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CASSHERN

Disponible en DVD Zone 2 aux éditions Canal + Vidéo

Plombant, grandiloquent, maladroit, déséquilibré, caricatural, plat, prévisible, ennuyeux, superfétatoire et prétentieux, Casshern accumule les défauts et se pose de ce fait et archétype du film à propos duquel ça fait du bien de dire du mal. Casshern est une daube, une vraie, une authentique, comme on en voit rarement. Mais de quel type de daube s’agit-il ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Afin de préserver le strict minimum syndical de bienveillance vis-à-vis du film, la question de l’intention originelle se posera dans un premier temps. Comment un cerveau normalement constitué a-t-il pu concevoir Casshern ? S’agit-il d’un film entièrement pensé, voulu, maîtrisé jusqu’au moindre millimètre du dernier travelling ? Dans quelle mesure peut-on s’en prendre à cet auteur remarquable qu’est Kazuaki Kiriya ?

Paradoxalement, il apparaît que l’idée de départ n’est pas totalement méprisable. Elle est même plutôt défendable. Sur une intrigue qui se veut à mi-chemin entre Appleseed – les humains et les androïdes se livrent une guerre sans merci – et Il était une fois dans l’Ouest – parce qu’à la fin on apprend la vérité – le Grand Projet que constitue Casshern est de faire à la fois dans le gigantisme épi(lepti)que et dans la révolution technologique. En effet, s’y marient avec plus ou moins de grâce les prises de vue live, surétalonnées par notre publicitaire de cinéaste, et animation, 3D ou non, dans le but ingénu de faire participer le spectateur ébahi à un réel délire visuel, censé lui faire digérer un scénario étonnant.

Abordant des valeurs aussi sujettes à controverse que l’héroïsme, la tolérance, le respect d’autrui, le droit à la différence et le sens du sacrifice, les scénaristes ont dû vouloir ratisser large, mais qu’importe : le but est de divertir, de ne pas être "prise de tête", bref : de poser la pierre angulaire de l’édifice entamé par George Lucas, celui du Grand Guignol épique, inoffensif car conservateur.

Ces intentions, sinon louables du moins avouables, étant posées, voyons ce qu’il en reste dans le film fini.



Oui, que reste-t-il ?

Il n’en reste pas grand-chose. Tout d’abord, sur le strict plan visuel – qui est pourtant celui sur lequel le film était promis à réussir peut-être quelque chose – on est bien loin du compte du délire escompté. Dans le but évident de vouloir faire de jolies images variées dans leurs couleurs et leurs supports, Kiriya s’est tout de même assuré de garder la cohérence sur un point : la platitude totale de l’ensemble. Oui, les couleurs sont agréables, oui les cadres sont propres, mais tout ça est bien trop lisse, ça manque tragiquement de relief. Pourquoi ? C’est cruel à dire, mais la réponse coule sous le sens : Kiriya est un photographe de mode. Plus intéressé par la vitesse de son obturateur que par le mouvement du film, il accède à cette dimension ô combien remarquable d’arriver à faire des images immensément jolies qui ne parviennent pas à être belles.

Mais plus que par les images isolées, c’est par un sens du rythme poussif et désespérant que l’auteur clame son incapacité cinématographique. Les enchaînements de plans sont tellement géométriques, tellement tape-à-l’œil et leurs ficelles sont tellement grossières qu’il est ardu de rentrer dans le mouvement. Exclu du film, on ne pourra qu’assister, de l’extérieur, à la catastrophe, sans manquer de s’apitoyer sur le triste sort réservé aux Clairs de Lune de Beethoven et Debussy, massacrés, crachés ça et là comme autant de cheveux sur la soupe, mutilés et apposés sur d’autres musiques pop, sans le moindre sentiment de doute quant à la cohérence de l’ensemble.

Il subsiste malgré tout deux ou trois idées de montage pas trop mauvaises, principalement d’audacieuses sautes dans l’axe qui, si elles ne révolutionnent certes pas le Cinéma, n’en réjouissent pas moins ponctuellement (deux ou trois fois en deux heures vingt) les pupilles sceptiques. Car le scepticisme est bien là, tant face au ridicule des effets numériques de couleurs que vis-à-vis de l’épopée dont le film se réclame.

Révélations

Pourtant, ça partait plutôt gentiment dans un combat du Bien contre le Mal, très identifiables l’un comme l’autre, on pouvait donc s’attendre à ce que le film fasse monter la sauce jusqu’à un point si ce n’est paroxystique du moins suffisant pour justifier un "ho !" d’approbation. Mais non, cent fois hélas. Tout se perd dans la dernière demi-heure où on essaie de se la jouer "coup de théâtre moral qui va faire passer Lars von Trier, Gaspar Noé et Park Chan-Wook pour les continuateurs de l’œuvre d’Ozu". Et pour ouvrir le bal, rien de mieux qu’une réplique subversive, comme celle de cet androïde révolté à l’égard de son adversaire humain : "Qu’est-ce que le Bien ?".

Dans de telles circonstances, ce qui résultait jusqu’alors d’une narration décousue mais au moins riche en rebondissements, devient une sorte de "Stalker revisited" avec son lot de discours pseudo-philosophiques (le Bien et le Mal : mode d’emploi, les gentils sont les méchants et vice versa) supposés entretenir l’attente d’un dénouement grandiose. Las, la dernière phrase en voix-off ne saurait nous tromper, il s’agit de quelque chose du genre "Oui c’est difficile de vivre ensemble, mais on peut quand même y arriver". Kiriya était-il seulement conscient que cette phrase annihilait tout de go le peu d’intérêt que son film avait jusqu’alors ?

Guillaume Denis

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