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THE PRESIDENT’S LAST BANG

Disponible en DVD zone 3 (import Corée du sud) aux éditions ZMedia

Mêlant le tragi-comique et la fresque historique, The President’s Last Bang de Im Sang-soo retrace l’assassinat en 1979 du président Park, dictateur sud-coréen, par son chef des services secrets (la KCIA). Exercice périlleux qui suscita de nombreuses attaques dans son pays d’origine, comme lorsque la fille du président déchu tenta d’en faire interdire la diffusion. The President’s Last Bang, au-delà de la volonté du réalisateur de donner sa version de ce meurtre encore jamais réellement élucidé, laisse un sentiment d’incomplétude, comme si en voulant créer une œuvre ne se rapportant à aucun genre, Im Sang-soo n’avait pas été capable pour autant d’en créer un à part entière.

Contact immédiat avec la Corée du Sud de 1979 donc. Une dictature vieillissante aux mains de torquemadas clownesques. Le cadre du ridicule, qui cédera vite sa place à celui du pathétique, s’installe très vite et permet de se saisir de l’ambiance régnant très rapidement. Entre les passants se demandant s’ils doivent ou non s’arrêter durant l’hymne national ou le directeur de la KCIA se plaignant de ses problèmes de constipation et de mauvaise haleine, entre un président alcoolique, amateur de nymphettes VIP, un brin, disons plutôt complètement mais gentiment largué par les évènements et des agents de la KCIA hissant De Funès au grade de superstar du GIGN…se dévoile une Corée du Sud décadente et pathétique, dont le ridicule des situations n’a jamais trouvé place que dans les décombres pourrissant de l’URSS agonisante des années 80. Deux visions qui sans doute choquèrent les héritiers politiques de cette dictature…comme la fille du président Park qui assure actuellement la direction de l’opposition sud-coréenne.

Jo le putschiste

Retour au film et à son décalage avec une réalité à laquelle Im Sang-soo n’a pas voulu coller le plus fidèlement possible. Si The President’s Last Bang pu choquer les tenants de l’ancien régime, il laisse également une vibration désagréable créée par cette dissonance entre la dimension comique qu’a voulu y insuffler le réalisateur coréen et celle, historique, née du désir de reconstituer cette nuit violente de 1979 qui vit le chef de la KCIA tenter de renverser le régime sans pratiquement aucune préparation ni concertation. Or, là où le bas blesse, c’est que Im Sang-soo ne cherche à aucun moment à choisir entre l’un et l’autre. C’était là une manière de refuser la facilité en ne sombrant pas dans le grand-guignolesque ou au contraire en ne faisant qu’un film strictement historique. Mais en appuyant ni sur l’une, ni sur l’autre de ces deux dimensions, The President’s Last Bang n’atteint pas l’atroce pathétique que l’on attendait d’un tel défi cinématographique. Et au lieu de cela, en refusant de tracer ces deux profonds sillons thématiques, Im Sang-soo ne parvient qu’à racler le sol de cette Corée d’une nuit pour n’en déterrer aucun mort. L’accusation de profanation portée par les nostalgiques du défunt dictateur ne vaut à partir de ce moment pas grand-chose.

Platitude en 3D

D’un point de vue strictement scénique, que penser alors de la maîtrise dont l’on gratifie The President’s Last Bang ? Etait-il possible que d’une telle trame naissent la surenchère ou au moins un quelconque climax ? Encore une fois, c’est de mesure et non de maîtrise dont il faut parler ici. L’exécution du président Park est pathétique mais sans plus. Les scènes de combat sont violentes…et alors ? Du sang coule parfois accompagné de gargouillis quantifiés, comme devant respecter un livre des charges. Maniérisme ! Le mot est lâché. Travelling "escargotiques" et plans fixes viennent supporter cette quête de l’anti-pathos. La lumière, tamisé, l’est jusque dans les salles d’interrogatoires. Comme si des bourreaux syndiqués s’y adonnaient à la torture soft en attendant un week-end égaillé par quelques parties fines de S.M. ludique.

Une impression de retenue se dégager très vite du film, et ce bien avant le catalyseur que constitue l’assassinat du président Park, seul paroxysme que s’est permit de créer le réalisateur. C’est effectivement à ce moment que se fait le passage du ridicule au pathétique. Et là encore, nul supplique du futur moribond ne vient le porter, pas plus que ces effusions de sang minimales supprimant toute possibilité d’une ritualisation sacrificielle de l’instant. Après avoir passé sa soirée blotti, tel un bambin, contre le ventre d’une de ces jeunes starlettes invité pour l’occasion, le président Park se livre à la mort en protestant mollement contre son sort. Mais après tout ? N’est ce pas ce que l’on peut attendre du pathétique ? N’y a-t-il pas là matière à se réjouir que de voir le banal de la situation se dégager d’une impuissance couplée à une absence totale de volonté de vivre ?

Hélas, il devient dès lors impossible de parler de maîtrise. Car Im Sang-soo a voulu faire de cette « a-énergie », de ce vide, la composante centrale, l’essence même de ce film. Et en voulant la voir s’insinuer partout, le réalisateur n’a pourtant pas su lui imposer ni limites, ni contraintes. The President’s Last Bang est la tentative ratée d’un artiste qui s’était donné pour tache de sculpter le vide. Submergé par l’étrange matériau, le film subi dès lors une corrosion de plus en plus féroce au fur et à mesure de son évolution.

Seul le talent de chaque acteur (Han Suk-Kyu et Baek Yoon-Shik en particulier) permet de retarder l’inévitable dissolution auquel était destiné The President’s Last Bang. Au moment de la conclusion, toute réelle consistance est néanmoins perdue et la voix d’une narratrice « Jeanne Moreauienne » nous en assure définitivement. Il ne reste plus rien de solide.

La mise en scène n’est donc au final que le complément mou d’une trame scénaristique totalement floue. La où la surenchère et une possible maîtrise auraient permit la transcendance dans le cas d’un President’s Last Bang qui aurait su à la fois embrasser dimension historique et dimension pathétique, l’hyper sensitivité et la, cette fois bien réelle, mesure qu’aura insufflé un Im Sang-soo plus asthmatique qu’inspiré ne peuvent que verrouiller l’extrême platitude de ce thriller aux teintes tragi-comiques.

La délicatesse et la fluidité de The President’s Last Bang pourront toutefois plaire à certains. C’est parfois ce que recherche le spectateur : du digeste. Signe que ce film ne remuera les sensibilités que de ceux au métabolisme lent ou usé. A réserver donc, à un public âgé ou profondément délicat.

Adrien Legoff

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