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REVIEW EXPRESS #06 - "X CROSS", "FLASHPOINT" & "CONNECTED"

Pour accéder au numéro précédent, cliquer ici.


En ce début d'année 2009 dont le premier trimestre cinématographique s'annonce asiatiquement nourrissant (entre autres, les deux gros films de guerre chinois Les Seigneurs de la guerre et Les Trois royaumes, bientôt dans nos salles obscures), et en attendant notre critique du blockbuster nippon 20th century boys pour très bientôt, il convient de passer en revue les grosses sorties DVD du mois. Notre choix s'est porté sur le sympathique délire horrifique japonais X Cross et le film de baston hongkongais Flashpoint, qui lui se rélève être une grosse déception. Pour compléter le tout, nous avons choisi de mettre en avant un import zone 3, le hongkongais Connected, parce qu'il vient de sortir là-bas (sous-titré anglais, attention), et qu'il s'agit d'une des meilleures surprises de ces derniers temps au royaume du thriller nerveux. Avis aux amateurs.


X CROSS, de Fukasaku Kenta
[SORTIE DVD] [Editions Seven Sept]
Japon / 2007 / Avec Matsushita Nao, Suzuki Ami, Ikeuchi Hiroyuki, Kamui Kyôji...

Se repentir, en s'amusant !


Deux amies partent décompresser dans une station thermale perdue, sans se douter que ses employés et les occupants de la forêt alentour pratiquent un culte gourmand en sacrifices humains… Une fois séparées, les voilà poursuivies par d’abominables autochtones, avec comme seul ami leurs téléphones portables qui les relient. Ainsi pourrait-on résumer X Cross, le dernier film de Fukasaku Kenta… Oui, lecteur, tu as bien lu, l'homme dont le nom même fut frappé du sceau de l’infamie le jour où il rappela au monde que le talent n'a rien de génétique, et insulta par la même occasion la mémoire de son illustre père (1) en lui attribuant une bonne moitié de responsabilité dans son cataclysme Battle Royale 2, pire film de la galaxie (si, si), génocide audiovisuel et parfait exemple du pire de l’altermondialisme bobo débile, avec ses enfants ennemis des adultes, ses USA empire du mal, et ses nipponnes habillées en moukères top tendance, parce qu'en Afghanistan, ils sont pauvres donc gentils et libres. Hum.

Et pourtant ! Miraculeusement, le criminel livre un cinéma bis bien moins affligeant que celui d'un Kitamura Ryûhei (excepté le réussi Versus). Il serait injuste d'omettre qu’il a appris quelques rudiments de réalisation entre temps, notamment via son troisième film, Tokyo Girl cop, (avec la momousse Matsuura Aya ! (2)) qui bien que crétin, portait en lui les prémices d’une évolution – il était amusant. C'est là le seul avantage de démarrer sa carrière sur un pire film : le reste ne peut qu'être moins pire. Si reste il y a, et si ce reste intéresse encore quelqu'un, bien sûr. Et il en reste, tiens ! Comme quoi le pardon a parfois du bon.

Car l’ex-fiston a la bonne idée de réinventer le film d'horreur fantastique ringard, avec pratiques barbares loufoques, grandes filles courant (dans les bois) se réfugier là-où-il-faut-pas, fondus au blanc bien télévisuels, et cours d'ethnologie au téléphone alors que l'héroïne est en danger de mort. Ni gore ou hystérie comique à la Evil Dead ou Braindead : juste deux bimbos, et une faune de gueux mongoloïdes obsédés par le pied gauche de l'héroïne qu'il leur faut couper pour suivre scrupuleusement la tradition ancestrale (pour que leurs femmes ne les quittent pas, oui). En résulte quelques scènes plutôt originales et amusantes, comme ce duel, pour une histoire d’ex-boyfriend, entre la mimi Aiko (caricature de la pouf’ tokyoïte branchée) et une gothique lolita psychopathe affublée d’un costume rose et de deux paires d'énormes cisailles ; et l'action grotesque qui l'entoure, notamment dans un décor lugubre de toilettes destroy. Cette partie là, proche du survival horror (et qui excuse le jeu limité des actrices), illustre bien ce qu'il y a de plus distrayant dans le film, en cela qu'elle affiche un j'm'en foutisme assumé. Chez Fukasaku, les fashion victim peuvent aussi se mettre en pétard et dénicher une tronçonneuse d'on ne sait où, l'inévitable téléphone portable customisé Barbie avec flash intégré PEUT sauver des vies quand on se bat contre des indigènes... A ce jeu, le trop rare Ikeuchi Hiroyuki (Murai de la série live GTO) livre une composition grand-guignolesque tout à fait appropriée : l’heure n’est pas à la nuance mais au délire nanaresque. Bien sûr, l’on peut, comme souvent, trouver que l’histoire ne va pas assez loin dans le n’importe quoi. Mais que X Cross se regarde sans déplaisir constitue déjà une suffisante surprise.



Ne sont peut-être pas étrangers à ce plaisir étonné le rythme soutenu du film (qui a la bonne idée de ne pas excéder les 90 mn), les quelques bonnes idées scénaristiques, à l’image des méprises entre les deux héroïnes (lorsqu'elles s'aperçoivent dans les bois sans se reconnaitre), comme émulations intéressantes de la structure "rashômonesque" du film (3) (le récit alterne les points de vue de Shiori et d’Aiko, injectant au spectateur la paranoïa de chacune), et l’énergie du "réal criminel". Cette évolution vers le bis, de la part du Fukasaku bis, est louable : c’est un peu comme s’il regrettait de s’être pris au sérieux. Il y en a qui ne regrettent jamais !


FLASHPOINT, de Wilson Yip
[SORTIE DVD / Blu-ray] [Editions Seven Sept]
Hong Kong / 2007 / Avec Donnie Yen, Louis Koo, Collin Chou, Fan Bing Bing...

Flashé à 180 sur l'autoroute de la connerie

Hong Kong, 1996. Jun Ma et Wilson sont deux partenaires dans la police. Tandis que l’un zigouille parfois accidentellement des malfrats dans ses démonstrations d’arts martiaux, l’autre passe son temps terrorisé aux côtés d’un gang de vietnamiens qu’il a infiltré. Mais les deux sont frères de ray-ban et ont de beaux muscles bien bronzés, du coup ils aimeraient bien en finir, et manger des glaces au bord de la mer avec leurs copines. Mais il se trouve que ces méchants-ci le sont vraiment, méchants. Ni d’une ni de deux, Jun Ma va devoir donner encore plus de coups de tatane.

Et que l’on n’en loupe pas un, parce qu’on n’aura que ça à se mettre sous la dent… Sorti sur les écrans en 2007, Flashpoint est le troisième film de l’ère ouverte par le carton SPL dans l’œuvre de Wilson Yip, autrefois talentueux conteur de récits intimes teintés d’humour (cf. le très joli Bullet over summer). SPL, l’apparente résurrection de la baston cash et sans pitié du cinéma HK pré-rétrocession. On y croyait ! Mais elle n’était qu’apparente, le cinéaste aussitôt happé par son succès, précipité dans les limbes de la répétition pantouflarde (c'est-à-dire collé à Donnie Yen, castagneur-producteur). Introducing Flashpoint donc, après la deuxième et catastrophique collaboration des comparses, Dragon Tiger Gate ; refroidis par la bérézina critique, ils retournent dans les bras musclés et luisants du thriller SPL-ien. Et, en terrain connu, enclenchent pilote automatique.

Le pilote automatique, c’est l’ennemi. Il vide les choses de leur substance. A l’écran, on voit des intrigues policières éculées, des Vietnamiens patibulaires affreusement castés, de l’injustice et des quotas de morts innocentes ; et le premier degré crétin exige pourtant du spectateur son intérêt. Or Flashpoint se regarde avec l’inverse. Et quand il devient bavard (cf. la plainte du flic infiltré contre la bureaucratie ingrate), ce qui n’est jamais une bonne idée, n’éructe qu’un ramassis d’inanités perdu dans la superficialité générale et sa petite armée d'incohérences vaguement connes, inoffensives dans un film déjà raté qui ne fait que surfer sur sa vague. Pour témoin : son essai de résurrection d’un HK pré-rétrocession (4) : essai ? Même pas, puisque de cette localisation temporelle, le script ne tirera non plus aucun intérêt. La réflexion n'est pas vraiment son affaire, à Flashpoint, cirque à rallonge destiné à la célébration martiale de notre fils du vent Donnie Yen (Jun Ma), monolithe mono-expressif du cinéma de baston aux côtés duquel ni le supposément méchant Collin Chou (définitivement pas un acteur), ni l'habituellement doué bôgosse Louis Koo (Wilson) dans un rôle bien trop mou pour plaire, ne peuvent compenser.



Suite à cette succession de drames télévisuels et d’explosions à la numérisation impardonnable pour un film censé raviver des souvenirs de la "bonne époque" du cinéma HK, on nous rappelle subitement que la castagne est l’intérêt de cette série b très mal écrite, dans une dernière demi-heure assez généreuse en action et n'importe quoi acrobatique sur mobilier Ikea prêt-à-supplicier. Mais ça veut surtout dire que l’heure d’avant, il ne s’est pas passé grand-chose. Or on aime les choses : elles auraient pu se limiter à la beauté originale Fan Bing Bing (la révélation de Lost in Beijing), n’eût-elle pas hérité d’un rôle de potiche utilitaire (même là, on est loin de la discrète et constante réflexion de Johnnie To sur ses personnages). Alors peut-on sans doute dire que Flashpoint est juste bête. L'épure d'SPL désamorçait cette bêtise comme le froid tue les microbes : anesthésié par sa propre suffisance, pétri des petits codes de son réalisateur, ce thriller-là se prend toutes les gamelles possibles, y compris les siennes propres, l'action impeccablement chorégraphiée n'amusant pour autant pas grand monde au royaume des boys bands décérébrés. L’on se prend à souhaiter proche la fin de cette ère du kung fu moderne bête, méchant et clipesque (illustré encore récemment par Fatal Move, autre four doté du casting de… SPL), monopolisé par des réalisateurs peu inspirés et bons qu’à filmer des pubs pour bagnoles, un peu comme le pauvre Marc Forster sur Quantum of solace.


CONNECTED, de Benny Chan
[SORTIE DVD Z3] [Editions Emperor Motion Picture]
HK / 2008 / Avec Louis Koo, Barbie Hsu, Nick Cheung, Liu Ye, Cheung Siu-Fai...

Le bon numéro


On s’exaspère souvent de la propension hollywoodienne à pondre industriellement des remakes de films asiatiques. Mais quand l’inverse se produit ? Connected n’est en effet rien d’autre que la version HK officielle de Cellular, film de 2004 avec Jason Statham et Kim Basinger, l’histoire maline d’un gars ordinaire, joint sur son portable par une inconnue séquestrée, dont le seul lien avec l’extérieur est un combiné à moitié démoli par son ravisseur, et dont il devient de fait le dernier espoir. Le problème, si l’on peut appeler cela un problème, est que la version du vieux routard Benny Chan (Divergence, New Police Story) surclasse de loin l’original U.S., rappelant au passage qu’un honnête faiseur n’a jamais besoin que d’un bon scénario (cf. son premier film, le cultissime A Moment of romance).

Sans pour autant ôter à David R. Ellis (Des Serpents dans l’avion, quand même !) le mérite des bonnes idées de base reprises dans Connected (comme la panne de batterie, ça arrive), il est difficile de nier la qualité supérieure du spectacle, lorsque le ciné HK semble s’être passé le mot pour livrer ce qu’il sait faire de mieux – et pour un budget dix fois moindre. Le savoir-faire yankee, pour avéré qu’il soit, ne fait pas le poids sur le ring des thrillers poids-plume agressifs et teigneux : Cellular emmenait son héros malgré lui (ou HML, joué alors par Chris Evans) déjà loin ; Connected, lui, essore carrément le sien dans un festival de cartons imprévisibles. Les scénaristes ont bien compris que l'intérêt du film est d'ouvrir grand le champ des possibles, avec la simple question : jusqu'où le simple coup de fil d'une étrangère apeurée et notre bonne conscience peuvent-ils nous mener ?

Alors étrangement, malgré son budget, le cantonais gagne largement en spectaculaire, comme dans cette scène rocambolesque où pour ne pas perdre des yeux la voiture dans laquelle se trouve la petite fille de la kidnappée, le HML part dans un rodéo routier destructeur un peu con mais super-jouissif. Connected fourmille aussi davantage de micro-bonnes idées que l'original (dont une "mort par clou" tout à fait ragoutante), et affiche une plus grande variété de décors tout à l'avantage de la tentaculaire Hong Kong. Il gagne en efficacité, sans délaisser la petite réflexion de fond sur l'omniprésence des moyens de communication portables et son influence sur le monde actuel – ce qui est plutôt logique pour un remake moins bouffon que son modèle… Et justement, le film a la bonne idée d’épargner à sa version toute manifestation de comique cantonais bien gras : on y retrouve même avec surprise le même humour discret et funky qui ajoutait à l’énergie "naturelle" de Cellular.



Mais c’est surtout un développement bien supérieur d'un des highlights du scénario original, soit son gang d'officiers corrompus traquant une vidéo compromettante, qui donne au film une bonne part de sa valeur ajoutée, en lui offrant vingt généreuses minutes supplémentaires (pour une durée d’1h50). Ce temps additionnel n’entame en rien l’ultra-condensation de son récit, chevauchée sous lithium qui donne l’agréable impression de voir une dizaine de films en l'espace d’un seul (ou plutôt une dizaine de petites séries b boostées aux anabolisants). Au contraire : tandis que l’on s’attendait à regretter notre Transporteur, troqué pour une bande de chinois à lunettes noires – air connu, l’idée des ripoux aux abois – air connu lui aussi – tient la route de bout en bout, innerve le dernier quart, et offre au toujours hallucinant Liu Ye (Wu Ji, La Cité interdite, Jasmine women) un rôle de bad guy peroxydé sous tension à qui son badge d’Interpol donne des sensations d’invulnérabilité. Ce dernier est d’ailleurs assez représentatif de l’interprétation, autre grande surprise d’un film plus généreux que son modèle : la mimi taïwanaise Barbie Hsu (de Meteor garden(5)), si elle n’est pas Kim Basinger, se débrouille bien dans un rôle plus étoffé ; Louis Koo (encore lui) dans le rôle du HML, bien plus crédible que le teen idol Chris Evans, touche une vérité très proche de celle de son cellulaire ; et Nick Cheung (On the edge, Exilé), eh bien, assure aussi dans le rôle du flic d’à côté assez instinctif pour être de la balade. L'avantage avec les acteurs hongkongais, c'est que les milles rôles de flics dans lesquels on les a vus en l'espace de dix ans finissent par les rendre crédibles dès la première seconde. Appelons ça l’effet HK.


Alexandre Martinazzo


Notes :

(1) Simple rappel de l'identité de son paternel, feu-Fukasaku Kinji, un des réalisateurs japonais les plus connus, notamment pour ses films de yakuza des années 60-70 (Cimetière de la morale, Combat sans code d'honneur, Guerre de gangs à Okinawa), et son iconographique Battle Royale premier du nom (qui lui était réussi !). 
(2) Transcription phonétique (improvisée) du "MoMusu" japonais, abbréviation de Morning Musume, nom du plus connus des all girl j-pop band, créé en 97 et encore actif.
(3) "Structure rashômonesque" : de Rashômon, film de 1950 réalisé par Kurosawa Akira (L'Ange ivre), qui racontait le même crime à travers quatre angles différents, ceux des quatre témoins, et popularisait cette figure de style narrative par la suite maintes fois reprise au cinéma.
(4) HK pré-rétrocession : en référence à tout ce qui a précédé la rétrocession du Hong Kong à la RCP par les Anglais en 1997, anno horribilis pour le cinéma local (et pour ses cinéphiles du monde entier), qui n'a certainement pas pu gagner en liberté de ton avec ce changement de propriétaire, malgré le fameux "un pays, deux systèmes" promis par un gouvernement chinois avide de réunification(s). Beaucoup perçoivent une nette baisse qualitative dans la production cinématographique des années qui ont suivi.
(5) Meteor Garden : version télé taïwanaise du manga Hana yori dango de Kamio Yôkô, diffusée à partir de 2001 en une trentaine d'épisodes. Le drama "légitime" nippon, éponyme, suivra en 2005 pour un résultat moins long (en soit une très bonne idée), mais aussi bien plus mauvais.

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