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Promotion d'un livre : TOKYO FACTORY TOKYO UNDERGROUND

Valérie Fujita est une photographe basée au Japon depuis sept ans, portraitiste de sa spécialité mais qui s’intéresse également à la ville, bloggeuse appliquée, organisant par période des excursions photo à travers Tokyo. Alexandre Martinazzo est un auto-entrepreneur spécialisé dans la rédaction d'articles et le montage vidéo, aspirant écrivain ayant lui aussi vécu au Japon par le passé, et fondateur du présent site web. Le texte ci-dessous est constitué dela présentation, destinée aux éditeurs, d’une collection d’entretiens et de photos constitué de deux livres, Tokyo Factory et Tokyo Underground, qu'ils ont réalisés ensemble, et d'un texte expliquant les motivations de cette autopromotion. Les images qui illustrent cet article sont tirées de ce travail.


Tokyo est un peu schizo : sous l'usine à employés de bureau vrombit une factory à saltimbanques magnifiques, coulisse du rêve numérique où se cultive une florissante contreculture. Comment la mégalopolis nipponne vit-elle cette double-identité ?

Nombreux et lourds sont les clichés qui pèsent sur la culture japonaise, de l’increvable imagerie traditionnelle, samouraïs, geishas et cérémonie du thé,aux clichés modernes des fourmis travailleuses, des dessins animés régressifs, et des phénomènes sociaux lugubres.À en croire ces clichés qui lui collent à la peau, on pourrait voir dans le Japon le symbole de la consommation de masse. Ce ne serait qu’une demi-vérité : face à l’uniformisation du mainstream s’est développée une réponse libre, que l'on pourrait qualifier de mouvement alternatif, et qui incarne tout autant à nos yeux la culture contemporaine japonaise. Fasciné par le petit peuple d’artistes-artisans passionnés qui composent ce monde parallèle aussi facétieux qu’étrange, Tokyo Factory et son pendant obscur Tokyo Underground sont une exploration fiévreuse et incarnée du cœur grouillant de cette scène culturelle tokyoïte parfaitement méconnue.



Fruit passionné de trois ans de travail, Tokyo Factory Tokyo Underground (TFTU) sont une collection d’entretiens, de photos, et dechroniques tokyoïtes centré sur deux sujets : la capitale nipponne et son usine à contrecultures, en anglais factory, référence en forme de clin d’oeil à l’atelier d’artiste éponyme que créa Andy Warhol dans le New York des sixties. On y trouve cinquante entretiens d’artistes du milieu, accompagnés de leurs portraits photographiques, ainsi que de chroniques des aventures urbaines des auteurs qui plongent le lecteur dans le décor et son atmosphère. Dans cette odyssée tout autant imprégnée d’obsessions théoriques que de poésie caméra à l’épaule, nous rencontrons de tout : une créatrice joufflue de mode rococo, des musiciennes anachroniques de cabaret baroque, un amoureux de poupées antisocial, unrappeur quadragénaire qui a sillonné la Californie des 90s, un vieux mangaka respecté mais aussi un peu flippant, un groupe de yakuzas baladins du garage rock, un graphiste puceau et fier de l'être, des grands enfants dans leur compagnie de jouets, et un joaillier tout droit sorti d’un film de Terry Gilliam ; tous, acteurs étranges de ce petit théâtre capricieux et tourmenté, héros d’un spectacle aussi terrestre qu’enchanté. Captant la beauté quotidienne de la tonitruante mégalopolis en constante réinvention, et le panache de ces hommes et femmes qui composent la faune folle et enflammée de la factory et de l’underground, TFTU se veut donc un objet hyper-visueltout autant qu’une réflexion sur le Tokyo moderne.

TFTU n’a pas vocation à expliquer l’alternatiftokyoïte, mais à en illustrer la vivacité à travers les portraits intimes et les expériences affectives que nous avons puisés dans cet autre Japon. La qualité de ses témoignages vient de sa qualité de tribune offerte à cinquante esprits libres qui tentent de vivre au mieux les orientations qu’ils ont données à leurs vies, parfois risquées financièrement, voire psychologiquement. Ils se confient sur leur condition, leurs sacrifices, leur rapport à la société, le sens qu’ils donnent aux notions d’underground et de liberté.



TFTU est également un paradoxe : il a pour héros des marginaux nippons, mais traite en filigrane de réalités universelles, car le Japon est un éloquent symbole de notre temps, archipel aux traits culturels menacés par le rouleau-compresseur de la globalisation. À cet égard, la mégalopole Tokyo est un idéal théâtre des opérations où l’étau uniformisateur de la société nipponne menace à son tour les particularismes locaux. Ce contexte nous permet d’aborder, par le prisme de notre thème principal, des questions plus vastes, comme la résistance de l’individu face à l'uniformisation de la société et celle du spirituel face au matérialisme ambiant, ou encore les mutations de la capitale à travers le temps.

Ce sujet n'a encore jamais bénéficié d'un ouvrage dans la bibliographe francophone. Il est susceptible d'intéresser tant l'explorateur en herbe du Japon moderne azimuté, avide de nouvelles pistes de lecture, que l'amoureux du concept de factory et ses idéaux colorés, ou encore le simple curieux en quête d'un regard neuf sur cette gigantesque commercial society qu'est le Japon.


Mais il est temps d'aborder la délicate question : pourquoi cette autopromotion ?

À moins de s'appeler Valérie Trierweiler, se lancer dans l'écriture d'un livre n'est jamais chose aisée. On est seul face à sa page blanche, la tête plus ou moins remplie d'idées, mais pas forcément capable de les articuler ; on est seul maître à bord, courant le risque que ce statut devienne un fardeau ; une fois que c'est fini, on se demande si ça l'est vraiment, ou si une trente-huitième lecture ne serait pas préférable ; et là seulement commence l'épreuve la plus douloureuse et fastidieuse de toutes : la quête d'éditeur. Alors, ça peut être plus ou moins facile. Si le livre en question a pour sujet un attentat sanglant survenu une semaine plus tôt, ou s'il est accompagné de jolies images, champêtres ou licencieuses, réduisant le nombre de mots (ce qui est une bonne chose, car les gens n'aiment pas les bulles trop grosses dans les bandes-dessinées), il a des chances de trouver rapidement acheteur. Lorsqu'il parle 1) de gens inconnus 2) vivant à dix-milles kilomètres de chez le lecteur moyen, 3) de leurs activités inconnues, et 4) de leur anonymat (pour certains) qui est LUI-MÊME inconnu, 5) en se répandant sur plusieurs centaines de pages de retranscriptions d'échanges parfois hermétique pour le néophyte, et 6) se lance dans ladite quête à éditeur à une période où le business de l'édition mord la poussière… il aura beau ajouter à son ouvrage un tas de jolies photographies, ce sera déjà moins gagné d'avance. Pleins de passion, d'aspirations à de nouveaux horizons, et d'une naïveté presque touchante, ma collaboratrice et moi-mêmel'avons réalisé à nos dépends.



Bien sûr, notre ouvrage n'est pas tel que je l'ai décrit plus haut, du moins pas à ce point. Il est exigeant mais accessible, et le quota d'images est suffisamment généreux pour le laisser respirer. Mais cela n'aura, hélas, rien changé à cette dure réalité : nous avons été trop ambitieux. Trop naïfs. Les retours d'éditeurs ne tarissaient pas d'éloges et d'encouragements, cependant, c'était simplement trop étranger à leur ligne éditoriale, trop spécialisé. Nous ne devions pas laisse tomber !

Et nous n'avons pas laissé tomber. Estimant que leur frilosité ne s'évanouirait pas de sitôt, nous avons décidé de nous pencher sur l'option numérique, voie à laquelle nous ne connaissions rien, puisque nous ne nous y étions jamais intéressés, trop obsédés par celle, plus glorieuse, du support papier. Après tout, TFTU était depuis le début pensée comme un "beau livre"… Enfin ! Nous sommes allés voir, nous avons vu… et après moult réflexions, nous avons décidés de nous jeter à l'eau. Ainsi, nous pourrons proposer au public notre ouvrage tel que nous le rêvions, sans avoir à passer de compromis avec un éditeur ; et nous pourrions mettre tout notre travail dans un seul et même ouvrage. En effet, avant que nous ne décidions de nous tourner vers l'option numérique, le projet TFTU était conçu en deux temps : d'abord, un livre intitulé Tokyo Factory, ensuite, un second intitulé, vous vous en doutez, Tokyo Underground. Sur support papier, réunir l'ensemble des entretiens, des portraits, des images d'illustrations nous faisait atteindre un nombre de pages indécent. À présent, le problème est résolu.



Dans cette optique parfaitement indépendante, qui correspond, après tout, à l'esprit du livre, Valérie et moi avons décidé de profiter d'Orient-Extrême pour présenter, pour la première fois, notre ouvrage. Cet article est le premier d'une série de trois qui auront pour but de présenter le plus fidèlement et synthétiquement possible TFTU, son esthétique et sa plume, ses atmosphères et ses tons, ses perdants magnifiques et ses antihéros, ses désillusions face à la cruauté du monde moderne… et ses espoirs que cela change un jour.

Parce que faire semblant ne paie jamais, je préciserai que TFTU n'est achevé qu'aux trois-quarts. Le volume Tokyo Underground est incomplet, et nous avions dans l'idée d'attendre la publication de Tokyo Factory pour relancer une dernière fois la machine. Nous avions déjà abattu un sacré travail sur TF, et comptions sur, soyons fous, un petit succès d'estime pour retrouver la motivation. Car nous parlons ici d'un véritable travail de titan, mené de manière totalement indépendante, sans support de quelque promoteur que ce soit et donc à nos frais, exigeant des mois de préparation, d’approcher des artistes et de parvenir à les intéresser, de fixer des rendez-vous, de préparer les interviews, puis de les retranscrire en les traduisant… le tout dépendant aussi de ma capacité à me déplacer au Japon, et rester à Tokyo des semaines entières. Le passage au numérique et la fusion de TF et TU bouleverse ces plans, et nous impose de retourner au boulot sans avoir la garantie que ce dernier paiera. Nous travaillons donc, actuellement, sur Tokyo Underground, volume qui comprendra, par exemple, un entretien sacrément déviant avec le grand mangaka un peu fou Maruo Suehiro.



C'est essentiellement pour cette raison que nous avons décidé d'en parler sur le Web, pour prendre la température, mesurer le potentiel du lectorat, avoir un maximum de retour, et, si possible, quelques encouragements ! En espérant que l'aventure tentera un nombre suffisant de potentiels lecteurs, et en attendant un très prochain second article.


Alexandre Martinazzo

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