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SAVE THE GREEN PLANET

Disponible en DVD zone 2 aux éditions Canal plus

C’est bel et bien la question. Grand n’importe quoi ou quelque chose ? Les cordes sont bien connues, il est vrai et rien de nouveau sous le soleil (même quand il est coréen). Malgré tout, on oserait dire : bonne surprise. En somme, on pourrait dire : c’est nul mais c’est plutôt bon... chronique d’un nanard non identifié.

Les ovnis, les conspirations, tout ça on connaît bien, ressassé à coup de X-files essoufflés et essoufflant. Vous n’y croyez pas, oui, mais "et si c’était vrai ?". Le scénario travaille au minimum légal, un allumé – mais pas bête, le bougre – prend en otage un patron bien connu. Selon lui, c’est un extra-terrestre, il faut lui raser les cheveux pour l’empêcher de communiquer par télépathie, lui gommer au papier de verre la peau des pieds et du pénis (les yeux aussi) pour y appliquer de la colle forte, et puis l’électrocuter – de toute façon, c’est un extra-terrestre, il peut supporter plus que ça ! Tout ça pour sauver la planète car ce prince (et oui, il n’est pas que PDG) a le pouvoir d’en suspendre la destruction.

Film policier ?

Avec cette histoire d’enlèvement, une enquête démarre. Deux écoles, deux manitous et un jeune qui fait le lien : les ingrédients du film policier. Mais tout cela tourne court, le policer meurt, cruellement tartiné de miel en face d’abeilles à jeun. Où est-on ? Science-fiction ou film d’horreur ? Rien de tout ça, vous ne suivez pas, on parlait de film policier.

D’ailleurs, la chasse à l’homme marche plutôt bien puisque sont semés des indices, comprimés de drogue, cassette vidéo d’un retrait sur la carte de crédit de l’otage. Un amateur ! Mais non, vous n’avez rien compris, c’est pour sa mère qui est malade… ah… donc c’est un mélodrame. Mais non ! Elle est malade à cause de ce même président qui l’a empoisonnée sur son lieu de travail : drame social… encore raté, c’est un extra-terrestre, on vous a dit, ils ont mené des expériences sur elle.

Ah, donc c’est de la science-fiction. Bon, nous sommes retombés sur nos pieds, retour à la case départ. Et après ? Et bien le film est fini.

Save the green planet passe donc en revue tous les genres et c’est finalement ça son vrai scénario. Pas d’histoire, juste des fausses pistes, comme cet extra-terrestre dont on se dit parfois… le pauvre.

Coup de génie ? Sans doute pas, mais les films qui ne se prennent pas au sérieux – dans le même genre il y a eu le cultisme Hey dude, where’s my car ? (Eh mec, elle est où ma caisse ?) – font finalement plus souvent mouche qu’un four (comme le mélange d’expressions, cauchemar du lecteur pressé).

Pour une autre esthétique

Alors que dans tous les domaines le beau, la technique, le bien fait… en somme l’artisanat a été remisé depuis longtemps au placard (ou plutôt, que l’on a su remettre tout cela à sa place, c’est-à-dire, savoir avant tout ne pas en faire ni une finalité, ni une condition), le cinéma souffre encore de ce préjugé tenace qu’il faut bien faire les choses.

Il faut une belle musique, un son 5.1, une image impeccable, un montage nickel… il faut en somme un produit parfait, par-fait, un produit techniquement propre : et c’est normal si on prend pour hypothèse fondatrice que le cinéma est une industrie. Sauf qu’à certaines encolures, détours de coin de tiroir, le cinéma est peut-être de l’art.

Mais les habitudes ont la peau dure. Allez voir un Wu Ji, aux effets spéciaux un tantinet outrancier, et il nous reste malgré tout un produit lisse. Il faut aller chercher aux marges pour trouver des réalisations lucides, qui essayent de se re-poser la question.

Le dernier avatar de cette démarche louable prend un chemin tordu – au sens propre – qui n’est autre que celui du nanard, du navet. Faire dans le ridicule, dans l’incohérent manifeste mais en le faisant pour lui-même. On avait eu le susnommé, on a maintenant Save the green planet. Car Save the green planet n’est pas un film propre, n’est pas cohérent, n’est pas crédible. Et il s’en fout. Ou jeu de mot douteux, il s’en "fou" !

Eloge de la folie : qu’est-ce que la folie ? Un regard qui nous déclare, condamne et assigne à la folie. La folie est utile, elle garantie notre confort et notre monde. Jusqu’au moment ou la folie devient lucide. Alors que fait le fou ? Il voit juste.

On peut alors sortir du carcan, aller voir d’autres voies, neuves, d’un cinéma qui ne soit pas sclérosé. Une voie qui se dessine et dont nous devrions suivre les épiphanies.

Sorcière, sorcière, prend garde…

Petit rappel du manuel du chasseur de sorcière : une sorcière peut respirer sous l’eau, mettez le suspect dans une cage, s’il remonte vivant, c’est une sorcière, alors, brûlez en toute hâte. Et s’il on est innocent ? Et bien Dieu reconnaîtra les siens. Moralité, si l’on n’est pas extra-terrestre, la colle, ça fait mal ! Mais… comme le souligne le rapport, parmi tous les cas traités, deux étaient des extra-terrestre. A l’erreur expérimentale près (environ 10 pour 1)… la méthode est un peu radicale : comme si pour savoir que c’était un homme, il fallait bien vérifier la longueur de l’intestin ou celle de la moelle épinière.

C’est là que le film devient réellement subversif. On se dit "c’est fou". Il va mettre de la colle forte sur des plaies ouvertes et dans les yeux, c’est normal, c’est son point sensible, on prouve alors que c’est un extra-terrestre… mais même un type normal, un tant soit peut normal, va hurler de douleur (un conseil aux plus agités expérimentateurs : alcool à 90° sur une plaie, désinfection par brûlure garantie… pour la colle forte, effet similaire).

La messe est dite, ce Coréen s’est décidément mal remis de la dernière guerre.

Mais… mais cependant, il a bien rencontré deux extra-terrestres au hasard de ses tortures. Il apparaît alors que la démarche n’est pas si décérébrée, l’homme a pu mettre au point un système de preuve… et puis s’il en a vraiment trouvé deux, alors, il peut sauver le monde !

Non, décidément on n’y croit pas. Heureusement que la femme rentre au bercail, que l’enquête policière aboutit, que tous les genres rentrent dans l’ordre et notre Coréen à l’hospice. Enfin, le pauvre kidnappé va pouvoir s’en sortir. Et puis…

Oui, mais… et s’il avait en fait raison. Et la femme n’est jamais partie, et l’enquête n’arrive à rien, et la Terre est liquidée.

Save the green planet est bien plus qu’un film de science-fiction, il pose concrètement le problème de la vérité, le problème de la preuve. Psychologique : on lit le récit de la vie de notre "héros", alors on se dit que c’est une pauvre victime traumatisée qui somatise dans la phobie du complot. Quelle vérité ? Quel point de vue ? et au final, sûrement pas celui du héros au motif qu’il est évidemment fou.

La folie, mais oui, l’argument ultime : un fou ne peut qu’avoir tort !

Matthieu Guinard

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