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DEAUVILLE 2012 : interview du réalisateur Kurosawa Kiyoshi

La France de 2012 a été généreuse avec le réalisateur et scénariste nippon Kurosawa Kiyoshi, "l'autre" Kurosawa, grand maître de la noirceur à qui l'on doit une variété de films impressionante, allant de son thème de prédilection, l'horreur (Kairo, Cure, Rétribution...), à la critique sociale (le récent Tokyo Sonata), en passant par l'érotisme sociologique (Kandagawa Wars), le polar classique (La Trace du Serpent)... Un hommage lui a été rendu lors de l'édition 2012 du Festival du Film Asiatique de Deauville, début mars, et une rétrospective lui a été consacrée à la Cinémathèque Française du 14 mars au 19 avril. Orient-Extrême était présent aux deux. Nous avons profité pour l'interviewer, et assister en sa présence à l’ouverture de la rétrospective à la Cinémathèque.


Orient-Extrême : Comment a été reçue votre dernière œuvre et la série télévisuelle Shokuzai, réalisée en 2011 [série policière de cinq épisodes d’une heure diffusée début 2012, NDLR] ?
Kurosawa Kiyoshi :
 Elle a été très bien reçue. L’audience a suivi. C’était de la télévision tournée comme un film de cinéma. Comme c'était mon premier travail depuis Tokyo Sonata en 2008, j’étais inquiet d'avoir perdu la main. J'ai vite été rassuré de voir que non !

Au Japon, le cinéma est-il mieux valorisé que la télévision ? C'est le cas en France.
C’est aussi le cas au Japon, le cinéma est mieux considéré. Mais parfois on est plus libre quant on travaille pour la télévision japonaise : il y a plus de moyens et plus d’acteurs prestigieux. Et le programme télé est de meilleure qualité, au final [au demeurant, en comparaison du fossé qualitatif qui sépare le cinéma français des productions télévisées, l'écart entre le cinéma et la télévision japonais est insignifiant, NDLR].

Quels sont vos prochains projets ?
Rien n’est encore totalement sûr, en ce qui concerne mon prochain projet, qui serait un film de cinéma. Le tournage devrait débuter avant l’été. J’ai en outre quelques scénarios pas encore au stade de la production. La question du scénario est une question difficile. Je peux prendre beaucoup de plaisir à écrire le premier jet du scénario que j’écris. Puis le producteur dit : "c’est trop long, il n’y a pas assez de budget pour faire tout cela." La réécriture est toujours une étape très difficile. Puisi vient la phase de réalisation propre, et là, c’est plutôt l’inverse. Au final, le plaisir prévaut largement. Trouver des lieux de tournage n’est pas évident, mais quand la caméra tourne, il y a des instants magiques avec les acteurs. Ainsi, c’est douloureux au début, mais plutôt exaltant à la fin.

Comment se passe votre travail, quand vous n’êtes pas le scénariste du film que vous tournez ?
Quand je travaille avec un scénariste, la pression est plus grande, car il faut respecter son intention originale, s'y adapter, y être fidèle. Quand c’est le mien, je peux m’en éloigner si je le désire. Cette habitude joue des tours : je finis parfois par diverger volontairement de ce qu'a écrit le scénariste, et il arrive que ce dernier ne veuille plus travailler avec moi. Ce n'est pas arrivé qu'une fois. Plusieurs scénaristes se sont ainsi brouillés avec moi.

Vous êtes enseignant en cinéma depuis sept ans, aujourd’hui à la Film School de Tokyo. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Je vois davantage cela comme un échange, que comme un rapport de professeur à élèves. Les jeunes réalisateurs que je fréquente m’apportent de l’énergie et de la détermination.

License to Live, l’un des films projetés dans le cadre de l’hommage qui vous est rendu à Deauville, questionne-t-il le sens de la vie ?
J’ai tourné ce film il y a très longtemps, en 1998. Si l'on se concentre sur le personnage principal [NDR : Yutaka, un jeune homme de 24 ans qui se réveille après dix ans de coma, et entame une nouvelle vie], on peut le voir comme un questionnement sur le sens de la vie. Ce film interroge la place de l’individu. Mais je voulais surtout faire un film sur la famille, et sur les liens entre les membres d’une même famille.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la catastrophe nucléaire de Fukushima ?
Cette tragédie n’est hélas pas terminée, et j’ai encore du mal à prendre du recul.

Propos recueillis par Christine Calais



Matthieu Amalric félicitant Kurosawa lors de l'ouverture de la rétrospective




"... Et pas uniquement le scénario ou les acteurs", dira Kurosawa à la Cinémathèque. Nous avons retenu les meilleurs moments du passionnant mais très technique entretien avec le cinéaste qui s'est déroulé en ouverture de la rétrospective de la Cinémathèque Française, le 14 mars.

Le tournage : "Certes, nous repérons les lieux, cela fait partie du travail en amont du tournage. Mais je dirais qu'en général, 20% d’un plan relève de l’improvisation. C’est cela qui lui donne souvent son originalité. Par exemple, pour la première scène de la plage de Cure, le jour J, je savais exactement quels mouvements de caméra j’allais faire. Puis la lumière s’est avérée changeante, avec une alternance de nuages et d’éclaircies. J’ai alors décidé d'allonger le plan pour que l’on voit cette alternance. Avant de tourner, j’ai en tête la combinaison possible des plans. Je connais la structure, mais je ne suis pas fidèle au story board comme Kurosawa Akira. Par ailleurs, je fais aussi confiance au chef opérateur."

Le montage : "Je fais seul le choix de l'ordre des séquences, de la première à la dernière. En revanche, je ne décide jamais de leur longueur et de leurs transitions sans le monteur."

L’équipe technique : "On a tendance à penser qu’un bon scénario et de bons acteurs font un bon film. Ce n’est pas tout. Toute la chaîne est importante. Chaque membre de l’équipe technique a son rôle. Par exemple, je me souviens d’un plan où un policier tue l’autre d’une balle dans la tête. Il fallait que le sang sorte de la tête quand la balle est tirée. L’accessoiriste devait faire fonctionner la pompe à sang avec le bon timing sans se planter. Il a réussi, et a été félicité."

La violence dans ses films : "C’est un challenge, que de la rendre authentique. Les plans peuvent s’allonger pour surligner cette violence. Je refuse de l’occulter au montage."

Les spectateurs : "Je crois au rapport direct avec le spectateur. Je tiens à ce qu’il puisse oublier tout ce que je viens dire, faire par exemple abstraction de mes intentions, et être simplement touché, ému, et bouleversé par mon film."


Photos dans l'article © Christine Calais

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