Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
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CANNES 2012 : l'heure asiatique

Depuis ses débuts, le Festival de Cannes a toujours eu le bon goût d'accompagner sa programmation de quelques controverses bien senties faisant bavasser les médias. Cette année, la polémique porte sur l’absence de femmes réalisatrices dans la sélection officielle en compétition, et... trois films asiatiques y concourent, sans compter plusieurs films présents dans d’autres sections. Mais en ce mois d'élections présidentielles, le gouvernement Ayrault a sû contenter les tenants de la parité, laissant à Orient-Extrême l'occasion de passer outre ces considérations socioculturelles, pour se concentrer sur ce qui compte vraiment (d'abord) : le cinéma (asiatique). Petit passage en revue avant d’aller voir tout ça.

Comme indiqué plus haut, sur les 22 films de la sélection officielle qui attireront tous les regards, l'on compte deux films coréens et un film iranien de production franco-japonaise.


Im Sang-soo flambe les billets

Nous attendons avec impatience le premier film coréen, L’Ivresse de l’argent d’Im Sang-soo (Une Femme coréenne, The President’s Last Bang, Le Vieux jardin), qui sera projeté officiellement samedi 26 à 12h et 22h. Le titre parle de lui-même, pour un thème hautement d’actualité, le monde corrompu des nantis auquel notre nouveau président a déclaré vouloir s’attaquer (mais les promesses n’engagent jamais que ceux qui y croient). En Corée du Sud, le président actuel (prochaines élections en décembre 2012), Lee Myung-bak, est parfois comparé à Silvio Berlusconi…

Im Sang-soo explique : "De tout temps, l'argent a toujours dirigé le monde. Mon film traite en fait de l'ivresse du pouvoir, un pouvoir capable de contraindre les gens à courber l'échine sans se rebeller. Certains sont complètement démunis dans une pareille situation, mais quelle satisfaction peut-on bien trouver à les piétiner de la sorte ? Mépriser ouvertement son prochain peut-il suffire à rendre quelqu'un heureux ? Le monde court à sa perte à cause du mépris de ceux qui détiennent le pouvoir pour ceux qui en sont privés."



Ainsi, le jeune et beau Young-jak va-t-il devoir faire fi de ses valeurs ? Secrétaire de Mme Baek, dirigeante d’un puissant empire industriel coréen mariée à M. Yoon, Young-jak est chargé de s’occuper des affaires privées de cette famille à la morale douteuse. Pris dans une spirale de domination et de secrets, perdu entre ses principes et la possibilité de gravir rapidement les échelons et d’avoir une vie plus confortable, Young-jak devra choisir son camp, afin de survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois...

Le précédent film d’Im Sang-Soo, The Housemaid (2010), était déjà en compétition officielle sur la Croisette ; c’était le remake du chef-d’œuvre du maître coréen Kim Ki-Young, qui date de 1960.


Hong Sang-soo croise Isabelle

Après le festival asiatique de Deauville 2011, Hong Sang-soo (Conte de Cinéma, Woman on the beach) revient sur le sol français avec Dans un autre pays, comédie dramatique qui a pour vedette… Isabelle Huppert ! Le synopsis, les quelques rumeurs glanées sur Internet, et l’impression froide que nous avait fait le réalisateur en mars 2011 ainsi que son film Ha Ha Ha, font craindre le pire…

Mais laissons la porte ouverte à une bonne surprise, l’espoir fait vivre. Rappelons que le cinéaste coréen quinquagénaire est situé dans le haut du panier aux yeux de la cinéphilie internationale. Le dossier de presse n’apprend pas grand-chose. Notre Huppert nationale joue plusieurs Anne, pour un pitch qui tient en une phrase : dans un pays qui n'est pas le sien, une femme qui n'est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite.



Une seule phrase, mais une phrase compliquée, qui demande plusieurs lectures, et qui reste toutefois énigmatique. Peut-on en espérer une expérience qui s’inscrirait dans la filiation de La Jetée de Chris Marker ? On peut toujours rêver… La projection officielle du film se fera le lundi 21 mai à 16 heures.

Remarquons que sept de ses douze précédents films du quinquagénaire coréen ont eu l’honneur de différentes sélections cannoises (deux en compétition, quatre à Un certain Regard, un à la Quinzaine des réalisateurs)… mais non, Cannes n’est pas un petit cercle fermé, voyons, n’est-ce pas mesdames les réalisatrices ?


Abbas Kiarostami explore Tokyo

Au risque d’étonner, le célèbre réalisateur iranien Abbas Kiarostami a toute sa place sur Orient-Extrême, puisqu’il dirige ici une production franco-nippone interprétée par des acteurs japonais, Like someone in love. L’intrigue se passe à Tokyo : un vieil homme et une jeune femme se rencontrent dans la capitale nippone. Elle ne sait rien de lui, mais lui, croit la connaître. Il lui ouvre sa maison, elle lui propose son corps. Mais rien de ce qui se tisse entre eux en l’espace de vingt-quatre heures ne tient aux circonstances de leur rencontre…



Le film sera projeté le lundi 21 mai à 11h30 et 22h.


Wakamatsu Kôji ressuscite Mishima

Dans la section Un certain regard, trois films du continent asiatique ont été sélectionnés. Celui du réalisateur japonais Wakamatsu Koji, 11.25 The day he chose his own fate, conte les dernières heures du célèbre écrivain Mishima Yukio, nationaliste torturé qui choisit le suicide rituel (seppuku, ou harakiri en langue profane) face à ce qu’il considérait comme la mort imminente du "vrai" Japon. Bénéficiant de l’expérience de l’Histoire, le synopsis est ici des plus solides : le 25 novembre 1970, avec quatre membres de son armée personnelle, la Tatenokai (Société du Bouclier), composée d’étudiants conservateurs, Mishima prend en otage le commandant du quartier général de commandement de l’armée à Tokyo. S’adressant aux soldats rassemblés dans la cour, il leur demande de l’aider à renverser le régime et restaurer le pouvoir de l’Empereur. Lorsque les soldats commencèrent à se moquer de lui, il réalisa l’impasse de son entreprise, interrompit son discours, et se retira dans le bureau du commandant pour commettre le seppuku, le suicide rituel du samouraï, en s’ouvrant le ventre avant d’être décapité par un de ses hommes.



Dans ce film, le réalisateur vétéran (Va, va, Vierge pour la deuxième fois) dit vouloir soulever certaines questions primordiales : "Pourquoi Mishima et ses compagnons se battaient-ils ? Qui était leur véritable ennemi? Pourquoi Mishima a-t-il décidé d’en finir de cette manière? Comment les êtres humains doivent-ils mourir? Et pourquoi ? Chaque question en soulève une nouvelle. Voilà pourquoi je devais faire ce film." Qui sera projeté le 25 mai à 14h et 22h.


Lou Ye radioscopie le mari (infidèle) chinois

Le deuxième nous vient du réalisateur controversé Lou Ye (Suzhou River, Purple Butterfly…). Après cinq ans d’une interdiction de tourner en Chine que lui a valu son brûlot Une jeunesse chinoise, mais qu’il aura su contourner, Lou Ye présente dans un Certain Regard son nouveau film chinois, Mystery, coproduits avec la société de production française les Films du Lendemain.

Au début du film, Lu Jie est loin d'imaginer que son mari Yongzhao mène une double vie, jusqu'au jour où elle le voit entrer dans un hôtel avec une jeune femme. La vie de Lu Jie s'effondre alors, et ce n'est que le début...



Lou Ye a trouvé l’idée sur la Toile : "Mei Feng, mon coscénariste, a cherché sur Internet des histoires de la vie quotidienne en Chine. Nous sommes partis de trois histoires distinctes qui nous ont permis de mettre en jeu toutes les couches de la société moderne, en combinant ses différents aspects, la double-vie, la criminalité, les nouveaux riches... le travail du scénario a consisté à unifier ces aspects. Je trouve intéressant que le crime résulte de la double vie. La société admet qu'un homme ait plusieurs femmes, implicitement, c'est même reconnu comme un symbole de réussite, alors qu'une femme qui aurait plusieurs amants serait inévitablement regardée avec hostilité."

Le réalisateur a filmé en caméra portée, en acceptant, voire en cherchant parfois le flou. En situant l’action à Wuhan, ville située au centre de la Chine, il a voulu représenter des aspects importants de la société chinoise actuelle. "En Chine aujourd'hui, la loi n'a aucune force par elle-même, tout se négocie ; il en résulte une absence de morale." Le film sera projeté en ouverture le 17 mai à 19h45.


Escale bollywoodienne un peu dévergondée...



Le troisième et dernier film film est indien : dans Miss lovely, Ashim Ahluwalia situe l’action dans les coulisses du Bollywood des années 80. En 1986 à Bombay, Vicky et Sonu sont frères et associés criminels. Ils produisent des films de série Z dans les bas-fonds de Bollywood, des films d'horreur affreux, des films de gangsters érotiques, des drames sociaux sordides. Dans un hôtel de passe, entre whisky et dragues à répétition, Vicky produit des titres illégaux pour des petits cinémas privés dans toute l'Inde. Il laisse le sale boulot à Sonu, son frère réservé et un peu bête qui fait souvent le ménage après lui. Le film est programmé pour le 24 mai à 11h et 17h.


Intimité thaïlandaise et show nippon

Pour finir, deux films asiatiques sont présentés en séance spéciale hors compétition.

Le premier est Mekong Hotel, du réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, qui a obtenu la Palme d’Or il y a deux ans avec Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, et s’était déjà fait remarquer en 2006 avec le très questionnable Tropical Malady. Il dresse le portrait d'un hôtel situé près du fleuve Mékong au nord-est de la Thaïlande, qui marque la frontière entre ce pays et le Laos. Dans les chambres et sur les terrasses, Apichatpong et son équipe font une répétition d'un film intitulé Ecstasy Garden que ce dernier a écrit il y a des années.



Le film conjugue différents domaines, la réalité et la fiction, révélant ainsi les liens qui unissent un mère-vampire et sa fille, les jeunes amoureux et le fleuve. Puisque le film a été tourné au moment où la Thaïlande a vécu ses plus grandes inondations, Mekong Hotel navigue aussi entre les différentes strates de la démolition, la politique, ainsi qu'un rêve partant à la dérive. On pourra le voir vendredi 18 mai à 17h.

Le second est Ai to Makoto (For Love’s sake) du japonais Miike Takashi (Ichi the Killer, La Mort en ligne, Sukiyaki Western), en séance de minuit, à 00h30 le lundi 21. Cette comédie musicale du réalisateur nippon davantage connu pour ses thrillers ultra-violents nous conte une histoire d’amour entre une jeune fille de bonne famille à la coiffure bien comme il faut et un lycéen "à problèmes". Soit la garantie d'un minimum de spectacle.



Durant cette semaine cannoise, nous allons bien sûr essayer de voir tous ces films et de vous en faire les critiques à notre retour.


La sélection de Cannes à Paris

Enfin, pour les Parisiens, cette année quinze films de la sélection officielle seront projetés de dernier week-end du Festival au MK2 Bibliothèque, dont le film d’Abbas Kiarostami. L’opération "Cannes à Paris" organisée par Le Monde et MK2 permettra de faire une orgie de films du 25 au 27 mai. La cérémonie de clôture sera retransmise et deux films primés sur la Croisette.


Christine Calais

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