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FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE DE DEAUVILLE 2011 - CHRONIQUES - PARTIE 1/3

A l'occasion de sa 13ème édition, le Festival du Film Asiatique de Deauville (9-13 mars derniers) a tenu une nouvelle fois sa promesse, celle de nous présenter la variété d’un cinéma asiatique plein de vigueur. Au programme : des hommages à deux cinéastes coréens, de l'action, et de nombreux autres films de divers pays, depuis l’Inde jusqu’au Japon, en passant par la Thaïlande et la Chine. Orient-Extrême, dont la dernière visite au festival remontait à 2006, a pu voir une partie de la programmation, fort inégale, mais parsemée de bonnes surprises en faisant un bon cru dans l’ensemble. Comparé à son grand frère américain qui se tient chaque année au mois de septembre, le pendant asiatique se caractérise par une ambiance bien plus intimiste… et une organisation plus artisanale, aussi, sans photo calls bourrés de photographes, de conférences de presse pleines à craquer de journalistes, ou de fans attendant des heures l’autographe d’une star.

Car oui, nous omettions le plus important, après les films projetés : la présence de grands réalisateurs et de stars, tout du moins dans leurs pays… En mars, la cinéphilie régnait en maître à Deauville. Projetés sur l’écran géant du C.I.D. de Deauville, dans une salle de plus de 1500 places, certains long-métrages de la sélection avaient de l’allure. D’autres se sentaient un peu désemparés au milieu de cet écran trop grand pour leurs formats HD ou Betacam numérique, leurs couleurs rappelant davantage la VHS que la magie du cinéma…
Mais à la sortie de cette salle de projection principale, il y a le casino d’un côté, la mer de l’autre ; et Deauville hors saison, aux premiers jours du printemps, c’est plus agréable qu’on ne le pense. Une petite bouffée d’air pur entre deux films, quoi de mieux ? Même si la bonne programmation de soirée empêche de voir le coucher de soleil aux lueurs pastel sur la mer…

L’entrée au festival étant relativement peu chère par rapport au nombre de films projetés, et à leur qualité fort honorable (34 euros pour quatre jours remplis, plus la soirée d’ouverture, et 10 à 12 euros pour un jour), nous enjoignons le lecteur à y faire un petit tour l’année prochaine, lorsque se tiendra la 14ème édition, du 7 au 12 mars 2012. Histoire de se distraire de la lourde effervescence préélectorale qui régnera à ce moment dans tout le pays…





Cette année, le festival a rendu hommage à deux réalisateurs sud-coréens, l’affable Hong Sang-soo (Conte de cinéma, Woman on the beach... ci-dessus, à droite) et Kim Ji-woon (A Bittersweet life, Le Bon la brute et le cinglé... ci-dessus, à gauche), se payant même le luxe de projeter leurs derniers films en avant-première. À Ha ha ha, la décevante comédie du premier qui, en recevant son trophée avant la projection, sembla aussi indifférent qu’on l’aura été à son film, nous préférerons le terrifiant thriller J’ai rencontré le diable (I saw the devil) du second. La rétrospective que le festival lui a dédié a été pour nous l’occasion de découvrir un de ses premiers long-métrages, l’hilarant Foul King, le réalisateur changeant de répertoire à chaque film. Mais commençons par la terreur !




J’AI RENCONTRE LE DIABLE

Quand les limites sont dépassées

Vous voulez vraiment avoir peur ? Alors courez voir à partir du 6 juillet J’ai rencontré le diable, ultime film de tueur en série qui dépasse les limites de la violence montrée sous toutes ses coutures au cinéma. Un thriller qui fait froid dans le dos, glace les sangs et malmène vos émotions. "Je voulais observer l’énergie primitive qui surgit du clash entre la folie furieuse et la démence glaciale", explique le réalisateur Kim Ji-woon à propos de son septième film, projeté lors de la cérémonie d’hommage qui lui a été rendue. C’était un avertissement aux âmes sensibles : la consommation passée de films d’une extrême violence ne prépare pas nécessairement au spectacle que propose le film, des plus dérangeants. On ne ressort pas indemne de ces 2h22, dont la plupart des minutes sont terrifiantes.

Le dossier de presse commençait par ces mots de Nietzsche, tiré de son œuvre essentielle Par-delà le bien et le mal : "Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela ne le transforme pas en monstre. Si tu regardes longtemps au fond de l’abîme, l’abîme aussi regarde au fond de toi."

Œil pour œil, dent pour dent !

Quand le prolifique tueur en série Kyung-chul enlève et démembre sa bien-aimée, Soo-hyun, agent des services secrets, se met en tête de l’identifier, le retrouver et exercer son droit à la vengeance. Mais rapidement, son obsession n’est plus tant d’ôter la vie au monstre que de le pousser aux confins de la douleur et du désespoir avant de lui porter le coup de grâce. La seule question est : saura-t-il se fixer une limite ?

À partir de ce pitch cash, fondé sur le thème ultra-classique de la vengeance, l’esthète Kim livre à travers une réalisation sans faille et un rythme bien dosé un enchainement de scènes à la hauteur du sujet, à l’horreur non pas suggérée, mais montrée sous tous ses angles, avec du sang qui dégouline partout, confinant parfois à l’humour le plus noir.

Bien sûr, la soif de vengeance du héros face à de tels crimes place au début le spectateur en position d’identification. Mais la progression du film fait que sa poursuite devient elle-même (très) sadique. Jusqu’où ira-t-il ? Parviendra t-il à mener à bien sa traque sans merci ? Comment réagira Kyung-chul, certainement pas prêt à tendre la joue et se laisser faire malgré toute la férocité de son juge ? Son esprit machiavélique et tortueux aura-t-il raison de sa détermination ? Soo-hyun devra t-il devenir un monstre pour vaincre un autre monstre ? Ou l’intérêt de ne pas être devant un film hollywoodien au happy end de rigueur…

Au-delà du film de genre

Alors, ode au film de genre, ou non ? Kim Ji-woon lui-même hésite : "Ma fascination pour les films de genre est au cœur de mon travail. Et pourtant, J’ai rencontré le diable s’articule autour des émotions et des actes de deux hommes qui se torturent au nom d’une certaine idée de la vengeance, plutôt que sur un schéma qui correspond aux canons d’un film de genre."

Le cinéaste, qui, après avoir été acteur et metteur en scène de théâtre, a commencé au cinéma comme réalisateur avec The quiet family (1998), qui oscillait entre comédie et drame, s’est essayé tour à tour au film comique avec Foul King, au film d’angoisse avec Deux sœurs, au film noir avec A bittersweet life, et au western avec… Le Bon, la Brute et le cinglé. Façon parmi d’autres de prouver qu’il n’hésite jamais à s’essayer à un nouveau répertoire cinématographique, et meilleure manière de ne pas être catalogué. Aujourd’hui, son thriller, que l’on pourrait voir sous l’angle du gore, est beaucoup moins simpliste que cela, comme lui-même le suggère : "Ce film pourrait être une fable sur le thème de la souffrance partagée. Il prend aussi une dimension religieuse si on l’analyse à partir de la lutte contre le diable. Il touche à nos consciences, à notre idée de la morale, du bien et du mal, en posant la question de la légitimité de se faire justice soi-même." En effet, bien que la dimension 'branson-ienne' du héros n’échappe pas au spectateur, la lutte du film entre le bien et le mal n’est pas aussi manichéenne qu’on pourrait le penser.



Vues d’interprètes / interprétations des vues

Le film, qui a été primé au festival de Gerardmer (prix de la Critique, du jury Jeunes et du public), vaut aussi par l’interprétation des deux acteurs principaux. Choi Min-sik a travaillé sur le premier film du réalisateur, The quiet family. Il est connu pour avoir interprété le père de famille séquestré d’Old Boy, de Park Chan-Wook, et pour son rôle déjà abominable de Mr Baek dans Lady Vengeance, du même réalisateur. Il analyse avec justesse son rôle de serial killer : "Kyung-chul n’est pas humain. Ce personnage est né comme ça, absolument diabolique. Pour l’interpréter, j’ai essayé de faire sortir ce qu’il y avait de plus ignoble en moi, d’extraire les comportements les plus sombres, violents et démoniques. Il était difficile de jouer quelqu’un qui ne ressent aucune culpabilité, qui n’éprouve aucun regret pour les atrocités qu’il commet. Le film nous fait prendre conscience que le diable existe, qu’il a sa place dans nos vies quotidiennes. Kyung-chul est une représentation, un archétype de cette violence brutale, douloureuse qui taraude et menace la société." Après ce film, vous ne regarderez sans doute plus votre voisin de la même manière…

Kim Ji-Woon espère que "les spectateurs vont apprécier ces personnages extrêmes. A travers ces deux personnages qui s’affrontent, j’espère que le public va s’interroger sur les raisons qui font que certaines personnes mènent une existence normale quand d’autres vivent comme le diable. On peut se demander quand les choses ont commencé à se détériorer et jusqu’où."

Le séduisant agent secret, interprété par Lee Byung-hyun (récemment au top dans la série Iris, où il joue un rôle... d'agent secret), est très éloigné de l’univers jamesbondien. L’acteur coréen reconnaît : "A la première lecture, j’ai pensé que l’histoire et mon personnage étaient assez simples. J’avais tout faux. Au cours du tournage, le plus éprouvant pour moi a été de dévoiler toutes ces émotions et changements quasi imperceptibles, qui mènent de la rage à l’indifférence absolue, chez un être obsédé par la vengeance. Jusqu’à présent, les films dans lesquels j’ai tourné m’avaient amené à jouer des personnages qui, soit réprimaient leurs émotions, soit explosaient de haine et de colère." Lee Byung-hyun tourne pour la troisième fois avec Kim Ji-Woon, tête d’affiche d’A Bittersweet life (2006), et brute du Bon, la brute et le cinglé (2008). L’acteur poursuit : "Ici, les deux se côtoient [chez son personnage, NdA]. On assiste progressivement à sa métamorphose. J’ai fait tout mon possible pour transmettre ce mélange sourd de tristesse et de haine qui s’empare de lui à chaque étape." Nous confirmons, c’est réussi.

La violence est-elle toujours illégitime ?

Lee Byung-Hun conclut : "J’espère que les spectateurs pourront s’identifier aux transformations auxquelles est confronté Soo-hyun, et comprendre que ses actes, aussi violents soient-ils, sont le résultat des émotions avec lesquelles il se débat." Voilà un intéressant sujet de débat que vous pourrez lancer entre amis, à la sortie de la séance, si bien sûr vous parvenez toujours à faire fonctionner votre cerveau correctement après ce déluge d’extrême violence, de sadisme et de perversion : "la violence est-elle toujours illégitime ?"



FOUL KING


Une perle coréenne

Alors que le nouveau film du sud-coréen Kim Ji-Woon provoquait des haut-le-cœur dans le C.I.D., la rétrospective dédiée à son auteur, occasion d’enchainer les sept films de sa filmo, prouvait un éclectisme certain. Parmi eux, le petit bijou comique Foul King, réalisé en 2000, se démarquait…

Foul king est l’histoire d’Im Dae-ho (génial Song Kang-ho, futur père mortifié de Sympathy for Mr Vengeance et père abruti de The Host), employé de banque improductif et souffre-douleur de son patron, qui un jour découvre une salle d'entraînement de lutteurs, et décide de prendre des cours…

Le harcèlement physique et moral du pauvre employé, qui a la fâcheuse tendance à arriver en retard, par son patron tyrannique donne lieu à quelques scènes du plus haut comique. Song Kang-ho est parfait dans le rôle du brave M. Tout le Monde, version benêt ahuri, qui veut enfin pouvoir faire la nique à son petit chef. Quoi de plus parlant ? Tout spectateur rêvant de tenir un jour tête à son patron s’identifiera facilement à lui.



Son intrusion dans le monde du catch n’est pas de tout repos, mais sous le nom de Foul King, le héros va pouvoir vivre une seconde vie, pleine de rêves de gloire. Mais on n’est même pas dans une version humoristique de l’ultra-réaliste The Wrestler de Darren Aronofsky, l’entièreté de l’histoire prêtant à la comédie. Pour autant, si l’humour n’est pas toujours très fin, Foul king est un film plus fin que ses gags ne le laissent penser, empli d’un sens de la dérision et de l’absurde qui autorisent de multiples visionnages. Une réussite en matière de comédie, à découvrir en DVD.



HAHAHA


Ni chaud ni froid

La projection du film Hahaha s’est faite dans le cadre d’un hommage rendu au cinéaste sud-coréen Hong Sang-soo. A cinquante ans, ce dernier compte onze réalisations sur son CV, dont La Vierge mise à nue par ses prétendants, La Femme est l’avenir de l’homme, Turning gate ou encore le récent Les Femmes de mes amis ; et l’homme est reconnu par la communauté cinématographique internationale. Pour la cérémonie, son film Hahaha, réalisé en 2010, et sorti en France le 16 mars dernier, a été sélectionné après avoir reçu le Prix Un certain Regard au festival de Cannes 2010.

Pour un film intitulé Hahaha, il ne nous a pas vraiment fait marrer. Certes, là n’était peut-être pas son but, mais atteindre ce niveau d’ennui ne l’était sans doute pas non plus, et l’accueil positif de la critique, au vu des notes émises lors de sa sortie, n’y change rien. Soporifique : un peu comme Hong Sang-soo lorsqu’il est venu recevoir son hommage sur la scène du C.I.D. de Deauville, un air de s’ennuyer profondément sur son visage joufflu, sans même chercher à faire semblant, ne se donnant même pas la peine d’insuffler au public le moindre enthousiasme au sujet de son film. Le prix semble ne lui avoir fait ni chaud ni froid ; il est normal que le spectateur non averti lui retourne son compliment.

Nous précisons bien "non averti", car que le visionnage de ses autres films permettra peut-être de trouver un intérêt quelconque à Hahaha, et d’y rentrer plus facilement. Il paraît que des motifs reviennent dans ses films. Ici, nous suivons le récit de deux amis, dont l’un est cinéaste, se retrouvant autour d’une table, avec moult bons alcools, et parlant de leurs vies et leurs amours, plus proches qu’ils ne le croient [NdR : en effet, ça ressemble à peu près à l’histoire de tous ses autres films, voilà un motif…].



Ainsi, Jo Mun-kyung (Kim Sang-kyung, révélé dans Memories murder, déjà vu dans Conte de cinéma), le réalisateur, prévoit de quitter Séoul pour vivre au Canada. Quelques jours avant son départ, il revoit autour d’un verre son grand ami Bang Jung-shik (Yu Jun-sang), critique de film. Lors de ce rendez-vous arrosé, les deux amis découvrent par hasard qu’ils se sont rendus récemment dans la même petite ville en bord de mer, Ton-yung. Ils décident de se raconter leur voyage réciproque à condition de n’en révéler que les moments agréables. Ne réalisant pas qu’ils y étaient tous les deux au même moment, côtoyant les mêmes personnes, les réminiscences de leur été torride se déroulent tel un catalogue de souvenirs. Les rencontres avec les femmes (dont la star Moon So-ri, Une Femme coréenne, Bewitching Attraction ; et Kim Min-sun, Memento Mori, Portrait of a beauty), et la séduction sont naturellement au centre des deux histoires. Le spectateur suit les deux récits parallèles, qui en fait s’entremêlent et s’enchevêtrent.

Et cela aurait pu être bon, à défaut d’être neuf. Mais les personnages, dont les caractères sont bien esquissés, ne dégagent aucune force vitale. Nous avons donc là près de 120 minutes de deux tranches de vie simples et pas forcément déplaisantes à suivre, mais sans grand intérêt, les sentiments exprimés n’arrivant pas à traverser la toile pour toucher le spectateur au cœur. Très tôt après la séance, il n’en reste pas grand-chose.


Christine Calais


Cliquez ici pour accéder à :
- La deuxième partie des chroniques, Compétition et panorama ;
- La troisième partie des chroniques, Compétition Action Asia.


Copyright photos de Kim Jee-won et Hong Sang-soo au 13ème Festival du Film Asiatique de Deauville © Christine Calais.

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