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FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE DE DEAUVILLE 2011 - CHRONIQUES - PARTIE 3/3



La compétition Action Asia du festival du film asiatique de Deauville a tenu ses promesses : de l’action, de l’action et encore de l’action… mais dans des genres variés, du western moderne au film de sabre, en passant par le film de super héros ! De la distraction sans prise de tête ni prétentions aucunes, vous l’avez compris. Parce que de temps en temps, tout ce que l’on veut, c’est passer un bon moment [cf. l'image ci-dessous, des plus parlantes, NdR].




Mr & Mrs INCREDIBLE

Entre comédie et film de kung-fu

Du divertissement made in Hong Kong pour cette comédie d’action de Vincent Kok, qui doit beaucoup à l’interprétation sur le ton de la comédie romantique de Sandra Ng (grande actrice de HK méconnue à l’étranger, aperçue sur les écrans français dans Perhaps Love) et la star Louis Koo (Judo Throw Down, Election 2, Connected, Flashpoint…). Attention, tout cela n’a rien à voir avec le dessin animé The Incredibles (Les Indestructibles en vf). Enfin, un peu, puisque ça parle de super héros, et avec beaucoup d’humour… mais la comparaison s’arrête là. Dans Mr and Mrs Incredible, on a affaire à des super héros à la sauce asiatique, avec des combats de kung fu à la Crazy Kung-fu

Dans la Chine ancienne, un couple de super héros à la retraite décide de reprendre du service lorsqu'un tournoi national d'arts martiaux est organisé dans le petit village paisible où ils vivent incognito depuis des années.
L’intérêt du film de Vincent Kok, qui l’empêche de basculer de l’agréable dans l’oubliable, tient aux performances de couple de super héros (à la retraite mais qui ont plutôt la jeune quarantaine), Gazer Warrior et Aroma Woman, interprétés avec une légèreté rappelant que le film est avant tout une comédie romantique du genre de celles réalisées aux USA dans les années quarante, où un couple se disputait du début à la fin. Si Variety cite en référence le fameux couple de détectives de Mirna Loy et William Powell de l’excellente série de films débutée avec The Thin Man (L’introuvable), nous pencherions plutôt pour le couple Katharine Hepburn/Spencer Tracy… toutes proportions gardées !



C’est très drôle de voir qu’un couple de super héros a les mêmes ennuis et soucis que tout couple normal (scènes de ménage, jalousie, disputes diverses et variées, coût de la vie…). Il s’ennuie ferme dans un train-train quotidien dans lequel il s’est lui-même enfermé, en décidant de cacher ses superpouvoirs aux habitants du village. Quoi de mieux qu’un tournoi pour épicer à nouveau la vie de ceux qui avant leur retraite pourchassaient les bandits ? Prétexte comme un autre à un enchainement de gags heureusement pas trop lourds, prêtant même à sourire, voire parfois à vraiment rire. Il faut dire que la bande-annonce, avec une scène spécialement filmée pour elle, donnait le ton.

A la comédie romantique se mêle donc le tournoi de kung fu et ses scènes spectaculaires et très colorées, aux combats joliment chorégraphiés et mis en scène. Et le mélange fonctionne honnêtement, l’humour et la romance demeurant du début à la fin en toile de fond (Aroma Woman est jalouse d’une fille venue pour le tournoi dont son mari tourne un peu trop autour). Même l’intrigue de conspiration, pas forcément fulgurante, ne vient pas comme un cheveu sur la soupe. Soit quelque chose de, somme toute, très représentatif de tout le film, comédie pure et idéale pour se vider la tête après une journée de boulot.





WIND BLAST

Un western moderne

Wind blast ("bourrasque" en anglais), ou l’histoire classique du criminel en cavale, pourchassé par un shérif et des chasseurs de prime à travers des étendues désertiques, revisitée par un Chinois dans le désert de Gobi.
Lorsque le tueur Zhang Ning (Xia Yu, Le Voile des illusions, Dragon Squad) revient en Chine continentale après avoir exécuté un contrat à Hong Kong, le capitaine Xiang Li (Duan Yi Hong), surnommé le Léopard, est appelé à la rescousse afin de lui mettre la main dessus. Accompagné de son équipe de choc composée de Mastiff (Ni Da Hong, La Cité interdite), Tak et Shepherd (Jacky Wu, du tout récent blockbuster Shaolin), il part dans le désert de Gobi à la recherche de Zhang et de sa petite amie, Sun Jing, qui est enceinte (légendaire Charlie Young, The Lovers et Dans la nuit des temps de Tsui Hark, New Police Story...). Deux chasseurs de prime au sang froid légendaire, Mai Gao (interprété par le génial Francis Ng, Infernal Affairs 2, Exilé, On the edge) et Anuo (la belle Yu Nan d'Une famille chinoise), sont également à leur poursuite.

Evidemment, la poursuite donnera lieu à nombre de scènes d’action qui se veulent spectaculaires, poursuites en voiture, rixes au flingue et combats de kung fu ; c’est le but. Empreint de manichéisme affirmé, le film de Gao Qunshu (à qui l'on doit l'excellent thriller historique encore inédit The Message) montre d’un côté le bon shérif et ses adjoints, pardon, les flics, ne cherchant qu’à accomplir leur devoir, et de l’autre, des méchants très méchants, les chasseurs de primes, programmés pour atteindre coûte que coûte leur objectif. En plein milieu de tout ça, le bandit et sa petite amie, enceinte on le répète, sont forcément perçus comme des victimes.



Souvent manichéen dans sa forme classique, le western est lui aussi affirmé dans sa forme et dans son fond, avec des seconds rôles charismatiques et développés (Mastiff, Tak, Shepherd) ; sans vraiment renouveler quoi que ce soit, ni emballer les foules. L’on pourrait voir le seul élément original du film dans le désert de Gobi, scène de l’intrigue qui donne lieu à de très beaux panoramas (Wind blast a tout de même été filmé en scope et 35 mm !), si Qunshu n’avait eu la bonne idée d’écrire le rôle d’une méchante chasseuse de primes, et de se payer un pareil casting. Des qualités auxquelles il faut s’accrocher si l’on est décidé à rentrer dans un film qui manque d’un peu tout dans tous les domaines, dénué d’humour, interprété sans aucun génie, et très modérément spectaculaire… Tout festival a son lot de films qui ne restent pas dans les mémoires bien longtemps.





BLADES OF BLOOD

Du bon sabre coréen

Inscrit dans la droite lignée des films de sabre historiques, japonais ou chinois, le sud-coréen Blades of Blood contribue à la qualité générale du cru 2011.

Une des principales informations à avoir en tête lorsqu’on aborde Blades of blood, c’est qu’il est réalisé par Lee Joon-ik, dont c’est le septième film, et qui s’est fait connaître en 2005 avec l’immense carton Le Roi et le clown. Il repose sur un scénario complexe mais bien transposé à l’écran, une dynamique qui ne faiblit jamais en dépit de quelques longueurs, et des scènes de sabre solidement chorégraphiées.

Au 16ème siècle, en pleine ère Chosun, alors que la Corée du Sud prévoit une invasion du Japon, les factions se divisent. Lee Mong-hak (Cha Seung-won, Blood Rain, Attack of the gas station), à la tête d’une armée rebelle, rêve de se faire sacrer roi, et conquiert le pays par le sang. Il épargne en route Kyun-ja (Baek Sung-Hyun, Marathon), le fils bâtard d’un seigneur qu’il a  fait massacrer, lui et toute sa suite. Mal lui en prendra : Kyung-ja rencontre Hwang (génial Hwang Jung-min, Une Femme coréenne, Bloody Tie, Heaven's Soldiers), légendaire épéiste aveugle, qui veut venger la mort d'un ami tué par Lee, son ancien frère d'armes, ainsi qu’une ancienne maîtresse délaissée par… Lee, décidément. Trois personnes qui ont chacune une raison de se venger du même individu, ça fait beaucoup. Avec l’épéiste aveugle, on pense bien sûr à Zatoichi. Celui-ci, plutôt roublard, apprend à Kyun-Ja l’art de combattre. Une mention spéciale au jeune Baek Sung-hyun, l’interprète de Kyun-Ja, qui rend crédible l’évolution lente mais sûre de son personnage, du statut de souffre-douleur car bâtard, à celui de combattant dépassant sa peur.

Les intrigues et diverses tensions entre les personnages sont complexes et palpables. Ici, personne n’est ni blanc ni noir ; il n’y a pas de grand méchant, sauf peut-être les Japonais [ça c’est culturel, NdR]. Le beau Lee Mong-hak, maître redouté au sabre, a sa logique : il souhaite avec son armée contrer l’envahisseur japonais, et a des raisons de lorgner sur le pouvoir, corrompu et inefficace face à la menace imminente. Les scènes de palais sont particulièrement savoureuses, chargées d’ironie, avec les cabinets de l’Est et de l’Ouest qui conseillent avec autant d’honnêteté et d’objectivité le roi que peuvent le faire les conseillers des gouvernants actuels ! Les dimensions historique et politique font de Blades of blood plus qu’un simple film de sabre comme les autres. Pour finir, il n’y a rien à redire sur les chorégraphies d’escrime et les scènes de combat entre armées…



Lee Joon-ik récidive donc, avec ce spectacle de qualité, dans le fond comme dans la forme, qu’Orient-Extrême vous conseille de courir voir dès qu’il sortira (nous l’espérons) en France, dans les salles, ou en DVD/Blu-ray.

Christine Calais


Cliquez ici pour accéder à :
- La première partie des chroniques, Hommages à Kim Ji-woon & Hong Sang-soo ;
- La deuxième partie des chroniques, Compétition et panorama.

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