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TROPICAL MALADY

Disponible en DVD zone 2 aux éditions Aventi

Acclamé il y a quelques temps en terres cannoises, Tropical Malady, film conventionnel à bien des égards, arrive en DVD. L’occasion de jeter un œil sur ce qui semble être l’illustration parfaite de la tendance d’une certaine critique. Petit film un peu marginal, un peu original et un peu "cheap" aussi.

La trame de ce film bipolaire est l’histoire d’un amour entre deux hommes. L’homosexualité, puis la sexualité simplement – habile tour de passe-passe – font dire que ce film reste on ne peut plus conventionnel et dans l’ère du temps. Rien d’original, rien au fond de provoquant. La provocation n’est plus sur ces sujets rebattus, en tout cas pas en présentant complaisamment ces amours impossibles. Il faut bien cependant garder à l’esprit la richesse encore de ce sujet, trop asphyxié par l’atmosphère libérale de notre siècle.

De deux choses l’une

Le film propose une démarche intéressante - ? – en découpant en deux son sujet. La première partie à le grand mérite de se constituer comme une observation ethnographique plutôt réussie de la société contemporaine. La petite limite de ce type de représentation reste son trop grand nombrilisme. Autant un Kim Ki-duk parvient à rendre universel le traitement de problématiques dans un environnement – physique – hautement coréen, autant Tropical Malady reste refermé sur le pittoresque.

Le pittoresque et donc pas la pictural, si l’on passe ce jeu de mot facile. Weerasethakul propose un film assez peu engageant et, finalement, assez fade car il reste dans une logique artisane, sans se poser comme artiste. Cinéma dégradé ? l’impression générale est plutôt celle que laisserait une production estudiantine : des idées mais pas de maîtrise de son sujet, une exigence insuffisante… quoi d’autre ?

Comment alors entrer dans ce film ? Difficilement. La parti pris du réalisateur est à peine perceptible. Il existe une certaine incohérence post-moderne dans son montage et sa construction de l’intrigue, aussi dans sa caméra, un côté "vidéo". Mais ces « côtés » ne sont jamais revendiqués. Il règne dans ce film une grande frilosité. Alors, nous n’entrons jamais dans le sujet, ne l’investissons pas, et on attend, désespérément qu’il se passe quelque chose. On regretterait presque les scénarios trop bien ficelés des productions américaines, on en viendrait à se dire que le fondement d’un film est le scénario. Pourtant il y a bien moyen de faire quelque chose de grand sur une base instable, il suffit – facile à dire – de donner au spectateur de fonder le film : encore faut-il qu’il l’accepte, encore faut-il qu’il le puisse.

Primitive métaphore

De façon assez surprenante, c’est en fait la seconde partie qui rattrape le coup. Elle rattrape et en même temps abat. Le pire arrive en même temps que le meilleur.

Surprenant, car la première vision du film laisse l’impression d’une jungle longue et vide : "mon Dieu, cela va-t-il durer longtemps ?" et pourtant c’est seulement là, dans l’absence de traces civilisationnelles que le réalisateur atteint son spectateur, par delà le pittoresque.

Mais la pire ? toute la faiblesse se résume en un plan : le plan de jonction des deux parties. Et le spectateur de se dire "Tiens, c’est fini, là, comme ça ?" et le film de continuer… Pourquoi cher Weerasethakul n’avoir pas trouvé d’autre idée que de séparer par un noir de quelques secondes tes deux volets – ne peut pas réussir le coup de force du rideau image et son qui veut ! – ? Là où Tarantino, pour ne citer qu’un récent avatar de cette figure, réussit avec une grande puissance émotionnelle à nous sevrer de l’image (cf. Kill Bill Vol.1), Weerasethakul n’arrive qu’à provoquer la dislocation de son film.

Maître, il fallait plus de finesse.

Car la seconde partie, enchevêtrement de légende et de réalité était une vraie bonne matière. La métaphore qui se construit entre la jungle et la sexualité était d’ailleurs à ce titre quelque chose à creuser.

A-t-il vraiment creusé ?

On lui laissera – à regret – le bénéfice du doute. Mais dans ce film qui manque cruellement d’ambition, ou plutôt de travail, la fin ne rattrape pas tout. Jungle et scènes de combat comme des scènes d’amour. Mais ce n’était pas un documentaire Maître Weerasethakul, il fallait filmer et non enregistrer.

De ce film nous gardons quand même l’agréable impression qu’il reste des terres où le cinéma dit des choses. Malgré toutes ses imperfections, il est assez clair que Weerasethakul est capable de réalisation de grande qualité. Nous verrons le prochain… nous nous reverrons.

Matthieu Guinard

Tropical Malady de Apichatpong Weerasethakul
Avec Banlop Lomnoi ; Sakda Kaewbuadee

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