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FLASH INFO - NUCLEAR KIM, Incertitudes et résolutions...

Alors que les médias du monde entier s’enflamment depuis plusieurs jours sur l’essai nucléaire supposé de la Corée du Nord, des interrogations majeures subsistent. Des secousses sismiques très faibles ont suivi l’explosion, les dégagements radioactifs attendus n’ont pas encore été repérés et l’on vient à se demander si ce ne sont pas des explosifs classiques qui ont été utilisés par les forces de Kim Jong-il. Pourtant, même si les preuves d’un essai factice ou raté sont apportées, il n’en reste pas moins que la nucléarisation de la Corée du Nord, au sens militaire du terme, est maintenant irréversible. La communauté internationale, malgré les alliés de Pyongyang, s’apprête donc à isoler totalement le pays.

C’est le lundi 9 octobre, à 10h35 locale, que Pyongyang frappe à la porte du club très privé de "ceux qui en ont". Moins d’une heure avant l’explosion de l’"engin", les autorités nord-coréennes avaient envoyé leur faire-parts à leurs amis chinois, histoire de montrer que l’on sait se comporter en gentleman. On imagine assez bien la scène, avec un tonton Kim qui décroche son téléphone rouge (haha) pour appeler Hu Jintao : "Ouais, salut les mecs. Juste pour vous dire qu’on va faire péter une bombe. A d’ici quelques minutes. Autrement, la famille, ça va ?".

Chose promise, chose due, il y a bien quelque chose qui a explosé et l’évènement aura au moins eu le mérite de crisper tout le monde. Le Japon et la Corée du Sud tout d’abord. Pour rappel, l’archipel est largement à portée des missiles Nodong-1 de la Corée du Nord alors que cette dernière possède plusieurs autres types de missiles ayant un rayon d’action supérieur (les Taepedong-1 et 2). Les Occidentaux ensuite, qui n’en finissaient plus d’errer dans le désert iranien pour chercher à comprendre pourquoi un pays blindé de pétrole a tant besoin d’énergie nucléaire et à qui on fait sauter une bombe dans le dos, de l’autre coté de la planète : impression d’être au mauvais endroit au mauvais moment ajoutée à celle de savoir que ceux qu’on surveille tout particulièrement depuis plusieurs mois vont en profiter dès qu’on aura le dos tourné. A croire que certains y mettent vraiment de la mauvaise volonté.

Et la Chine enfin, qui a de plus en plus de mal à supporter ce petit cousin autiste, pardon, stalinien. Il est vrai que l’Empire du milieu a toujours su profiter de la situation sur le plan diplomatique pour asseoir son rôle de puissance incontournable dans la région, mais une bombe atomique, ça reste quand même toujours plus chiant à gérer qu’une grippe aviaire.

De son coté, le conseil de sécurité de l’ONU condamne fermement l’essai nord-coréen et exige gentiment que Pyongyang "s’abstienne d’effectuer d’autres tests". La solution militaire n’étant à utiliser qu’en dernier recours, la communauté internationale se dirige vers des sanctions économiques envers Kim Jong-il et ses esclaves. Problème, la Corée du Nord vit en autarcie. Mal, mais en autarcie quand même. On se dirige donc vers des mesures de rétorsion plus symboliques que réellement efficaces.

Le Japon, par contre, n’a pas attendu les placebos onusiens pour réagir. Son gouvernement a adopté vendredi, un embargo total sur les importations nord-coréennes. "Toutes les importations en provenance la Corée du Nord sont proscrites à partir de minuit. Tous les échanges commerciaux avec la Corée du Nord via un pays tiers sont également interdits", déclarait à la presse, le ministre de l'Economie et du Commerce Amari Akira, à la sortie du conseil des ministres. Sur le papier, c’est vrai que ça en jette pas mal. Malheureusement, en 2005, le commerce bilatéral entre Japon et Corée du Nord ne s’élevait qu’à 21.2 milliards de yens, c'est-à-dire, tout juste 141 millions d’euros. Une mesure de ce type adoptée par la Corée du Sud ou la Chine (les premiers partenaires commerciaux de Pyongyang), aurait déjà beaucoup plus d’effets mais ce n’est apparemment pas pour tout de suite. Le gouvernement d’Abe Shinzo en a rajouté une couche en interdisant son territoire aux Nord-Coréens dès samedi minuit. Des représailles qui frapperont sûrement et durement les esclaves de Kim Jong-il qui en période estivale viennent bronzer en masse sur les côtes japonaises et y dépenser leur salaire de nouveaux riches.

Résolument modérés

Samedi, le conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution condamnant l’essai nucléaire annoncé par la Corée du Nord. Comme punition, le texte prévoit un embargo sur le matériel militaire, les technologies nucléaires et…les produits de luxe (que c’est mesquin). Les Etats membres se devront de veiller à ce que cet embargo soit respecté et tout particulièrement la Chine dont dépend Pyongyang. Hélas, cette dernière a fait savoir qu’elle ne procéderait pas aux inspections d’usage pour ne pas créer de "conflit" avec la Corée du Nord. Quant à la Russie, on la sent ici peu motivée.

De leur coté, les Américains, de par leur ambassadeur à l’ONU, John Bolton, n’entendent pas laisser pourrir la situation : "La Chine a voté pour la résolution. Elle a voté en faveur de sanctions. Elle a indiqué clairement pendant nos négociations qu'elle pensait fermement qu'il devait y avoir des sanctions sur les transactions concernant des matériaux nucléaires et les missiles. Elle a même accepté qu'éventuellement il y ait des sanctions plus larges", a souligné M. Bolton dans des déclarations à la chaîne de télévision ABC. Et d’ajouter ensuite : "Cela veut dire que la Chine a désormais une obligation de s'assurer qu'elle respecte la résolution et elle a pleine autorité de son côté de la frontière pour mener toutes les inspections qu'elle veut".

C’est une sévère humiliation pour la Chine qui s’était pourtant portée garante de la stabilité dans la région et assurait pouvoir gérer toutes les crises suscitées par la Corée du Nord. Et voilà que l’on vient lui faire reconnaître son incompétence devant les Nations Unies. Certes, cela fait bien plaisir aux Etats-Unis mais c’est l’Asie toute entière qui risque de se retrouver emportée par la crise nord-coréenne... d’autant plus que la Corée du Sud et le Japon ont également fait savoir qu’ils ne tenaient pas trop à aller inspecter les navires nord-coréens. Disons plutôt que les Japonais veulent bien y aller mais pas tout seuls.

La puissante machine diplomatique US s’est donc mise en branle et ses émissaires ont commencé à sillonner l’Asie pour tenter de sauver les meubles. Ainsi, le secrétaire d’Etat adjoint américain Christopher Hill s’est rendu au Japon ce lundi afin d’y rencontrer son homologue nippon, Sasae Kenichiro. Le chef des négociateurs américains sur les pourparlers à six sur le nucléaire nord-coréen (la résolution adoptée ce samedi exhorte par ailleurs le régime de Kim Jong-il à y retourner) rejoindra ensuite son supérieur hiérarchique direct, Condoleezza Rice, à Séoul. Le but est bien évidemment de convaincre les pays voisins de la Corée du Nord d’assurer les inspections et de faire respecter l’embargo. Vu les réticences évoquées précédemment, peut être est-on en train d’assister à la constitution d’une énième force internationale chargée de "faire le boulot".

En Iran, il n’y a eu pour l’instant aucune déclaration officielle sur le sujet. Les autorités ne tiennent pas à lier l’évènement nord-coréen aux ambitions nucléaires prétendument "civiles" du pays. De plus, ces dernières ont pertinemment conscience que la crise actuelle et les déconvenues de la Chine et de la Russie effriteront fortement la tolérance de ces deux géants à l’égard de l’Iran. En cas de dégénérescence, il y a même fort à parier que les alliés d’aujourd’hui ne feront preuve d’aucune pitié envers la république islamique quand cette dernière sera dans la position de la Corée du Nord.

Nuke ‘em ‘til they glow, then…

Mais quid de la bombe ? Est-ce que tonton Kim, plus remonté que jamais après avoir menacé récemment d’envoyer un missile sur son voisin sudiste, en possède vraiment ? Certains prétendent que les Nord-coréens posséderaient de cinq à six bombes. Quelles sont les preuves pour le moment ? Les analyses de la communauté internationale sur l’essai de lundi dernier ne permettent pas encore de savoir si c’était un véritable essai nucléaire ou non. Tout d’abord, il faut savoir que lors d’un essai nucléaire souterrain, comme ce fut le cas ce jour là, l’explosion génère une secousse sismique et des émissions de radionucléides.

Dans un premier temps, les Russes ont évalué la puissance de la bombe entre cinq et 15 kilotonnes. Mais aux vues de la magnitude de la secousse (inférieur à 4 sur l’échelle de Richter), la communauté scientifique penche plutôt sur une puissance inférieur à 1 kilotonnes. Plusieurs scénarii peuvent alors être déduits : tout d’abord, cela pourrait signifier que la Corée du Nord est capable de faire des "mini" bombes nucléaires, ce qui est hautement improbable. Plus une bombe atomique est de faible puissance, plus elle est difficile à réaliser et on voit mal une puissance nucléaire naissante se payer le luxe de perdre du temps et de l’argent à réaliser ce que les autres puissances nucléaires ont du mal à faire.

Ensuite, cela pourrait être un essai nucléaire raté, ce qui expliquerait la faible magnitude des secousses enregistrées par les stations de surveillance internationales. Enfin, cela pourrait tout aussi bien n'être qu'un nouveau coup de bluff de Pyongyang qui aurait entassé une masse vertigineuse d’explosifs classiques dans un souterrain prévu à cet effet et dont l’explosion aurait fait croire à un essai nucléaire. Des hypothèses vers lesquelles pencherait le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie qui déclare : "S'il s'agissait d'une explosion nucléaire, il s'agirait d'une explosion ratée, si je peux dire". De même "Compte tenu de (sa) faible puissance, il est encore très difficile de dire s'il s'agit d'une forme d'explosion à partir d'explosifs classiques mais très importants, ou s'il s'agit effectivement d'une explosion nucléaire", a-t-elle ajouté.

Les signatures sismiques d’une explosion souterraine ne permettent pas de connaître la nature de la dite explosion. Des "avions renifleurs" ont été envoyés dans la région pour détecter la présence de radionucléides qui auraient été émis par une explosion nucléaire. Peut-être n’auront nous pas à attendre les résultats d’analyses si comme le craignent certains, la Corée du Nord procède à un nouvel essai. Il reste que les sanctions prises à l’encontre de ce pays ont peu de chance de provoquer son effondrement, ce qu’aucune nation ne souhaite de toute façon. En effet, la Corée du Nord possède la plus importante armée permanente du monde : 1.2 millions de soldats pour 4.5 millions de réservistes. On imagine le bain de sang en cas de guerre civile.

Adrien Le Goff

Dernière minute: Grâce à leurs "avions renifleurs" envoyés en mer du Japon, les autorités américaines ont confirmé il y a quelques heures de cela que l'explosion détectée en Corée du Nord lundi 9 octobre était bien celle d'une bombe atomique. Peu après, la chaine NBC a fait savoir que des satellites espions américains avaient repéré une activité intense sur le site de l'essai nucléaire, ce qui laisserait présager d'une nouvelle explosion atomique. Toutefois, les agences de renseignement américaines, japonaises et sud-coréennes font remarquer que ces mouvements de troupes et de matériel peuvent n'avoir aucun lien avec un nouvel essai.

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