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DEAUVILLE 2013 - Interview du réalisateur Vincent Sandoval

Vincent Sandoval, jeune homme souriant né en 1982, est un cas curieux. Après avoir étudié l’économie et le commerce à la New York University (par opposition au cinéma aux Philippines), il a décidé de se lancer dans le cinéma. Comme ça, a priori. Enfin, selon lui, une grand-mère actrice aurait peut-être joué son rôle dans cette précoce reconversion, mais rien de plus. En 2009, toujours à New-York, il a créé la Fondation IndioBravo Film ayant pour objectif de faire découvrir le cinéma philippin au public américain. Son deuxième long-métrage, Apparition (titre original : Aparisyon), a remporté le Prix du Public de la ville de Deauville au 15e festival du film asiatique, en mars 2013. On prendra la peine de préciser qu’il l’a également produit, écrit et monté. Entretien avec un petit gars qui ira loin.


Orient-Extrême : Votre film est esthétiquement très plaisant. La photographie a-t-elle joué un rôle important dans Apparition ?
Vincent Sandoval :
Déterminant. Notre directeur de la photographie, Jay Abello, a fait un excellent travail. Dans la première partie du film, sa lumière blanche accentue les airs de coin de paradis que l’on prête au couvent, au milieu des Philippines tourmentées de 1972, année de l’instauration de la loi martiale par le Commandant Marcos. Protégées de ce monde, les sœurs profitent du calme, et vivent en toute quiétude leur vie d’ascèse et de dévotion. Puis vient le viol, qui plonge progressivement le couvent dans les ténèbres. À partir de là, Abello a progressivement plongé le décor dans les ténèbres, de la nuit mais aussi des intérieurs, reflétant l’état d’esprit des sœurs, en concordance avec l’effet de claustrophobie que je cherchais à produire.

OEx : Un soin tout aussi important semble avoir été accordé au son.
V.S. :
Bien sûr ! Dans Apparition, le silence est un acteur à part entière. Certains éléments sonores, comme le vent, ont eux aussi leur importance. Et je me suis essentiellement servi de la musique pour connecter les scènes entre elles.



OEx : Donnez-vous une dimension politique au film ?
V.S. :
Selon moi, Apparition est davantage un film féministe que politique. De réels progrès ont été réalisés en quarante ans, concernant la situation des femmes philippines. Elles constituent une diaspora importante, notamment aux Etats-Unis. Mais encore aujourd’hui, on se lave les mains de ce qu’il s’est passé à cette époque. Par ailleurs, les violences faites aux femmes continuent de se produire, comme partout ailleurs dans le monde. J’ai voulu exprimer cela. Dans une certaine mesure, la mère supérieure de mon film joue le jeu du commandant Marcos, en choisissant de ne pas pleinement soutenir la victime du viol, et de ne pas déclarer ce dernier à la police pour préserver la quiétude trompeuse des lieux.

OEx : Auriez-vous pu placer votre petite histoire dans les Philippines d’aujourd’hui ?
V.S. :
Je ne pense pas. Dans les années 1970, politiquement très conservatrices, les religieuses étaient isolées. Depuis, elles se sont engagées dans un ardent combat pour la démocratie. Elles donnaient des fleurs aux soldats, par exemple. Aujourd’hui, leur état d’esprit a changé, ainsi que leur place dans la société. Le contexte est bien trop différent.

OEX : Comment le film a été accueilli par l’Eglise, dans votre pays ?
V.S. :
Sans bruit. Par exemple, les religieuses n’ont pas critiqué le film, puisqu’il ne constitue pas une critique direcet de l’Église.

OEx : Après un début centré sur Sœur Lourdes, le film semble changer de point de vue. Que vouliez-vous exprimer à travers cette figure narrative ?
V.S. :
Je voulais montrer la répercussion d’un seul moment sur la vie de plusieurs personnes. Le film adopte successivement les perspectives des quatre religieuses que sont Sœur Lourdes, Sœur Remy, la mère supérieure Ruth, et Sœur Vera. J’ai été très inspiré par un excellent livre, Le Dieu des Petits Riens, de la romancière indienne Arundhati Roy (qui raconte la vie de jumeaux, Estha et Rahel, dont l'enfance est frappée par un événement traumatisant qui les sépare, et montre combien les petits riens de la vie peuvent influer sur nos vies, affecter nos comportements, et nous faire emprunter des chemins inattendus.

OEx : Pourquoi avoir intitulé votre film Apparition ?
V.S. :
J’ai été éduqué dans la foi catholique, et j’ai étudié dans une école jésuite. Mais je peux me montrer très critique vis-à-vis de la religion. Dans ma jeunesse, il n’y avait pas beaucoup de séparation entre l’Église et l’État. La loi légalisant la contraception, qui a fait débat pendant des années, n’a été adoptée qu’en janvier de cette année ! De fait, le titre du film est ironique : il fait référence à la vision de la Vierge Marie, alors qu’on assiste à la corruption de l’innocence.



OEx : Apparition est votre second film. Quid de votre premier film ?
V.S. :
Il s’appelle Senorita, et date de 2011. Je l’ai écrit, réalisé, et interprété, en m’inspirant du court métrage du même nom que j’avais réalisé deux ans plus tôt. Tout comme son matériau d’inspiration, c’est un film noir, contant l’arrivée dans une petite ville d’un transsexuel prostitué en quête de nouveau départ. Dans mes deux films, j’ai voulu dresser le tableau de mondes délimités et clos.


Propos recueillis par Christine Calais et Alexandre Martinazzo

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