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HONG SANG-SOO - INTERVIEW

Génie de la cocasserie pour les uns, fumiste imbibé pour les autres, le réalisateur coréen Hong Sang-soo s'est taillé en six films (dont La vierge mise à nu par ses prétendants, Turning gate, La femme est l'avenir de l'homme…) une solide réputation. Son nouvel opus, Conte de cinéma, est l'occasion de revenir avec lui sur ce qui fait le cœur de son cinéma.


Orient-Extrême : Conte de cinéma est teinté d'une certaine tristesse et porte un regard plutôt pessimiste sur l'existence. Aviez-vous cette ambiance en tête en commençant à tourner ou est-ce venu peu à peu ?
Hong Sang-Soo :
Les réactions des spectateurs sont très différentes de l'un à l'autre. Certains ont trouvé le film sombre ou pessimiste, mais d'autres ont beaucoup ri. En faisant ce film, je n'étais pas dans une attitude pessimiste. Lorsque je travaille, je choisis un sujet quotidien et je le saisis d'une manière intuitive. Ensuite, j'introduis des éléments pour former un objet qu'on peut imaginer comme une sphère : avec plusieurs facettes, plusieurs cellules. (Là, Hong Sang-soo sort un bloc et commence à dessiner des ronds contenant chacun une flèche – symbolisant les émotions - dirigée dans une direction différente.) Pour chaque fragment, il y a une réaction humaine, gaie ou sombre. Certains spectateurs vont porter un regard objectif sur ces réactions : la vie est une succession d'instants contradictoires. D'autres vont exagérer le côté sombre ou le côté gai, selon leur propre état d'esprit. De là à appeler ça une intention…

Orient-Extrême : Souvent, dans vos films, les hommes sont perdus et amorphes, tandis que les femmes sont énergiques et savent ce qu'elles veulent. Dans Conte de cinéma, c'est finalement la jeune femme interprétée par UHM Jiwon qui mène le jeu et pose les limites…
Hong Sang-Soo :
En fait, les types de personnages utilisés par un créateur sont assez limités… Ce n'est pas possible d'avoir tout une panoplie ! Ces personnages, je les décris parce que je les connais bien. Je m'attache à un certain nombre de dilemmes de la vie, sans porter de jugement, ni être pédagogique ou moral. Ensuite, j'observe l'effet global de leurs actions sur l'ensemble du film.

Orient-Extrême : Vous ajoutez votre nom à la (longue) liste des réalisateurs utilisant le procédé du "film dans le film". Avez-vous pensé à des réalisateurs célébres l'ayant fait avant vous ? Qu'apporte la mise en abyme à votre propos ?
Hong Sang-Soo :
Non, je ne pense pas avoir été influencé par quelqu'un… quand j'écris un scénario, j'établis une petites situation quotidienne, je la mets au centre du film et ensuite je la complète. J'espère que le processus de mise en abyme permet de faire resurgir les questions que je me pose sur la vie… C'était amusant que l'acte quotidien de voir un film me permette d'aller plus loin, de me poser plus de questions : fallait-il montrer ce que le personnage voit ? Dans quelles proportions ? Quelle relation existe-t-il entre ce qu'il voit et ce qu'il vit ?

Orient-Extrême : Comment écrivez et réalisez-vous vos scènes d'amour ? On y trouve toujours un élément cocasse qui vient à la fois casser le potentiel érotisme de la scène, et lui apporter un plus indéniable…
Hong Sang-Soo :
Je n'ai pas une façon particulière d'écrire ces scènes… En général, je m'enferme pendant une heure pour écrire les dialogues du jour. Je me concentre sur cette écriture et l'inspiration vient d'un peu partout.

Orient-Extrême : Quelle est la part d'improvisation ?
Hong Sang-Soo :
Très faible. Avant même de commencer à tourner, les deux tiers du film sont déjà prévus et écrits, puis je complète le jour du tournage. Mais au final, 95% des dialogues et de l'action sont écrits très précisément.



Orient-Extrême : En quoi la personnalité des acteurs influe-t-elle sur votre manière de définir les rôles et de réécrire le scénario ?
Hong Sang-Soo :
Cela influe beaucoup sur la nature des protagonistes ! D'abord je conçois un type de personnage, puis je réalise un casting. Là, j'essaie de connaître les acteurs et de leur communiquer des perceptions abstraites sur leur rôle. En même temps, je tiens compte de leurs capacités, de leur personnalité, de l'atmosphère qui les entoure… C'est un mouvement continu et discret, mais cela modifie profondément la configuration des différents personnages.

Orient-Extrême : Vos films se situent souvent en hiver… est-ce pour mieux souligner l'érotisme en jouant du contraste entre les multiples couches de vêtements et le dépouillement qui conduit à la nudité ?
Hong Sang-Soo (rires) :
Lorsque je conçois un film, je pense souvent à la saison où il se passe, c'est vrai. D'ailleurs, j'aime beaucoup l'hiver. Mais il n'y a pas de raison particulière, c'est plutôt le hasard. Si vous le ressentez comme particulièrement érotique, c'est sans doute vrai… Par contre, mon prochain film se déroulera au printemps !


Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Alexandre Martinazzo

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