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LOVE AND TREACHERY

Vu dans le cadre de la 6ème édition de Kinotayo, festival du film japonais contemporain

S’il est rare qu’un rebondissement, fût-il génial, sauve un mauvais film du naufrage, l’imprévisibilité a toujours été une qualité essentielle à la fiction. Aussi, quand l’imprévisible intervient sous la forme d’une bouillante scène de sexe longue de dix minutes sans coupure pub, on est d’autant plus heureux d’être surpris.

Car il est préférable de l’avouer d’entrée : Love and Treachery, nouveau film de Yazaki Hitoshi (réalisateur du très sympa Strawberry Shortcake en 2006) n’est pas un bon film. Les preuves à charge sont suffisamment solides pour justifier son inculpation, en premier lieu desquelles se trouvent un travail de dialogues calamiteux et une interprétation féminine d’une raideur soviétique, qui, à deux, rappellent le pire de la Nouvelle Vague, poseur et dépressif.

Son histoire ? Quand un mystérieux auteur de romans noirs à succès disparait du radar, son éditeur aux abois lance Kyôsuke (très cool Tsuda Kanji, vu dans Hana-bi et Ju-on) à sa recherche. Très vite, ce dernier fait la rencontre de Kawashima Reika (Kamon Yôko, la Chauve-souris de Suicide Club, ici un peu figée), amante et muse de l’écrivain. Après un court jeu de cache-cache, les deux étrangers finissent par succomber au désir, et c’est là que ça se complique puisque Kyôsuke a une épouse esseulée vraisemblablement snobée par le chat de la voisine, et que Reika n’est pas celle qu’elle prétend être, comme par hasard. Soit une énième variante du salarié sans histoire tombant dans une machination diabolique dont une des pièces maîtresses est (forcément) une femme (bien) fatale.



Car on est plus proche du Injû de Barbet Schroeder que de Basic Instinct : la femme n’est a priori qu’un instrument plus ou moins consentant au service du démiurge tapi dans l’ombre, dont la présence en coulisses et la malignité des intentions semblent acquises d’avance. Partant de là, Injû avait pris le risque du rebondissement final radical, pour se planter à moitié ; le scénario de L&T se limite lui à deux-trois mignonnes idées qui ne changent in fine pas grand-chose à un tout bien trop frileux, dont on ne gardera qu’un portrait de desperate housewife tragicomique, et éventuellement le lien qui unit le romancier manipulateur à sa muse, insuffisamment exploité.

Trop occupé à filmer les ténèbres (à la manière de Schroeder, mais avec moins de succès…), et chiader ses plans à la fixité un peu trop grave, le réalisateur Yazaki Hitoshi parait se désintéresser de ce qu’il raconte. Et cette désagréable impression persiste… jusqu’à l’arrivée de la torride partie de jambes en l’air susmentionnée, point d’orgue du film, et son seul réel accomplissement, qui à travers son exécution semble résumer l’essentielle motivation du réalisateur à tourner ce film : la naissance en direct et temps réel d’une relation amoureuse à travers du sexe sans préliminaires, intégré naturellement au reste de la narration. Présenté comme ça, on pense au Lust, Caution d’Ang Lee, mais la baise de L&T n’est pas chorégraphiée au millimètre, et n’a rien de funèbre. Au contraire, elle est une suintante pulsion de vie reposant entièrement sur les performances pour le moins symbiotiques des deux acteurs, filmés dans le chaos de leurs ébats et de la caméra à l’épaule. La durée suicidaire de cette scène, qui lui a valu une interdiction aux mineurs dans l’archipel et a fait fuir une poignée d’outrés de la MCJP, force l’admiration. On regrette même l’ellipse qui nous fait louper l’orgasme : tant qu’à faire, pourquoi ne pas avoir tout filmé, quitte à atteindre les quinze ou vingt minutes ? En général, la radicalité a tout intérêt à être la plus radicale possible.

Kamon Yôko, qui peinait à réciter la moindre ligne sans qu’on ait l’impression d’être perdu au Musée Grévin, s’épanouit alors dans le silence de l’ébat, et nous fait regretter que L&T ne soit pas une déclinaison géante et inspirée de cette seule séquence. Une déclinaison avec des vêtements, si vous voulez, qu’importe : il aurait suffit de garder en vie cette formidable urgence. Peut-être Yazaki entoure t-il ce soleil d’un océan statique à dessein, pour souligner l’impasse d’une telle relation dans un cadre de convenances - le « bye-bye » que Reika envoie à Kyôsuke à la fin, en inadéquation totale avec le contexte solennel, est à ce titre très parlant. Il demeure que rien n’émerge de cette ombre, long morceau de pellicule dénuée d’autonomie. Voyez, mon cher Yazaki, la mer est trop remontée, et le phare, trop loin !


Alexandre Martinazzo

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