Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ciné - DVD
Critiques
Personnalités/Evénements
Section télévision

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

LAST LIFE IN THE UNIVERSE

Disponible en DVD zone 2 aux éditions TF1 Vidéo

Qu’on soit japonais, thaïlandais ou français, humain, putain ou lézard, voir même, pire que tout, cinéphile, Last life in the universe donne au final une grande bouffée d’espoir, derrière un voile apparemment dépressif pour qui n’a jamais connu la tentation du grand saut.

C’est amusant, j’ai souvent voulu mourir pendant un film. Ne m’en demandez pas davantage, je ne saurais l’expliquer. Je ne sais tout simplement pas pourquoi, mais j’ai régulièrement eu l’envie de me suicider. D’en finir, tout bêtement, comme ça.

Non pas que je sois particulièrement dépressif ou malheureux. Après tout je n’ai aucun drame insurmontable qui ai marqué mon existence, pas eu de récente déception sentimentale ni même de problème d’argent. Non, rien de tout ça. Et pourtant, il m’est assez souvent arrivé de vouloir en finir avec tout ce fatras devant une œuvre lancinante, enivrante, qui me fasse perdre pied avec le temps et tout désir d’action. Se laisser aller le temps d’un battement de cœur, d’une projection, d’une escapade en Thaïlande.

Last life in the universe raconte donc l’histoire d’un lézard, le dernier. Après tout, voilà bien la vie que j’ai toujours menée : celle d’un reptile, paresser au soleil ou à jamais immobile en couverture d’un livre pour enfant racontant ma vie. Flâner. Se réchauffer en observant le monde s’agiter autour de soi. Le laisser faire son tohu-bohu pendant que je reste bien tranquille dans mon trou, mon vase clos, avec mon chez moi trop bien ordonné.

Mon désir peut dès lors apparaître comme la volonté d’envoyer voler au quatre vents cette outrancière ordonnance, le refus de ma condition reptilienne, le pacemaker de l’humour diffus, distant, retenu, ne me suffisant plus. Ma nouvelle arme en somme. Contre l’absurdité du monde dans lequel je ne suis qu’un étranger, où chacun pense me faire plaisir en m’offrant des sushi alors que j'y suis allergique (quelle idée d’offrir du poisson à un lézard !), ne plus trouver de motivation qu’avec l’abandon dans le gouffre.

Heureusement pour moi, mes tentatives échouèrent toujours ridiculement, car j’ai malgré moi continué à préférer laisser traîner mon nez sur une pierre écarlate plutôt que de plonger dans une mare de sang. Je ne pouvais pas m’abandonner à l’obscurité sans laisser pour mot d’adieu un ironique : “ C’est le bonheur ! ”, qui avait pour effet de toujours me faire me marrer dans mon coin jusqu’à ce que la lumière revienne pour me réchauffer les écailles. Je vivais ainsi des petites morts à répétition, socialement valorisées dans une hypnose collective.

Et puis, il arriva quelque chose. Un ou deux trucs tout bêtes alors que j’allais encore essayer de lacérer cette bobine en passant de l’autre côté du miroir. Y aurais-je alors perdu le peu d’humanité qui m’habitait ?

Créature au sang tiède

Tout se chamboule soudainement dans mon crâne. Je viens juste d’avoir la possibilité d’achever ma quête et, au lieu de me laisser aller, j’ai lutté, je me suis défendu mécaniquement pour préserver l’espèce. J’abandonne dès lors la fuite continuelle de ce monde. Je cherche dorénavant à tout prix à y subsister. Maintenant que je ne peut plus rester tranquillement à me dorer la couenne, je me rend enfin compte que, en fait, j’aimais ça.

Je rencontre dans la foulée un animal non identifié, venu d’on ne sait où, une sorte de femme, vous savez bien, celles qui ont perdu cette appellation à cause de leur sang trop chaud. Une femelle rejetée, une solitaire tout comme moi. Elle cherche elle aussi à sauter le pas, non pas en plongeant dans la marre mais en s’en extirpant.

Nous n’avons rien en commun. Elle se projette alors que, pour ma part, j’ai déjà un pied dans l’écran. Elle est foutraque, j’aime l’ordre. Elle est thaïlandaise, je suis japonais (c'est plaisant de s'imaginer ne plus être français, même si je sais que ce n'est qu'illusoire). Elle déborde d’énergie, j’ai le sang froid. C’est une moins que rien, je suis un lézard.

On s’aide alors à nos façons. Je nettoie son intérieur, elle déride mes outils. On se façonne l’un l’autre de nouveaux visages, on se modèle une nouvelle nationalité, une nouvelle espèce au sang tiède, où nos possibles restes latents, nos désirs en retraits mais non moins en projets. Et si…

Ca y est, on rêve. Ô, miracle, je rêve de par moi même, sans intermédiaire, sans plus me faire de cinéma ! J’ai changé, je suis devenu un homme. C’est bien à elle que je le dois. Merci ma douce, thank you very much, arigatô gozaimasu.

Si seulement je pouvais tout envoyer valdinguer dès à présent. Si seulement nous pouvions quitter la Thaïlande sur le champ pour partir vivre ensemble à Osaka. Si seulement je pouvais troquer mon pistolet pour t’offrir un ours en peluche, en souvenir de nos origines bestiales. Si seulement je n’avais pas deux cadavres sur les bras.

Ils ne comptent déjà plus pour moi. Ils ne sont plus. Je me languis maintenant de toi, à l'ombre. Mes geôliers n’auront pas pour autant raison de ma personne. Puisque je sais que, quand je sortirai, je te retrouverai toujours aussi belle, humaine tout comme moi. Toi, la seule qui me convienne, nous qui muèrent ensemble, ma chère et tendre. Même s’il ne m’est ici permit de penser à toi qu’entre deux bouffées de cigarette, ça me suffira comme air frais pour tenir et m’accrocher, endurer, tenir et laisser le temps passer, surmonter, tenir dans cette nouvelle solitude. Et je te promets de ne plus aller au cinéma que pour espérer vivre un peu plus longtemps auprès de toi.

Elie Demichelis

Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême