvagement poignardés. La caméra reste relativement calme, la musique aussi, mais les individus sont en perpétuels mouvements. Difficile de savoir de qui il s'agit. Heureusement, des sous-titres complaisants nous l'apprennent : Corée du Nord, début des années 90, entraînement de routine dans un camp militaire.

Un ou deux massacres et quelques ellipses plus tard, on se retrouve à Séoul. Le montage est cut, nerveux, mais l'on finit par reconstituer l'essentiel : après avoir disparu de la circulation pendant plusieurs mois, une tueuse professionnelle venue de Corée du Nord réapparaît à Séoul. Ryu et Lee, deux agents spéciaux sud-coréens, se lancent à sa poursuite. Ils craignent que le retour de la vénéneuse espionne ne cache une conspiration terroriste…

Survitaminé et décomplexé

Pour faire avaler cette trame particulièrement classique, Kang Je-Gyu avait intérêt à soigner l'emballage, et c'est plutôt réussi. Ce qui frappe avant tout, c'est la précision et l'inventivité des scènes d'action. Systématiquement filmées de multiples angles de vue, elles sont d'un réalisme et d'une virtuosité flamboyants. Explosions, courses-poursuites, prises d'assaut… les ingrédients habituels du thriller, mais survitaminés et comme décomplexés. Ici, les balles déchirent les corps, ça fait mal et c'est sanglant. Ce savoir-faire, très étonnant de la part d'un cinéma coréen jusque-là plus doué pour les comédies et les mélos, est sans doute à l'origine du succès de Shiri. Reconnaissance méritée, quoique légèrement excessive.

Parce que si les scènes de combat sont efficaces (notamment la séquences finale dans un stade de football surchauffé), le scénario, lui, reste quand même très basique. Très vite, le spectateur a, comme les terroristes d'ailleurs, une longueur d'avance sur les deux enquêteurs. Le grand retournement du film, sur lequel est basé une bonne part du suspense, s'avère par exemple plutôt téléphoné.

Il n'empêche. La construction du film (façon puzzle qui se reconstitue peu à peu) et l'alternance de scènes intimistes et presque romantiques avec des séquences plus brutales permettent à Shiri d'être plus qu'un film d'action audacieux. Kang Je-Gyu a également pris soin d'équilibrer ses personnages, donnant à chacun une véritable épaisseur, et évitant le stéréotype des "gentils du Sud" et des "méchants du Nord". Ce sont d'ailleurs ces derniers qui bénéficient du traitement le plus intéressant. Apparentes brutes sanguinaires dévouées à leur cause, ils dévoilent peu à peu leurs failles et leur ambiguïté. Dans une scène d'anthologie où il évoque les conditions de vie apocalyptiques de la Corée du Nord, l'excellent Choi Min-Shik laisse ainsi percer une sensibilité bien supérieure à celle de ses ennemis. Derrière sa façade de fanatique, le vernis craque et l'immense douleur tapie dans l'ombre se fait jour.

Car en ancrant son intrigue dans le contexte compliqué du rapprochement Nord-Sud, Kang Je-Gyu ouvre la voie à une dramatisation particulière : cet affrontement entre terroristes nord-coréens et agents sud-coréens n'est que l'interminable prolongement de plus de cinquante années de conflits et d'exactions. Ce qui les oppose les dépasse et c'est pourquoi ce face à face final entre le terroriste Park et le propret agent Ryu atteint une telle intensité. Peu importe l'issue de leur dialogue (assez prévisible), l'essentiel est qu'il ait pu avoir lieu.

Cette impossible conversation (de même que l'histoire d'amour vouée à l'échec entre des agents des deux camps) dit assez la fracture qui existe entre les deux parties du pays, mais aussi l'insuffisance des premières tentatives de rapprochement au vu du précipice insondable qui les sépare. Et si l'évidente victoire de Ryu a un goût aussi amer, c'est qu'elle est représentative du long chemin qu'il reste à parcourir avant toute réconciliation nationale.

Marie-Pauline Mollaret

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