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MADE IN TAÏWAN 3 - UNE VRAIE TAÏWANAISE

Taipei, printemps 2006. Etudiante étrangère en stand-by sur ma planète d’origine, je traverse ma vie à Taipei paisiblement mais sûrement, entre les cours, les sorties en boîtes ou les beuveries moins onéreuses devant le 7-11 (convenient store), et les révisions nocturnes dans les différents cafés des quartiers étudiants.

Je navigue ainsi principalement entre les deux quartiers étudiants de Taipei sur mon vélo rose (c’est aussi un signe de ma taiwanisation : le rose étant dans ces contrées une couleur fort répandue et fort appréciée non seulement chez les petites filles mais aussi chez la gent masculine… et ils ont raison ! Pourquoi le « cucul » serait-il un apanage féminin ?...).

Ces deux quartiers autour de l’Université Normale de Taipei, "Shida" pour les intimes, et de l’Université de Taipei , "Taida" sont si proches qu’ils pourraient presque ne former qu’un seul gigantesque marché de nuit… A vrai dire, Taipei est une sorte de marché géant à l’échelle d’une ville, la capitale compte une dizaine de marchés de nuit qui représentent ainsi plusieurs centres nerveux et lieux de rassemblement nocturnes pour manger, se promener et, surtout, consommer à bas prix!! J’ai moi-même cédé à la temptétcheune à plusieurs reprises, et, on ne s’en rend pas compte tout de suite mais quand on additionne toutes les saloperies qu’on ramène de ces lieux diaboliques… ça fait tout de même une petite somme… Que l’on se rassure dans les chaumières, j’ai maintenant quitté ce vice pour le remplacer par un autre ! Maintenant, quand j’entre dans ces ruelles, je fonce tête baissée afin de ne pas me faire détourner de mon but : mon lieu d’études nocturne ! En effet, par ces temps de pluie (la saison des pluies semble avoir commencé plus tôt que d’habitude cette année) il fait bon trouver un endroit douillet et cosy pour réviser ses partiels. Ne croyez pas que la vie à Taipei c’est toute l’année soleil sous les palmiers et doigts de pieds s’épanouissant librement en tongs… non mais ! je souffre moi aussi du froid… à 13° ! Hahaha, je ris bien bas…

Ainsi, je me retrouve souvent le soir dans un de ces cafés, le Nowhere Café que j’affectionne particulièrement, pour essayer de bosser un peu mon chinois ou tout du moins me donner bonne conscience en discutant avec les clients et les serveuses au bar ou simplement pour observer la faune estudiantine nocturne : il faut avouer qu’il s’agit surtout d’un déballage de laptops en veux-tu-en-voilà ; à Taiwan, le étudiants ne conçoivent pas de taffer les cours ou de pondre un exposé sans Powerpoint, cette magnifique invention qui enrobe la gélatine qui te sort du cerveau en jolis paragraphes et encadrés avec ombrages des titres et incrustations de diamants virtuels pour le show… Bon, pour être franche, la plupart des habitués sont couchés à plat ventre sur la table, ça aussi, c’est le chic taiwanais, s’endormir partout, dans n’importe quelle position, près des haut-parleurs de préférence ; d’ailleurs, j’ai aussi fait ma spécialité de pioncer debout dans le métro aux heures de pointes, la tête bien calée entre deux aisselles sentant la saucisse de chien – j’ai le malheur de n’être pas très grande.

Faut dire que je suis à bonne école ici, les taiwanais sont des maxis pros de la sieste, surtout à l’école, ensuite, au travail, pendant les dix heures que les taiwanais passent en moyenne quotidiennement au bureau, ils peuvent parfois piquer un ptit somme discretos derrière l’écran de l’ordi, mais ça n’est plus réglementaire comme au collège par exemple où sont aménagées dans l’après-midi trente minutes de sieste forcée dans la position décrite plus haut.

Triades et pieds de porc

Parfois, après avoir observé non sans une certaine curiosité empreinte d’admiration les mœurs des étudiants livides et éreintés qui roupillent dans la bibliothèque, la lèvre collée à un manuel de gestion - ou, mieux encore, de finance, sentant moi même le sommeil me tirer vers le bas les poches de graisses qui me servent de paupières, je décide de finir la nuit ailleurs, et quitte ce lieu somnifère pour respirer un peu de gaz de pots d’échappement.

Dans le brouillard de pollution qui couvre la ville, j’ai alors la chance de tomber sur un pote argentin, qui me propose de prendre l'apéro.

Un Martini plus tard, nous recevons l’appel d’un ami espagnol qui arrose son dîner de bière taiwanaise dans un resto du coin, en compagnie de la bande à Basile, c’est-à-dire quasiment tous les latinos de ma fac ; quand nous arrivons, tout le monde est déjà bien éméché, un gros Taiwanais essaye de jouer de la guitare avec une assiette en guise de médiator… En fait, la guitare appartient à l’espagnol qui improvise des paroles en chinois sur l’air de la Bamba pour le plaisir de la table voisine à laquelle était assis auparavant "el gordo" (le gros) comme l’appellent affectueusement mes potes hispanophones. Les Taiwanais sont tellement ambiancés qu’ils chantent eux aussi, applaudissent et nous invitent à boire en gueulant "hotala" ("santé" en taiwanais), pendant qu’un colombien fait un show de salsa épileptique. Vers trois heures et demie, la mine fatiguée du patron du resto nous fait comprendre qu’il serait temps d’aller fouetter d’autres chattes ; à notre grande surprise (et au grand soulagement de nos larfeuilles), les Taiwanais décident alors de régler notre ardoise plutôt plombée : en tout, 46 bouteilles de 75cl de Taiwan beer, au moins une douzaine d’assiettes de cacahuètes et un plat de pieds de porc en sauce… Près de 5000 dollars taiwanais, comme ça, pour nous remercier de nos bouffoneries. Nous apprenons en même temps qu’il s’agit de mafieux taiwanais sortis se délasser pour fêter le succès d’une affaire. C'était donc ça, les vêtements noirs !

Et cette petite soirée complètement impromptue et improvisée finira comme de coutume en agonie devant le spectacle des aurores de Taipei qui n’en finit pas de mourir et de renaître devant nos yeux d’ivrognes…

Cerise Phiv

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