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ART MUSEUM BY THE ZOO

Disponible en DVD Zone 3 aux éditions Spectrum

Un homme largué par sa fiancé dès son retour du service militaire et une jeune femme ayant emménagé en lieu et place de cette dernière après son départ sont amenés à cohabiter. D'abord dans en pertes et fracas, l'une allant au musée et l'autre préférant largement le zoo ; puis dans une mélodie plus douce, chacun s’adaptant progressivement aux humeurs et aux goûts de l’autre. Discrètement. Mais au fait, ce n'est pas ça, l'Amour?

Perte de repères en terrain connu

Face à un produit aussi singulier, il est nécessaire, avant toute tentative d'identification hâtive, de se pencher sur sa nature.

Art Museum By The Zoo n'est pas un film fantaisiste : sa construction narrative en dualité (l’héroïne écrivant un scénario champêtre reprenant la même trame amoureuse) est la seule trace d'originalité. En effet, on nous épargne ici les scènes d’actions polychromes et les illustrations graveleuses destinées à relever la sauce, comme le sujet de départ pouvait le laisser craindre dans un contexte où le cinéma coréen tend à partir un peu dans tous les sens. Art Museum By The Zoo n'est pas un mélo miaulant : malgré son thème universel, il ne sort à aucun instant les violons lors des jolies scènes mais plutôt la trompette ; ni ne se masturbe sur aucun gros plan Lelouchien de visages émus pour figurer une émotion en carton-pâte. Il laisse plutôt, dans des plans larges très finement composés, les protagonistes se comprendre, se toucher, évoluer, vivre non pas avec l’autre, mais à ses côtés. Art Museum By The Zoo n'est pas un film mettant dans une exergue ronflante les caractéristiques "audio" et "visuel" du cinéma: la réalisation tout en subtilité reste sobre, en apparence très classique ; la bande-originale, toute jolie, n'est guère alimentée solidement que par les deux ou trois classiques yankees qu'elle ressort du juke-box ; le découpage quant à lui, rappelant celui admirable de l’American Beauty de Mendes, fait couler le film dans une dynamique élémentaire, scandaleusement naturelle. Est-ce suffisant? Non, bien entendu. Mais qui a dit que c'était tout?

Kissin’ in the rain

Art Museum By The Zoo est un coup de dés intellectuel, une explosion intimiste, une démonstration de force scénaristique tant le schématisme et la banalité du postulat de base frôle, côtoie, puis couche avec la formidable humanité du résultat, donnant l'impression au spectateur d'assister à son premier film d'amour.
Lee Jeong-Hyang, la réalisatrice scénariste, autant dire l'auteur (considérée en Corée comme une des personnalités les plus intelligentes du cinéma), semble être partie d'une réflexion confondante d'évidence : si tout est si simple, pourquoi alors faire compliqué ? En ces temps de consommation intégriste et désincarnée, forte de légions de produits aseptisés donnant du pain et des jeux à un public-charnière en manque de chair fraîche, son film est un oasis. Une oeuvre débarrassée de tout artifice criard, qui a troqué le climax assisté pour une myriade de Jolies Choses ; assurément, l'auteur a du y mettre son temps et tout ce qu'elle avait sur le cœur. Ces Jolies Choses, en une légère brise, lui concédent toute sa personnalité, sans ennui, sans rhétorique, sans rien d'autre que de la pratique, à travers un témoin discret, la caméra.N'est-ce pas Hitchcock qui disait qu' "il n'y a pas de mauvais sujet, juste des mauvais scénarios"? Art Museum By The Zoo démontre par A + B que la vie fut un jour ça, cet éternel leitmotiv entre un homme et une femme, puis le fut encore, et encore, jusqu'à ce qu'on l'oublie tant on s’y était habitués ; et c'est pourquoi l'oeuvre est si précieuse : la simplicité avec laquelle l'évolution de chaque personnage se fait ressentir, leurs émotions transparaissent sans guidage pesant, l'amour s'installe dans la discrétion la plus totale, sans qu'on le voit venir, est toute sa valeur. Affront au manichéisme, la justesse du scénario dans son approche des rapports (pré-?) amoureux, d'une franche subtilité, est à elle seule un axiome célébrant le film de Lee Jeong-Hyang comme un des plus jolis réalisés sur le sujet.


Après, la chance aurait pu mal tourner. Ce formidable potentiel, servi par une bande d'acteurs de seconde zone, aurait très bien pu sombrer illico dans les abîmes de l'auteurisme anecdotique comme la France en produit à la chaîne. Malheureusement pour la concurrence, non : la très talentueuse Shim Eun-Ha, qui a abandonné le métier (sic) après le thriller Tell me something, joue ici comme n'importe quelle actrice devrait jouer : à la perfection, ajoutant à son interprétation dite classique tout en nuance un répertoire de moues mignonnes et sauvages (sauvageonnes) dont seules les coréennes ont le secret. Attachante, drôle, épousant la personnalité, la normalité de son héroïne, lui donnant la vie sine qua-non à la réussite de l'ensemble, elle met en avant tout ce qu'elle a, et son duo avec Lee Sung-Jae est en harmonie totale avec le film ; ils ne sont pas particulièrement complémentaires car le zoroastrisme de parchemins n’est pas de la partie, ils sont juste un homme, et juste une femme, à qui l'amour fera oublier les défauts de l'autre pour sublimer ses qualités. A ce titre, Lee Sung-Jae est lui aussi excellent, donnant en quelque scènes à son personnage cliché de gros macho la profondeur salvatrice – ses rapports à son ex-fiancée, sa retenue, la manière dont il interagît avec l'entité physique de Shim Eun-Ha, évoluant tout le long. Au rayon bonus, AHN Sung-Ki est, quant à lui, toujours aussi exceptionnel, et sauve aux côtés de la jolie SONG Seon-Mi le couple icône de porcelaine qu’ils forment, en embrassant leur nature primaire et illustrative par des regards et une gestuelle savoureusement old fashion.

A ce propos, finissons sur l'argument-marketing, pourrait on dire, de Art Museum By The Zoo, c'est à dire sa construction en deux mondes, le premier étant la dure et crasseuse réalité, faite de ruptures pathétiques, de rouleaux de papier toilettes en guise d'oreiller ou de tasses cassées, et le deuxième étant le monde fictif que nos héros imaginent pour leur scénario prétexte, fait de douceur classieuse, de retenue sépia, d'amour Ricola. Le premier en bave et le second aurait pu ainsi compenser en mettant en relief toute l'impossibilité d'une relation humaine réussie s'il avait choisi la carte du pessimisme ; au lieu de ça, il choisit judicieusement : chaque événement important du premier monde retentit sur le deuxième, où une solution s'y trouve, rapidement transférée sur le premier, et ainsi de suite. Chaque vérité absolue, éternelle quête de jeunesse, se prend un râteau dans le deuxième monde, qui demande au premier de se contenter de ce qu'il a, c'est à dire la vie, et c'est déjà ça, semble t-il lui dire.

Le film touche à sa fin, l'amour est palpable dans les deux mondes, réel dans le premier, allégorique dans le deuxième, les couleurs de ce dernier se fondent dans celles du premier monde, les héros s'entrecroisent, la réalité ne dépasse pas la fiction mais la rejoint, et c'est à cet instant qu'on se dit qu'il n'y avait ici pas une once de fiction... et que le spectacle magnifique et magnifiquement simple auquel on vient d'assister le temps d'une séance peut-être le spectacle de notre vie à partir de demain matin. Après avoir largué, ou s'être fait larguer...



Art Museum By The Zoo est donc un grand film sous ses extérieurs menus, une véritable réflexion sur l'amour et mise en abîme du genre, qui tient la comparaison avec n'importe classique du genre, comme Quand Harry rencontre Sally. Du talent et de la modestie, c’est certainement ce qu’il faut de nos jours pour renouveler le mélodrame ; Lee Jeong-Hyang a assurément les deux, et que ceux qui en doutent se précipitent dans les salles voir Jiburo, son second film, qui tout comme Art Museum By The Zoo a remporté un succès inversement proportionnel à ses prétentions. Love is

Alexandre Martinazzo

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