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NEW POLICE STORY

Disponible en DVD Zone 2 aux éditions HK Video

Boucherie transcontinentale. L’Orient-express nous refourgue sans que personne n’ait rien demandé le dernier Jackie Chan à la gare de l’Est ; le meilleur depuis longtemps, qu’ils nous disent, de l’autre côté du combiné, à l’autre bout de la planète. De la bonne came, pas encore raffinée, basée sur une franchise qui a fait ses preuves, et tout, et tout. Alors nous, crédules, on prend. Horreur. A l’écran apparaît le gesticulateur virtuose de Hong-Kong, en visiblement meilleure forme que chez les yankees, et se déballent en technicolor les bobines castagneuses du nouveau Police Story, film à la beauté animale. Animal genre yorkshire. Si vous voulez du cinéma, passez votre chemin. Si vous voulez rire de la fin du monde, appuyez sur lecture.

C'est toujours mieux que Derrick !

Papy Chan est quand même très fort. Ca fait vingt ans qu’il se prend des coups de tatanes dans la tête du matin au soir, et il a toujours fière allure. Preuve en est son brushing impeccable, son air solennellement satisfait de lui-même, la blancheur de sa villa et des dents de son épouse, d’une beauté fougueuse. C’est la star de la police de Hong-Kong pour toutes les raisons précitées, et quand il se déplace pour capturer les dangereux mais bêtes criminels, c’est uniquement avec son boys band aux regards communément perçants. Mais voilà, un jour les dés tournent, la chance est jouée, et des méchants un peu plus malins que d’habitude massacrent toute son équipe, le laissant sur le carreau, n’ayant plus que ses yeux pour pleurer. Et c’est ce qu’il décide de faire, puisqu’ils ont salopé son brushing. Un an plus tard, Papy Chan n’est plus qu’une épave, sans aucun honneur. Mais lorsque les mêmes malfaiteurs, un groupe de jeunes gamins de riches accros à l’extrême, sévissent à nouveau dans la ville, il va vite prouver que l’honneur ne quitte jamais les vrais héros… (tan-tan-tan-taaaaan)
Avant de dresser un constat du regrettable accident qu’est le film de Benny Chan, il est important de rappeler ce qu’est Police Story, car le contraste entre la cuvée 2004 et celle des années 80 achève le cadavre encore frais de l’entreprise mort-née. 1985, donc. La Golden Harvest produit un film d’action avec Jackie Chan, star du film de kung-fu casse-cou, genre prolifique à l’époque. Le succès est immédiat, et engendrera une suite, qui rameute encore plus de spectateurs hong-kongais fans des péripéties tarées du cascadeur le plus populaire du monde. La formule ? Certainement Jackie Chan à la réalisation, faisant de ce projet son petit one man show personnel ; mais aussi, surtout, cette impression jouissive de bordel contrôlé mais pas trop, à une époque où la vedette de cinéma ne se faisait pas nécessairement assurer ses dents de devant ou ses précieuses mirettes. Police Story était un produit des années 80, pas très malin mais ne revendiquant aucune profondeur, et son public appartenait aux années 80. L’expérience du tout juste honorable Police Story 3, en 1992, aurait du calmer les producteurs. Mais douze ans après, le cinéma de HK, en pleine résurrection post-rétrocession depuis les succès de productions de qualité dans le genre des Infernal Affairs, a le vent en poupe. C’est le moment idéal pour sortir le vieux mythe des tiroirs poussiéreux, pense Benny Chan, réalisateur en vogue depuis qu’il fait des films djeunzs dans le genre de Gen X Cops. Une puissance supérieure pourrait empêcher ce crime, mais visiblement, rien ne peut arrête Oncle Benny. Oncle Benny a les sousous. Et avec ses sou-sous, il va nous saoû-ler.

Rétrogradage métempsychique (ou quelque chose comme ça)

New Police Story est un film stupide. C’est certainement ce qui le définit le mieux. On aurait pu dire « mal joué », ou « écrit avec les pieds », mais rien de ça ne convient complètement à son cas pathologique. Il pourrait quelque part se rapprocher dangereusement d’un cinéma hollywoodien préfabriqué pour jeunes gens aux goûts de chiottes ; il n’en est rien : c’est simplement un film stupide, d’une stupidité qui définie toute influence de quelque sorte que ce soit, voire même qui définie l’intelligence même. Mais devant de telles hyperboles, on est en droit de se demander si je n’en fais pas trop.

(un troisième oeil s'invite dans la conversation)
- Dis moi tu serais pas par hasard entrain d’en faire trop ?

- J’aimerais bien. J’aimerais vraiment. Mais c’es trop con, vraiment je ne peux pas, c’est trop dur.
- (air sceptique) Oui, mais bibi, c’est pas important que le film soit abruti ; ce qui compte, c’est l’action. A partir du moment où il y a Jackie Chan, ça ne peut pas être foncièrement nul.
- Ai-je dit que c’était nul ? J’ai dit que c’était stupide. Ce n’est pas forcément antinomique, prend l’exemple des joueurs de foot… et puis même là tu vois, ça pêche. Les producteurs, papy Chan et oncle Benny, on certes dilapidé de quoi faire vivre des milliers de petits philippins pour plusieurs mois, mais justement, ça se voit trop. Prends la scène de Police Story premier du nom, où Jackie Chan à bord d’une caisse tout ce qu’il y a de plus banale descend une pente en traversant tout un bidonville sans rater aucun baraquement ; te souviens-tu des yeux qu’on écarquillait en voyant ça ? Et bien pour avoir ce genre de scènes, dans leur version Boys Zone 2004, c’est tintin. Tout est trop lisse, on sent presque autant les câbles que dans l’infâme Romeo Must Die. Et si une scène devait sortir du lot, ce ne serait même pas le final supposément spectaculaire, mais la descente en rappel barbare d’un building, qui a quelque chose de roots. Enfin gentil roots, hein. Non, vraiment, à part la fameuse scène de massacre pas trop mauvaise, c’est tout juste honorable.
- Honorable, c’est déjà ça, quand on voit de quoi sort Jackie Chan, qui fait passer la carrière hollywoodien de Jet Li pour une grande contribution au septième art… puisque ce n’est pas si grave que ça, qu’est-ce qui te dérange donc dans le film ?
- Je vais te le dire, ce qui me dérange. C’est qu’il est stu…
- Oui oui, ça on a compris, il est complètement con, d’accord. Mais pourquoi ?
- Pour tout. Toute l’entreprise baigne dans une telle médiocrité intellectuelle que ça finit presque par te contaminer à la fin. Moi après le film, j’ai vérifié si je ne me mettais pas à apprécier les Clio jaunes ou les émissions de TF1.

- Des exemples… je ne sais pas moi, si c’est si con, ça ne peut venir que du scénario, c’est ça ?
- D’où cela pourrait-il venir, sinon ? Mais pas seulement. En fait ça commence dès le départ, lorsque Jackie Chan fait l’acteur ; mais la réalisation inélégante n’aide certes pas rendre plus crédible son personnage d’épave. Puis lors d’une des premières scènes du flash-back, où l’on voit Papy Chan, visiblement chez lui, donner la leçon à son équipe, c’est là que j’ai vraiment commencé à avoir peur. Tout est faux. De l’expression apprêtée de Chan aux faux rires étouffés des membres de son boys band, en passant par l’aspect de la pièce, aussi personnelle qu’un lounge d’hotel. La première scène choc du film, lorsque Chan perd tous ses hommes, n’a fait que confirmer ma crainte : absolument rien n’est authentique. La noirceur de la scène, que l’on prête à tout le film, apparaît là clairement factice, tant elle est exagérée. On sent qu’Alan Yuen est à l’écriture, si l’on connaît son précédant méfait, le mauvais Heroic Duo ; et on y croit pas une seule seconde.
(Le troisième oeil interrompt la conversation en s’excusant, le temps de changer de cassette)
Oui, je disais donc qu’on y croit pas une seule seconde. Parce qu’on a là un des scénarios d’actionners les plus calamiteux qu’on ait vu ces dernières années, pires que les films de Vin Diesel. En apprenant avant de voir le film que les méchants étaient des enfants de familles riches désillusionnés par leur monde sans lois, je m’attendais à quelque chose d’intéressant ; c’était sans compter le travail réalisé sur la psychologie à trois yens des personnages : machin a eu des parents trop occupés pour lui donner l’amour dont il avait besoin, alors il a grandi en nourrissant une haine de la société, du coup il tue des gens, mais en fait il n’est pas vraiment méchant, non, c’était pas de sa faute, il le fera bien comprendre dans un cri de désespoir en slow motion disant pardon à papa… pardon pour le spoiler, j’ai gâché ta journée, là.

- Non non, ça va, je m’en remettrai.
- Oui, c’est mieux. Enfin bref, le travail apporté à cette partie là du scénario est d’une nullité intersidérale, et la façon dont Papy Chan la main sur le cœur pardonne au nom de toute l’équipe de tournage à ces pauvres jeunes perdus dans leurs têtes alors qu’ils ont dézingué en toute conscience des gens innocents, ça fait basculer la connerie dans une dimension qui dépasse la perception humaine. Si au moins on y croyait, à la limite ! Ces glands masqués, là, avec leurs teintures blondes et leurs répliques dans un anglais à l’accent abominable – c’est une fixation dans le film, les répliques en anglais, comme dans les films avec Michael Wong – c’est censé être eux les bad guys ? Et à côté de ça, ils veulent nous émouvoir avec une love story neuneu entre Chan et la très belle Charlie Young…

- Charlie Young à propos, tiens, elle ne sauve pas deux trois meubles, au passage ? C’est une plutôt bonne actrice…
- Eh bien, c'est-à-dire qu’avec son rôle de jolie poupée fonctionnelle ne servant qu’à faire pleurnicher (une fois de plus) le pauvre Jackie Chan, non, pas trop. On est loin de son rôle dans le très beau « Lovers » de Tsui Hark. La façon dont l’oncle Benny la met en scène après la scène du massacre, impliquant tout de même la mort de son frère, lui règle son compte d’entrée : premier exemple, plan moyen sur Charlie, cheveux passés derrière les oreilles, regard droit, mine penaude, signifiant la douleur de la perte d’un être cher. Deuxième exemple, plan moyen sur Charlie, mèches toujours aussi bien parquées, regard toujours aussi droit et inexpressif, illustrant son désarroi face à la déchéance de son fiancé. And so on and so on… du mobilier sur pattes, si jolies fussent-elles (les pattes). De toute façon, la mièvrerie la plus scandaleuse emporte toutes les scènes dans lesquelles elle se trouve, un peu à l’image de la dernière, totalement ridicule, où tout le service de police la salue… le coup ringards des applaudissements du public, je croyais que c’était une exclusivité des grosses prods bien connes made in Hollywood, ben en fait non. Mais la sous-exploitation dont elle a fait les frais concerne tous les personnages féminins du film ; enfin, « tous »… les deux, quoi. La deuxième étant la Twin Charlene Choi, qui est bien mimi, mais qui ne sert strictement à rien. J’ai l’impression que le cinéma d’action de Hong-Kong délaisse totalement les rôles féminins forts depuis un certain temps. Mais bon, faut dire que les jeunes actrices d’aujourd’hui, quelques rares exceptions mises à part, elles ne sont pas vraiment de la trempe d’une Brigitte Lin ou d’une Maggie Cheung, qui jouaient toutes les deux dans le premier Police Story.
- (œil droit appréhensif) Mais alors… les acteurs, y en a pas un qui est un peu bon, dans le lot ? Si les scènes d’actions ne sont pas mauvaises, ça doit bien vouloir dire qu’ils savent y faire, qu’ils y mettent de la tension, quelque chose…
- Oublie la tension. Mais du leur, ça oui, ils y mettent. Papy Chan en premier, qui en fait tellement des tonnes qu’il en deviendrait plus risible qu’autre chose s’il n’y mettait pas une conviction forçant l’admiration ; il croit à son personnage, nous non plus quand il dit « je t’aime », mais bon, on est tolérants. Le très doué Daniel Wu aussi a de l’énergie à revendre, et arrive à sauver son personnage caricatural à l’extrême du naufrage ; mais c’est un rôle bien moins intéressant que tous ceux qu’on lui réserve ces derniers temps, et il ne peut pas non plus faire des miracles. Et quand bien même il en aurait fait : le casting aurait tout de même été plombé par Nicolas Tse, insipide à son habitude, surtout lorsqu’il essaye de faire rire de façon super cool dans les scènes hyper relax. Mention au passage au personnage du chef divisionnaire qui a une dent contre Jackie Chan, sorte de James Farentino chinois aussi expressif qu’un poulpe.
(Se font alors entendre les premières notes d’une des compositions les plus victorieuses de Bernard Minet)
- Bibi, tu m’as convaincu : visiblement, comme dit Francis Cabrel, c’était mieux avant. Je vais de ce pas me mater une quinzième fois Le marin des mers de Chine !
- Bonne décision, compagnon d’infortune. Dommage que personne ne m’ait donné le même conseil plus tôt.

(Message informatif en voix off)
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Alexandre Martinazzo
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