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REVIEW EXPRESS #08 - "WINDSTRUCK", "THE BIG SWINDLE" & "DORORO"

Pour accéder au numéro précédent, cliquer ici.


On vous avait parlé ces dernières semaines du mois de mars, comme de noël pour les dvd-vores ; on ne nous avait pas menti : entre les sorties de films d'Oshima Nagisa et Yoshida Kijû chez l'excellent éditeur Carlotta films, la nouvelle vague de la collection Asian Star, et les petites sorties solitaires chez des éditeurs comme CTV ou Kaze, on peut arrondir le tout à une vingtaine de films. Réservant aux Oshima et au titre phare de la vague Asian Star, le somptueux Love Letter, les articles individuels qu'ils méritent, La rubrique Review Express se concentre ce mois-ci sur deux autres titre de la collection, Windstruck et The Big Swindle ; et sur la sortie cinéma Kaze du mois, Dororo. Au programme : un mélo qui sait se diversifier, une comédie de braquage qui sait aussi voler ses spectateurs, et un hideux nanar fantastique. Qui dit mieux ? 


WINDSTRUCK, de Kwak Jae-young
[SORTIE DVD] [Editions Pathé vidéo, collection Asian Star]
Corée du sud/ 2004 / Avec Jun Ji-hyun, Jang Hyuk, Kim Jeong-Tae...

My romanesque girl

Kyung-jin est une fliquette un peu casse-cou qui arrête par erreur l’inoffensif Myung-woo en le prenant pour un voleur à la tire. Malgré ces débuts douloureux (pour le second) et à l’exception de quelques tartes, l’amour nait entre ces deux êtres complémentaires, les conduisant dans des péripéties rocambolesques où Myung-woo finit toujours cassé en deux. Jusqu’au jour où une conséquence bien plus dramatique et définitive met à l’épreuve la force de Kyung-jin, seule et affligée, ainsi que sa foi en l’amour éternel, par-delà la mort…

Air connu ? Kwak Jae-young, le réalisateur, nous avait déjà fait le coup de la fille violente et de la dichotomie assumée action/romance dans son succès My sassy girl (le visuel du DVD français nous le fait suffisamment remarquer (1)). Que les fans et détracteurs du premier soient avertis : Windstruck  est une variante démesurée du premier, en cela qu’elle multiplie les ruptures de ton cent fois plus contrastées. Au programme : comédie tradi, romantisme nunuche, sur fond de mobilier Ikéa, puis de rêverie médiévale, gunfights en entrepôts, course-poursuites urbaines, reprise du Knockin’ on heaven’s door de Dylan, mélo à madeleines, héroïsme sanctifié, fantômes venteux, résurrections mystiques, Destin souverain en caméo, etc. Surtout etc. Tout ça. Tout ça, traité avec le même savoir-faire technique, et le même sens du premier degré. C’est simple : Windstruck est un explosif exemple du mélange des genres qui tient miraculeusement la route… peut-être parce qu’il l’assume entièrement, ou mieux : parce qu’il en fait, sur une base simplissime, son crédo.

Ainsi, lorsqu'il se veut bêtement mignon, l'est-il vraiment (voir la scène de co-toilettage au commissariat), de la même façon qu'il sait installer des atmosphères inquétantes quand tourne le vent (voir le massacre du night club). La recette ? Windstruck est surtout une gâterie intime, pas question de masturbation, ici : simplement, d’enchaînement risqué de choses qui plaisent, à son auteur, au spectateur identifié. Un montage de pièces pas forcément harmonieuses, mais dont beaucoup ont, séparément, un charme indéniable. Mais on pourrait davantage parler de clips que de pièces, ici : le réalisateur s’en approprie la puissance évocatrice dans nombre de séquences. Son matériau de base est ultra-vu (Ghost…) et convenu , la majorité de ses personnages sont des vignettes fonctionnelles ; mais une fois plongés dans cette dynamique compartimentée en pistes mélodieuses, tout cela acquiert une dimension symbolique qui excuse les approximations et se concentre sur son essentiel : le pathos de l’instant. On peut fustiger son diktat, ou accepter de se faire avoir. Cette logique, assumée jusqu’au bout, fait de Windstruck un clip géant, qui s’exprime tant dans l’utilisation du somptueux Tears de X JAPAN lors des acmés lacrymales, que dans cette scène d’action "over-the-top" où fifille arrête une voiture à coup de Beretta sur le méga-hit hip-hop BK Love (2) : c’est simplement super bien emballé. La logique a ses ratés : la scène de la danse sous la pluie est par exemple un échec, tout comme une poignée d’autres, à peine excusées par la candeur de l’ensemble. Mais le film est comme un album constitué de pistes dont les seuls éléments fédérateurs sont l’héroïne et son amour pour Myung-woo (le reste importe peu, y compris Myung-woo, interprété par un Jang Hyuk trop peu charismatique) ; de fait le spectateur peut sans mal mettre de côté ce qui ne lui plaît pas, sans que ces faux pas n’aient d’incidence sur le reste – malin, le Kwakwak. Et ce qui est traité sommairement, comme les remords du partenaire de Kyung-jin (beau personnage), finit par toucher en quelques séquences fortes.



Ainsi, acte 1, Kwak Jae-young est un vrai filmmaker, et Windstruck sa célébration : il avait tiré un plan mémorable de son premier film, celui des pieds de l’héroïne reculant sur le quai à l’approche du train, à la fin du film ; ici, à l’exception d’un suicide introductif assez mal fichu, il multiplie les expressions graphiques du faiseur qui connaît déjà ses plans avant de tourner, excellant particulièrement au montage (le quasi-assassinat de l’héroïne dans le parking). Acte 2, Jun Ji-hyun n’est pas qu’un hamster de plus, et Windstruck, plus beau "vidéobook" auquel elle pouvait aspirer, le prouve : actrice dont le talent comique n’a rien à envier à son formidable potentiel pleurnicheur, elle s’éclate et s’impose à l’image, épouse toute d’étincelles la couleur de chacun des segments qui composent le film, avec un sens de l’implication communicatif. Simplement, elle mérite le rôle, et on espère la revoir vite au cinéma (3), qu'elle semble un peu déserter depuis 2006 et son calamiteux Daisy (sur un scénario de, hum, Kwak Jae-young !).

Il serait injuste d’ignorer un fond sous prétexte qu’il est simpliste et n’apporte rien de nouveau à un genre éculé que les années de pratique rendent de plus en plus exigeant : sa conclusion, bon exemple d’autocitation maline (plus qu’un hommage à My Sassy girl) qui fait du film une fausse préquelle de ce dernier, nourrit suffisamment le spectateur fleur bleue en quête de positivisme un minimum novateur. Bien sûr, c’est encore l’énergie du film et la foi idolâtre de son auteur en son héroïne qui confèrent à cet épilogue mignon tout plein ce charme poétique. Mais ne peut-on pas parler de tour de force, s’agissant peut-être du mélodrame qui se sera le moins embarrassé de subtilité depuis un sacré bail ? Laissons la subtilité aux livres, dit-il. Nous, on a autre chose !




THE BIG SWINDLE, de Choi Dong-hun
[SORTIE DVD] [Editions Pathé vidéo, collection Asian Star]
Corée du sud / 2004 / Avec Park Shin-yang, Yum Jung-ah, Baek Yun-shik...

L'arnaque de la cool attitude

Chang-yok, voleur super cool parce qu’il a des mèches, propose le casse du siècle à M. Kim, ex-voleur quinquagénaire lui aussi super cool parce qu’il sait tout (et que sa femme est belle). Total, le premier meurt (enfin, on dirait), le second prend la fuite, leurs acolytes finissent mal, et personne ne sait où se trouve l’argent. La police est embêtée. Pendant ce temps-là, la jeune épouse du fugitif rencontre le frère de Chang-yok, joué par le même acteur, affublé de prothèses qui l’enlaidissent. On nous assure que tout cela est vachement cool.

The Big swindle, film qui ne se prend pas au sérieux et assume ses influences pop-occidentales, aurait pu donner une sympathique histoire de brigands chics qui passent leur temps à raconter des blagues. S’impose malheureusement à table le problème de ton (puisque d’impersonnalité) récurrent dans les films coréens qui veulent rire et frimer comme dans les rues de San Francisco, mais sans avoir la recette. Le résultat est amusant au début, puis très vite fatiguant jusqu’à la migraine, à force de bavardages-cataractes tarantiniens dont le fastidieux effort d’originalité fait parfois peine à voir.

C’est ça ! The Big swindle, resucée mal digérée de la comédie de gangsters des 90’s, est également un Ocean's Eleven du pauvre, dramatique constatation lorsqu’on se souvient que le film de Soderbergh ne nageait déjà pas dans le luxe. Oui, c’est ça, le pauvre, le toc, plaqué or tout au plus, avec de belles gueules et du bruit tout le temps comme cache-sexe de la banalité surcomplexée. La seconde partie avait la chance de se délester d’un poids mort en ne révélant pas trop tard un pot-aux-roses qui ne bernait personne depuis le début (l'identité du frère du héros, gros ouvrage qui fait passer le twist final de Rogue avec Jet Li pour du Tolstoï). Et elle avait aussi l’intelligence de tirer vite fait un trait sur des personnages dont le spectateur ne se préoccupait que très vite fait – triste consolation. Las ! Elle loupe sa rédemption en apportant une lumière définitive sur le toc de l’entreprise, dont on redoutait jusque là l’existence. Le toc derrière le cool : un autre genre de "casse" qui a fait ses preuves. Le film va trop vite, pas le temps de réfléchir sinon on va tout louper, et puis on nous a dit que c’était cool ! Ses armes ? Le blabla précité sur des sujets triviaux (exemple : Kafka, ou le vin) ; le split-screen sur une BO jazzy décontractée ; le puzzle narratif pour faire travailler les méninges ; les ray-bans ; etc. Mais si cette partition du cool ultra-light, autrement dit du vent, avait seulement eu un bon interprète, on aurait pu s’en contenter. Las bis !


Entre un Baek Yun-shik répétant son rôle suivant (The President’s last bang), un Park Shin-yang momifié par son second et grotesque personnage (Kilimanjaro, c'est loin !), et une brochette de seconds couteaux sans grande saveur, la belle au format sauterelle Yum Jung-ah est la seule à sortir vraiment son épingle du jeu, en aguicheuse ingénue après l'âge. Si son physique un peu trop sophistiqué convenait mal à la province historique du Vieux Jardin, The Big swindle le met immédiatement en valeur, dans un festival de costumes criards et de poses de bar-lounge. Mais pour l’entourer de qui et de quoi ? D’un peu rien (donc). Parce que derrière la saturation de blagues relax, de ralentis publicitaires, de musique d’ascenseur, le vide pointe. Et un film sans substance, c’est moche, commissaire.




DORORO, de Shiota Akihiko
[SORTIE DVD] [Editions Kaze]
Japon / 2007 / Avec Tsumabuki Satoshi, Shibasaki Kou, Asô Kumiko, Eita...

Raplaplat


Né démembré à sa naissance suite à un pacte maléfique passé par son seigneur de guerre de père, Hyakkimaru part, muni de ses prothèses tranchantes, à la recherche des démons qui lui rendront chacune des parties de son corps qui lui manquent. Dans sa quête il croise le chemin d’une voleuse rigolote qu’il prénommera Dororo… Fait rarissime pour une superprod nipponne, Dororo est réalisé par Shiota Akihiko, soit un vrai cinéaste doté d’une petite filmographie caractérielle (Harmful insect, Canary), et que rien ne prédestinait à pareille entreprise. Ce genre de contre-emploi donne souvent des surprises éclatantes ou… des noyades cocasses. Surtout.

Dororo retient l'attention dès son ouverture rouge et son noir, où même les blancs sont sales, en un vaste et fluide brassage d’un champ de bataille où les survivants sont achevés sur fond de synthétiseur pénétrant. Un mélange étonnant de kitsch rétro  et de classicisme tribal imprègne la caméra, et atteint son point d’orgue dans l’extraordinaire séquence musicale post-générique. Ce que l’on peut appeler de l’inspiration, une idée d’agencement, un plan tiré sur une comète filmée. Un nirvana qui part en chupa-chups dès après… et ce en UNE scène, celle du cabaret médiéval, avec ses danseuses chipées à Christina Aguilera, qui de son amorce à sa conclusion passe d'un parrainage Blade Runner-esque (faussement) médiéval à un look de jeu vidéo en carton.

En effet, la séquence musicale précitée, dans l’élégance de ses cadrages et le lyrisme de son ton, fait figure d’exception dans un film bouffon qui ne saura plus, jusqu’à sa conclusion, sous quel angle filmer son premier degré. Le rat mort qui parle, les grondements de bonze, les filtres ocre et les ombres capées... Au début, tout est d’un cheap exotique qui aurait ravi l’amateur de cinéma bis, si seulement le film avait su jouer modérément cette carte, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Dororo amorce alors une virée vers les tréfonds d’une nullité malheureusement très répandue dans le cinéma fantastique nippon, faite d’interprétations caricaturales, de tics visuels désuets, d’emphase grossière et d’humour attardé. A l’adresse donc d’un public très typé !



Dororo, qui se voudrait un conte de dark-fantasy mêlant habilement comique manga-esque et dilemmes cornéliens, n’est qu’un pot-pourri mélangeant hardiment un peu du Seigneur des Anneaux pour son pacte maléfique initial, de Berserk pour son héros en proie favorite des démons, d'un Pinocchio trash pour la genèse de ce dernier, et... d'un épisode d'X Files (les œufs de petits démons sur du Bontempi !). Voire d'un bon Bioman pour les méchants en plastique de fin de niveau. Et on y était presque : tout le pari pochard du film se base sur l’hommage au sentai (4), via des costumes de monstres achetés chez Toys’R’S et des plans typiques du genre, comme cette contre-plongée de l'héroïne sautant d'un rocher au ralenti, le soleil brillant en arrière-plan. Le flamenco est là pour le confirmer : le spectateur un tant soit peu nostalgique est là pour s’en payer une bonne tranche. Le problème est alors triple. Tout d’abord, l’usage d’effets spéciaux numériques, peut-être les pires que l’on ait vu au cinéma ces derniers années (voir Tsuchiya Anna en grosse chenille maléfique), contredit l’approche "old-fashion" du genre. Ensuite, des relectures parodiques des 80’s, on s’en est assez payées. Pour finir, ça n’a rien de vraiment drôle… ni rien de grave quand le ton devient sérieux (voir Eita en prince dévoré par la jalousie (!)), la faute à un scénario lourdaud et paresseux, qui déroule systématiquement son intrigue dans les récits de chaque personnage secondaire croisé en chemin, comme un tour-operator. On préfère donc se reporter sur une Shibasaki Kou barbouillée de suie, plutôt rigolote de cabotinage incontrôlé (voir photo promotionnelle ci-dessus à droite), surtout face à un Tsumabuki Satoshi grave comme une leucémie (5). Elle est à l’image du film, mignonne mais vaine tentative de résurrection de ces fantasy-movies de série B, dont le désastre pluridimensionnel en fait une série Z oubliable.


Alexandre Martinazzo


Notes :

(1) A propos du visuel de l'édition française de Windstruck : après une longue réflexion, dont l'intensité s'est mesurée à la gravité du sujet, l'auteur de ces lignes lance un appel solennel. Quiconque connaissant l'identité réelle du responsable  recevra un twix en échange de cette information. Le malfrat et ses comparses ont déjà défiguré bien trop de jaquettes, et ce dans l'impunité la plus totale, protégés par leur employeur inconscient. Il est temps que ces atrocités cessent.
(2) Anecdote pour rire : si vous n'avez jamais vu le clip de BK love, single du rappeur sud-coréen MC Sniper que le réalisateur Kwak Jae-young a bien su mettre en valeur dans son film, on vous le recommande chaudement (trouvable sur youtube) : il s'agit peut-être du pire vidéoclip jamais réalisé (si, si).
(3) Soit pas plus tard qu'en juin prochain, lorsque sortira l'adaptation cinéma de l'anime Blood : the last vampire, réalisée par le frenchie Chris Nahon, et dans laquelle Jun Ji-hyun, alias Gianna Jun en mode international, joue la tueuse de vampire Saya !
(4) Le sentai est le nom (signifiant "escadron de combat") d'un genre particulier de séries télé japonaises, mettant en scène des super héros colorés aux prises avec d'immondes salauds d'extra-terrestres. Le plus connu chez nous est, bien sûr, Bioman.
(5) Seconde anecdote pour rire : Dororo marque les retrouvailles de Tsumabuki Satoshi et Shibasaki Kou quatre ans après le kawaii et super fashion feuilleton à l'eau de rose Orange Days. Pourquoi donc étaient-ils plus à leur aise là-dedans (même Shibasaki en muette grincheuse) ? Les paris sont lancés.

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