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2LDK

Disponible en DVD zone 2 aux éditions WE production

Quand on croise 2LDK, on pense d’abord à un exercice de style et quand on cherche un peu, on se rend compte que c’était le cas. A cet exercice, quatre règles,
1- Pas plus de trois personnages ;
2- Sept jours de tournage et budget à l’avenant ;
3- Unité de lieu ;
4- Assumer la mort d’un personnage au moins.
Et l’objet du défi sera un face à face mortel. Film en compétition : Aragami de Kitamura Ryûhei et 2LDK. Tsutsumi Yukihiko nous livre avec 2LDK un opus un peu atypique dans la production actuelle, quoique par certains côtés décevant.

Avec un cahier des charges aussi minimaliste, on fait dans le minimalisme, mais le minimalisme baroque. Deux personnages donc, deux actrices en devenir. Un grand appartement où leur cohabitation est justifiée d’une rapide pirouette scénaristique. Quant au scénario lui-même : faire monter la sauce de la dispute jusqu’à son paroxysme. Allégorie brillante, sans doute plus pertinente encore dans le contexte d’un Japon sclérosé sur ses codes, de la communication contemporaine et des lois du libéralisme.

Je vais te saigner comme une truie

Les films nippons ne font pas souvent dans la dentelle, voir certains Kitano, Fukasaku… quand ça doit saigner, ça saigne. Mais du fait du confinement surligné des deux jeunes filles, la situation oppressante nous éclate au visage.

Comme tout exercice de style, on se heurte à la possibilité du facile. Tsutsumi joue de la citation, il joue aussi du flou, rien de vraiment formidable ; saturation sonore sur-explicite : le savoir faire n’est pas au delà de tout reproche. Et pourtant il y a quelque chose. Ce quelque chose, sans doute, on le trouve déjà dans la durée du film, environ une heure, humilité et lucidité que de savoir ne pas dilater son sujet – même si l’on peut regretter la tarte à la crème qui fait office de conclusion.

Le maître mot du film réside sans doute dans le retournement des préjugés. "La superficialité, c’est pas bien" ; certes, mais l’opposé n’est pas mieux. Entre la maniaque égoïste et prétentieuse, et la déprimée coupable et baiseuse, on finit par comprendre que la pire n’était pas celle que l’on croyait. Juste et fine critique des valeurs les plus reconnues et les plus vénérées de notre société mondialiste : la réussite scolaire et l’intelligence se concrétisent dans un aveuglement absolu et une cruauté démesurée.



"Je suis intelligente et je sais ce qu’il faut faire pour me venger le plus sadiquement." La destruction finale que lance le réalisateur aux deux tiers environ de son film s’actionne sur les gestes de Nozomi, la sainte nitouche, élève modèle. En reste t-il une pour rattraper l’autre ?

La belle a surtout pour elle d’être belle et de ne pas manquer d’un côté psychotique assez croustillant car en fait leur duel mortel dès les premières secondes n’est pas autre chose que le tête à tête d’une névrosée et d’une psychotique. En somme, de l’incarnation de la société et de celle de l’individu qui se débat contre elle.

Dans ce combat métaphorique, seule la mort de l’une et de l’autre parvient à les mettre d’accord. "Travaillons ensemble" : la belle utopie est annoncée avec le couteau planté dans la carotide. Mais ce n’est pas possible. Le combat est oppressant car il est notre, celui que chaque matin nous révèle, inéquitable et implacable.

C’est notre vie, son accomplissement sera la mort. L’issue ? c’était peut-être la porte que l’on a fermée en entrant, à quadruple tour en pensant se protéger. En s’enfermant dans son soi-même rassurant, c’est un arrêt que l’on a prononcé. La sortie n’est pas à l’intérieur, le refuge n’est pas ici, au plus profond. Au plus profond, on se noie au contraire ; c’est dehors qu’il fallait aller, c’était dans l’inconnu, où les vases ne comptent pas, où la stérilité de nous-mêmes ne devient pas notre seul horizon.

Elles ne sortiront pas, elles se sont enfermées. Personne ne saura même jamais qu’elles sont mortes. Elles ne sont rien, la boucle se rejoint : qu’est-ce qu’un rêve qui ne vaut que pour lui-même ?

Matthieu Guinard

2LDK de Yukihiko Tsutsumi, Japon, 2002

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